AccueilInterviewCherche désespérément, à Cité Mahrajène, d’autres «Afek» économiques pour la Tunisie

Cherche désespérément, à Cité Mahrajène, d’autres «Afek» économiques pour la Tunisie

Il a été de gauche dans sa jeunesse, et a fini dans le monde des finances. Il a fait une expérience de plus de 16 mois dans le gouvernement de l’Union Nationale en Tunisie, aux ministères des Finances en intérimaire, et celui du Développement et de l’investissement. Et de La Kasbah, il a atterri à Cité Mahrajène, siège du parti Afek (Traduisez Perspectives) Tounes dont il « héritera » le siège de la présidence de Yassine Brahim, après l’avoir auparavant remplacé au ministère du Développement. A 52 ans, désormais plus pragmatique, il entreprend de sillonner le pays, et y découvre les potentialités d’une économie malade de mauvaise gestion. Après plus d’un an à Cité Mahrajène, on découvre avec lui le nouvel homme qu’il était devenu et ce qu’il pense de la Tunisie et de ses problèmes. Interview :

Vous êtes passé d’un statut de ministre à celui d’un président de parti. Qu’est-ce que l’entrepreneur a découvert, dans l’un et l’autre des statuts ?

« Les 8 mois de ministre au gouvernement de l’Union Nationale ont été la meilleure année professionnelle pour moi. D’abord, parce que j’ai compris des sujets et des choses que je ne comprenais pas. Ensuite parce que j’ai eu de très belles rencontres humaines et professionnelles dans l’Administration tunisienne. Et enfin,  je suis revenu sur des préjugés et des incompréhensions, et pu constater qu’un ministre venant du secteur privé pouvait être bien accueilli par l’Administration s’il pouvait fédérer et motiver les équipes. C’était un honneur de servir son pays, et la situation où il est actuellement, est un sujet important pour moi. Je suis convaincu qu’il regorge de compétences et recèle un énorme potentiel de croissance qui est brimé par des procédures et des lois obsolètes et compliquées. Pour faire de la politique, et faire partie de la chose politique, il faut passer par un parti. C’est pour cela que j’ai choisi de le faire, et présider aux destinées de ce parti, en espérant un jour être audible sur les sujets socioéconomiques importants pour mon pays, pour principalement changer le quotidien des Tunisiens en mieux ».

La vision, réelle du pays. Vous l’aviez découverte, sur le siège du ministre ou celui du président de parti opposant ?

[Ndlr : L’homme n’est pas facile d’interview. Il est devenu plus politique que technicien des finances qui réponde brièvement et par le chiffre]. « Si vous voulez changer le quotidien du citoyen, il vous faut d’abord avoir une dose certaine d’enthousiasme, bien que ce ne soit pas évident dans une conjoncture de morosité. Ensuite, une bonne compréhension des sujets sociaux et économiques, non seulement pour faire le diagnostic, mais surtout pour adresser les bonnes solutions. Et partant, s’entourer de gens compétents et aller sur le terrain, qui vous donne le pouls réel de l’économie, pour sortir du « y a qu’à faire ça ». Moi, j’ai longtemps vécu dans un bout de l’économie qui est le marché des capitaux. Mais j’ai passé des heures à comprendre la problématique de l’eau, de l’agriculture et de l’énergie.

Dans le parti Afek [Ndlr : Ce sera la 2ème fois uniquement où il parlera de son parti, dont la traduction est Perspective], nous croyons que la Tunisie peut être beaucoup mieux gérée, être plus productive  que le PIB actuel qui est  de 130 Milliards DT, peut être boosté si nous arrivons à remettre en marche ses 3 moteurs que sont l’investissement public ou titre II et qui est bloqué par les procédures administratives et la peur de l’Administration. Ensuite le secteur privé, mais que nous souhaitons, certes prospère, et  surtout solidaire de la situation, d’abord humaine et ensuite économique du pays. Solidaire avec les Tunisiens qui sont hors du cycle de croissance que nous voulons impulser. Et enfin le pilier du marketing de la Tunisie pour en faire un Hub de l’investissement pour l’emploi. En bref, nous croyons en une Tunisie plus prospère, pour avoir plus d’argent pour la redistribution sociale. Car à la fin de l’histoire, nous parlons de décence. Et il est indécent aujourd’hui de voir 25 % de pauvreté extrême. Il est indécent de voir 18 % de chômage. Il est indécent de voir nos enfants rêver juste de quitter le pays. Il est indécent de voir l’état de l’environnement en Tunisie. Et ça, ce sont des choses qui peuvent être redressées. Il suffirait d’un plan d’action, d’une vision claire, et de  se donner les moyens de cette réussite. Et je pense qu’à Afek Tounes, nous avons mis ce programme économique.

