Jadis tête de gondole de l’industrie tunisienne, le secteur du textile & habillement, est aux prises avec une crise où s’engouffre aussi ses concurrents asiatiques et est-européens. Frappé de plein fouet par la pandémie du coronavirus, les uns et les autres s’échinent à gérer les importants dommages commerciaux et humanitaires en raison des arrêts de production et des annulations de commandes.
Croulant déjà et depuis les années 90 sous les effets du démantèlement de l’accord multifibres et la libéralisation des marchés, ont amplifié la concurrence et dévoilé la vulnérabilité de ce secteur à la moindre menace (interne ou externe), les exportations du secteur ITH tunisien vers l’Europe ont, d’abord été confrontées à celles du Maroc et de la Turquie. Selon des études concordantes, ces retombées se sont sérieusement accentuées sous la pression de la concurrence des pays asiatiques sur la base des coûts minutes, dont ils ont un avantage comparatif et des économies d’échelle par rapport à la Tunisie. Bien que la compétitivité en termes des coûts ne résulte pas d’une concurrence loyale mais plutôt du dumping, les entrepreneurs des industries textiles et de l’habillement (en particulier la confection chaîne et trame et la bonneterie) sont de plus en plus attirés par les faibles coûts et la production massive de ces pays.
Selon le vice-président de la Fédération nationale du textile, cet important centre d’externalisation nord-africain est confronté à des perturbations néfastes, malgré la proactivité du gouvernement tunisien qui, de concert, avec la Banque centrale, a annoncé des mesures d’urgence pour soutenir les entreprises, telles que la réduction des taux d’intérêt et le report de l’échéancier de paiement des impôts. L’économiste Ezzedine Saidane a déclaré au site spécialisé dans le textile « just-style » que les fonds et les mesures proposés ne vont pas assez loin. « Vous devez retarder les paiements en termes de prêts, d’impôts et de factures d’électricité et vous devez vous assurer que les entreprises peuvent accéder à d’autres emprunts pour poursuivre leurs activités », a-t-il soutenu.
Commandes annulées
A l’organisation patronale du textile, on estime que le gros problème est la trésorerie car les clients ont annulé des commandes [à la mi-saison] ». Les producteurs ont acheté des intrants coûteux qui ne sont peut-être pas utilisés, explique-t-on, citant l’exemple d’une usine italienne fournissant des tricots à Hugo Boss et Replay qui a dépensé 9 millions d’euros en fil.
« Il y a un réel problème de responsabilité sociale envers nos employés. Pour l’instant, nous ne pouvons nous permettre de leur verser que le salaire de mars – après cela, ils sont effectivement au chômage ». Et les fermetures et le confinement pourraient se poursuivre bien au-delà de toute date prévue pour la fin du mois d’avril, le ministre tunisien de la Santé n’écartant pas que le confinement total puisse se poursuivre pendant le reste de l’année.
Cela a suscité des inquiétudes au sein de l’organisation patronale du textile quant à la rétention d’ouvriers d’usine hautement qualifiés. Elle a exprimé ses craintes concernant le commerce post-pandémique : « Nous ne savons pas comment le marché se comportera ni comment nos clients se comporteront à la fin du confinement. Nous ne savons pas si nous pourrons acheter à crédit, ni comment nous paierons nos travailleurs.
« S’il est compréhensible que les entreprises se concentrent sur les besoins de leur personnel local, les détaillants de la confection doivent accepter que s’ils choisissent un modèle d’entreprise qui repose sur la main-d’œuvre de millions de travailleurs de l’habillement à l’étranger, alors ces personnes sont aussi leurs travailleurs.
« Je respecte le problème, mais j’ai aussi un problème. C’est notre problème. C’est un problème qui concerne toute la planète, c’est un problème qui concerne toute l’industrie », dit le vice-président de la Fenatexl. « Nous parlons de responsabilité, de partenariat, de coopération, de collaboration. Où sont passés ces mots maintenant ? »
L’habillement est le deuxième secteur d’exportation de la Tunisie derrière l’électronique, avec 22 % du total. Le pays compte près de 1100 usines de confection.
Les concurrents aussi
Manifestement, les retombées de la pandémie de coronavirus touchent les pays producteurs de vêtements dans le monde entier, les détaillants et les marques réduisant les commandes et interrompant les expéditions alors que les ventes chutent et que les magasins ferment. Les exportateurs indiens affirment que le confinement du pays aura peu d’impact, car les commandes ont déjà été annulées, tandis que les usines de confection du Mexique et d’Amérique centrale ferment leurs portes en raison de la réaction des gouvernements régionaux à l’épidémie de coronavirus. Les fabricants du Bangladesh ont demandé un soutien financier.
Mais en cette période de crise, il est également essentiel que les marques de vêtements et les détaillants évitent de prendre des mesures drastiques qui pourraient faire couler toute la chaîne d’approvisionnement.
Traduction&Rédaction : AM








