AccueilLa UNECroissance post-Covid : La Tunisie dure à la détente !

Croissance post-Covid : La Tunisie dure à la détente !

Nombreux sont les pays qui, de par le monde, ont vite retrouvé leurs niveaux de croissance d’avant-Covid, si ce n’est davantage. Une configuration  dans laquelle la  Tunisie fait piètre figure alors même que, de surcroît, ses voisins directs, tels que l’Algérie et le Maroc ont respectivement rebondi de  70% et 90%.  Sans devoir se perdre en conjectures, une esquisse de réponse a été trouvée  lors d’un webinaire organisé récemment par le Think Tank GI4T (Global Institue for Transitions).

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L’universitaire Fatma Marrakchi Charfi  a expliqué, dans une déclaration à TAP, que « c’est  parce que la Tunisie est en train de perdre en facteurs de production  (capital et travail),  n’arrivant pas à retrouver en 2021, le 1/3 de ce qu’elle a perdu en termes de croissance en 2020. Plus encore la croissance potentielle en Tunisie est nulle sinon légèrement négative».

 Cette  baisse drastique des facteurs de production  est due au phénomène de l’émigration des compétences (ingénieurs, médecins, enseignants …),  qui détériore davantage le stock du travail, et au déclin de l’investissement, qui est à l’origine de l’érosion du stock de capital. En effet, l’investissement national est aujourd’hui, inférieur à 10% du PIB alors qu’il était autour de 25% en 2010.

Ainsi, pense l’analyste économique  pour retrouver le chemin vertueux de la croissance, il est très important d’en booster les moteurs et essentiellement l’investissement. L’investissement public en dégageant l’espace fiscal nécessaire, en suivant l’exécution de ces investissements et en résolvant les problèmes qui surgissent en cours de route et qui peuvent freiner l’avancement de ces projets ; mais aussi l’investissement privé en travaillant sur le climat des affaires et en veillant à réduire/éliminer l’arsenal d’autorisations nécessaires pour pouvoir accéder à certains secteurs et  surmonter la machine administrative lourde des autorisations.

La stabilisation  nécessaire mais insuffisante!

Marrakchi estime que les problèmes et les défis économiques  du pays sont connus par tous mais ils sont enchevêtrés, et compliqués. Pour donner un aperçu de la situation, l’universitaire analyse  trois indicateurs qui sont interconnectés , à savoir le déficit budgétaire, le déficit courant et l’endettement public.

Concernant le déficit budgétaire, elle souligne que « non seulement il se creuse de plus en plus au fil des années mais plus encore, on parle de déficit primaire dans le budget ce qui signifie que les recettes propres de l’Etat (recettes fiscales et non fiscales) n’arrivent pas à couvrir les besoins de l’exercice budgétaire sans tenir compte du service de la dette qui n’est pas la responsabilité du gouvernement en place pendant l’exercice. Pour revenir à un surplus primaire ou un solde budgétaire nul il faut impérativement relever le niveau des recettes propres et diminuer les dépenses de l’Etat ».

Cet exercice peut être facilité, selon elle, par les réformes transversales qui serviront à dégager un espace fiscal nécessaire pour améliorer le niveau de l’investissement public qui a toujours été la variable d’ajustement dans le budget de l’Etat. Il s’agit essentiellement de la réforme fiscale dans un sens d’une politique fiscale plus égalitaire en élargissant l’assiette plutôt qu’en élevant les taux déjà assez élevés ; la réforme de la fonction publique qui peut permettre une plus grande efficacité dans le fonctionnement de l’Etat ; la réforme des subventions pour éviter énormément de gaspillage dans les dépenses de l’Etat et la réforme des entreprises publiques qui permettra de fournir des ressources à l’Etat au lieu de ponctionner sur ses revenus et son budget.

La partie apparente de l’iceberg !

Concernant le déficit courant, Marrakchi rappelle qu’ il provient essentiellement du déficit commercial qui n’est plus couvert par l’excédent de la balance des services comme c’était le cas en grande partie avant 2011, étant donné la chute des exportations du phosphate, l’augmentation des importations des produits énergétiques et la chute des recettes touristiques, à la suite des attaques terroristes.

« Les deux déficits courants et budgétaires quand ils sont concomitants sont les déficits jumeaux qui s’alimentent mutuellement et alimentent le niveau de l’endettement du pays et surtout l’endettement public et c’est pourquoi on soulève de plus en plus aujourd’hui le problème de la soutenabilité de la dette » explique-t-elle.

Et d’enchaîner « mais en réalité,  les déséquilibres décrits plus haut, ne sont que la partie apparente de l’iceberg. Le problème réel  tient  au manque de compétitivité et au  manque de création de richesse, exacerbé par la pandémie, avec l’arrêt de l’activité économique … En fait, c’est la croissance qui nous fait défaut ».

Ainsi, conclut-elle, la stabilisation de l’économie est importante et est une étape essentielle et nécessaire mais pas suffisante pour pouvoir redémarrer la machine productive. D’où l’importance de réserver plus d’espace fiscal pour l’investissement public qu’on pourrait avoir grâce à la mise en place sans tarder des réformes transversales et aussi travailler sur les mesures de relance de l’investissement privé en libéralisant l’initiative privée et en éliminant les barrières à l’entrée pour les investisseurs.

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