Que pense le Mr « d’un trait de plume » (بجرة قلم), de la situation économique en Tunisie ?

L’information de la dégradation des finances publiques n’est pas une découverte, ni une surprise pour moi, et j’ai été le premier ministre des Finances à le dire, clairement et sans ambages. La recette, c’est amplifier le budget de 18 Milliards DT jusqu’à quasiment 60 Milliards DT en moins de 10 ans, en ayant tous les moteurs de la croissance en panne ou grippée de manière endogène ou exogène, en le finançant par un couple Dette-Impôt qui a montré ses limites.

Et la solution, selon vous, est ?

« J’entends d’ici et là et même dans des documents officiels, que la Tunisie a une masse salariale de 16 % du PIB, et qu’il faudrait la baisser. Je ne crois pas que ce soit une piste jouable, d’aller dire cela et leur parler d’une politique restrictive ou d’une politique d’austérité, à des gens qui font face à des coûts de plus en plus chers. La seule solution est de pousser, accroître notre richesse. Or, et j’en reviens à mon histoire de coup de plume, il y a des lois dans plusieurs secteurs d’activité qui entravent l’investissement, comme la loi de change, l’article 96 du code pénal, les procédures trop longues d’appels d’offres et d’études. Et il suffirait, par exemple pour l’investissement, que la cheffe du gouvernement décide de débloquer tout ce que nous avions signé au 20/20 en 2017. Des Milliards DT, restés aux frontières de la Tunisie. Des financements signés et prêts, des projets publics dont on avait pu alors lever la dette dans des conditions d’investissement, de très longs termes et à de bons taux et des délais de grâce. Des projets publics, comme pour le pont de Bizerte pour lequel on cherche toujours le traçage depuis 6 ans, les autoroutes Est et Ouest, le Port de Radès, les stations de dessalement, 12 hôpitaux de classe B, l’hôpital de Kairouan dont le financement est un don et qui ne démarre toujours pas, et j’en oublie.

 J’ai une anecdote avec l’ancien président Feu Béji Caïed Essebsi qui me demandait alors comment on va s’en sortir. Je lui répondais  que lorsque les Tunisiens verront les grues installées un peu partout, la tension sociale baissera et les gens se remettront au travail. Depuis, et à chaque fois qu’il me rencontrait, il me lançait : « Alors où est-ce que vous en êtes avec vos grues ». Tout cela pour dire que, si l’investissement public est soulagé des procédures administratives veillottes et inadaptées à ce qui se passe dans le monde, il repartira de plus belle ».

Est-ce que vous ne sentez pas que le secteur privé semble toujours au bout du fusil du chef de tout l’Etat, sans distinction entre entrepreneurs et affairistes ?

« Pour le secteur privé, un des rares moteurs de l’économie qui fonctionne encore, il est d’abord traumatisé par le discours politique en cours. Moi, je suis d’avis qu’il nous faut plutôt une justice indépendante, une justice équitable, et que celui qui enfreint la loi soit jugé. Mais on ne peut pas avoir une sorte de punition collective. Le secteur privé tunisien est extrêmement résilient. Nos capitaines d’industrie, et je n’utilise pas le terme d’hommes d’affaires car il pourrait être aux frontières de l’affairisme, sont dans leur écrasante majorité, des entreprises citoyennes et qui paient leurs impôts. Il faut plutôt un discours politique qui remette la confiance envers l’opérateur économique dans son environnement juridique, politique et technique, car c’est l’ingrédient principal de l’investissement, bien avant les opportunités. Aujourd’hui, à cause du discours qui leur est, directement ou indirectement adressé, ils ont peur et ne veulent pas engager de nouveaux investissements, et se contentent de gérer ce qu’ils ont, sans plus ».

Vous les connaissez très bien et tous ne sont quand même pas tous des anges !

« Oui je les connais. Je l’ai dit et je le répète, celui qui a enfreint les lois, ou celui qui fait des choses que, ni la morale, ni la déontologie, ni que la vie en commun interdit, doivent être jugés par une justice juste et indépendante et qui a les moyens, logistiques et de la spécialisation ».

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