AccueilLa UNECroissance en Tunisie : Une reprise confirmée fin 2025, encore fragile

Croissance en Tunisie : Une reprise confirmée fin 2025, encore fragile

AM*

Le rapport de l’Institut National de la Statistique (INS) sur la croissance du quatrième trimestre 2025 affiche un taux de croissance trimestriel de 2,7 %, corrigé des effets saisonniers, et un taux annuel de 2,5 % (INS, 2026). Si ces chiffres sont présentés comme encourageants, une lecture attentive révèle une économie toujours fragile, déséquilibrée et vulnérable aux chocs internes et externes.

Une croissance concentrée sur l’agriculture : un moteur fragile

L’INS indique que « la valeur ajoutée du secteur agricole a progressé de 12,3 %, contribuant pour 1,08 point de pourcentage à la croissance globale ».

Cette performance spectaculaire masque une dépendance excessive à un secteur extrêmement sensible aux aléas climatiques et aux fluctuations des marchés internationaux. En d’autres termes, la croissance apparente repose sur un moteur fragile, et non sur une amélioration structurelle de la productivité ou de la diversification économique.

Industrie et énergie : déséquilibres inquiétants

Le rapport précise que « le secteur manufacturier a augmenté de 4,0 %, tiré par les industries mécaniques et électriques (+7,8 %) ». En revanche, le secteur énergétique recule : « la valeur ajoutée de l’énergie et des mines a diminué de 0,3 %, avec une baisse de 13,3 % dans l’extraction de pétrole et de gaz ».

Ces chiffres révèlent un déséquilibre structurel majeur : la croissance est portée par des industries relativement limitées tandis que les secteurs stratégiques pour la souveraineté énergétique et la balance commerciale restent en recul. Cela fragilise la durabilité de la croissance et souligne le risque de dépendance à quelques niches sectorielles.

La demande intérieure comme moteur unique

Le rapport note que « la demande intérieure a augmenté de 3,4 %, contribuant positivement au PIB » (INS, 2026). Si cette hausse soutient temporairement la croissance, elle reflète surtout une économie peu compétitive sur les marchés internationaux. Les exportations, elles, restent en effet insuffisantes pour compenser le déficit commercial, ce qui crée une dépendance vis-à-vis de la consommation domestique et des transferts internes. Cette dynamique risque de masquer des fragilités de fond, notamment l’incapacité de certains secteurs à s’intégrer durablement dans la chaîne de valeur mondiale.

Services : croissance limitée et inégalement répartie

Le secteur des services, qui contribue pour 0,88 point de pourcentage à la croissance, est porté par le tourisme et la restauration (+7,2 %) ainsi que les médias et communications (+3,7 %).

Si ces chiffres témoignent d’un dynamisme local, la concentration sur quelques activités spécifiques limite l’impact réel sur l’emploi durable et la stabilité économique. Une croissance sectorielle superficielle peut facilement s’effondrer face à des crises externes, comme une baisse du tourisme international.

Méthodologie et limites du rapport

L’INS précise que le PIB trimestriel est « corrigé des effets saisonniers et des variations conjoncturelles ». Il n’est cependant pas interdit de penser que cette méthode, bien que standard, pourrait gonfler artificiellement les chiffres, donnant une impression de redressement plus forte que la réalité. La croissance affichée pourrait donc être partiellement illusoire, surtout si l’on prend en compte la stagnation ou le recul dans les secteurs stratégiques et le faible niveau des investissements productifs.

Croissance annuelle, signe de stabilisation mais pas de redressement

L’économie tunisienne a enregistré 2,5 % de croissance sur l’ensemble de 2025. Bien que modérée, cette croissance traduit surtout une stabilisation après des années difficiles plutôt qu’un véritable redressement économique. Les déficits structurels, l’inflation persistante et le chômage élevé restent des obstacles majeurs.

Vers une croissance durable ?

L’analyse du rapport révèle plusieurs défis clés : fragilité sectorielle : agriculture et services spécifiques portent la croissance, tandis que l’industrie stratégique et l’énergie stagnent ou reculent.

Dépendance à la demande intérieure : la faible compétitivité à l’export limite la résilience économique

Risque de croissance illusoire : les ajustements méthodologiques peuvent masquer les faiblesses structurelles et la productivité réelle.

Sans mesures de diversification, renforcement de l’industrie et stimulation des exportations à forte valeur ajoutée, la Tunisie risque de rester sur une croissance superficielle, exposée aux crises externes et aux fluctuations conjoncturelles

Une croissance, en conclusion, fragile et déséquilibrée

Le rapport de l’INS fournit un cadre statistique précis et des chiffres rassurants sur le T4 2025. Toutefois, l’analyse critique démontre que la croissance économique tunisienne reste fragile, sectoriellement déséquilibrée et partiellement dépendante de facteurs temporaires. Les décideurs politiques doivent aller au-delà des chiffres globaux et mettre en œuvre des réformes structurelles pour garantir une croissance réelle, inclusive et durable.

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -