AccueilLa UNE« Des perspectives améliorées pour une économie isolée », et d’autres remarques d’Allianz !

« Des perspectives améliorées pour une économie isolée », et d’autres remarques d’Allianz !

AM* 

La dernière note de recherche de l’Assureur « Allianz » sur le risque pays dans le monde, a consacré deux pages à la Tunisie. En prendre connaissance, est d’abord un droit du lecteur tunisien, mais aussi un devoir d’information pour ceux qui font l’économie, puissent-ils en tenir compte pour corriger le tir, surtout dans un pays où les IDE ne comptent pas pour des prunes.

Et si ladite Note a pris acte des quelques améliorations introduites sur l’économie tunisienne, son estimation du risque tunisien était globale, et surtout mise en relief par cette constatation que la Tunisie est « une économie isolée » !   

  • Allianz prévoit une croissance de +2 % pour 2027, après 1,9 % pour 2026

Selon la Note consacrée à la Tunisie, « la croissance en Tunisie devrait continuer de se modérer à +1,9 % en 2026 et légèrement au-dessus de +2 % en 2027. L’économie poursuit sa reprise progressive après le ralentissement de 2023/24 causé par une grave sécheresse, un choc inflationniste et un resserrement des conditions de financement mondiales ».

« Allianz Country Risk », assure que « la situation actuelle s’est améliorée, avec une hausse de la production agricole (le blé a bondi d’environ 18 % en glissement annuel et l’huile d’olive de 55 % en glissement annuel) grâce à l’augmentation des précipitations lors de la campagne de récolte 2024/25, tandis que le tourisme et les transferts de fonds ont également progressé. L’inflation devrait rester supérieure à 5 % en 2026/27, toujours inférieure à la moyenne d’avant la pandémie de Covid-19 ».

  • Risques financiers

Viennent ensuite les points noirs relevé par ce rapport, et qu’il faut lire pour, au moins les assimiler et en comprendre l’impact sur l’image du pays auprès des investisseurs, et essayer de les corriger. D’abord « la viabilité de la dette qui demeure une préoccupation majeure en Tunisie », la stratégie tunisienne pour y faire face, « s’inspirant du modèle économique algérien, mais sans le filet de sécurité que représentent les revenus pétroliers dont bénéficie son voisin », estime le rapport.

Après avoir accroché le fait que « le recours à la Banque centrale de Tunisie pour les emprunts en devises étrangères se poursuit », et que les réserves de change seront à nouveau utilisées pour régler la dernière obligation en euro-obligations à venir, le rapport précise qu’il s’agit de 750 millions d’euros et arrivant à échéance en juillet 2026.

Selon Allianz, « la situation budgétaire de la Tunisie reste sous pression, même si certaines améliorations se concrétisent » et prévoit un déficit budgétaire de 5,3 % du PIB en 2025.

Le rapport persiste cependant à dire que « le budget tunisien demeure très vulnérable aux chocs extérieurs ».

  • Risques inflationnistes et vulnérabilité des banques

Pour les analystes d’Allianz, « l’année 2026 présente des risques d’aggravation, le projet de budget 2026 signalant une nouvelle augmentation des dépenses (+6 % par rapport à 2025), notamment par la hausse des salaires, des pensions et des cotisations sociales, ainsi que par la mise en place d’un nouvel impôt sur la fortune ». Tout ceci, sans parler de la dernière guerre du Golfe qui pourrait flamber les prix du pétrole, ceux du transport international, et ceux d’autres denrées.

Le rapport rappelle les dernières mesures gouvernementales pour lutter contre le chômage des jeunes, qui atteint 40 %, mais estime que « la solution proposée repose sur l’augmentation du nombre d’employés du secteur public, plutôt que sur le soutien à l’activité du secteur privé ».

Pour les analystes d’Allianz, et ils ne sont certainement pas les seuls, « le recours accru au financement intérieur pour assurer le fonctionnement de l’État engendre non seulement des risques inflationnistes, mais accroît également la vulnérabilité des banques commerciales tunisiennes en raison de leur plus grande exposition à l’État et à l’endettement des entreprises publiques ».

L’ensemble du secteur bancaire est soumis à une pression croissante du fait de la boucle de rétroaction entre l’État et les banques et du niveau élevé de la dette publique.

Le taux de créances douteuses du secteur a atteint 14,7 % au premier trimestre 2025, un niveau jamais atteint depuis quatre ans. Les banques financent de plus en plus l’État, évinçant ainsi les prêts au secteur privé et limitant l’accès au crédit pour les entreprises et les ménages.

  • Les risques structurels liés à l’environnement des affaires

Le rapport Risques d’Allianz dit que « l’économie tunisienne demeure fortement réglementée et protégée, ce qui limite les opportunités économiques ». Il cite ainsi les barrières commerciales dans les secteurs de l’agriculture et de l’automobile, où les licences d’importation et les quotas restent strictement encadrés.

Il remarque que les IDE ont atteint 900 millions de dollars en 2025 (soit 1,5 % du PIB), et commente qu’ils continuent de faire face à des restrictions, et demeurent faibles par rapport aux niveaux historiques, « en raison d’un climat politique et économique jugé imprévisible ».

Pour Allianz Country Risk, « l’économie est soutenue par des subventions publiques coûteuses et par un important emploi dans le secteur public, tandis que plusieurs secteurs dominés par des entreprises publiques restent protégés de la concurrence. Selon les dernières données disponibles, les subventions ont représenté 7,1 % du PIB en 2024, tandis que les programmes de promotion sociale et de sécurité sociale ont compté pour 1,8 % du PIB ».

  • « Des interrogations quant à une application sélective de la loi et à leurs répercussions sur la confiance des acteurs économiques ».

Avant de terminer avec les risques politiques qu’encoure l’économie tunisienne, le rapport pointe un « secteur informel (qui) demeure par ailleurs très étendu en Tunisie : en 2019, l’emploi informel représentait 44,8 % de l’ensemble des emplois ».

Et à forcer d’entendre les plus hautes autorités, tous les jours parler de « corruption », le rapport Risk pays de la Tunisie conclut qu’elle « reste un problème structurel », sans oublier de nuancer, contrairement aux propres responsables tunisiens, rappelant que « son ampleur soit jugée moins marquée que dans des pays comme l’Algérie, le Maroc ou la Turquie, selon les indicateurs de la Banque mondiale », notant, à propos de la guerre de Saïed contre la corruption et certaines entreprises, que « ces actions ont suscité des interrogations quant à une application sélective de la loi et à leurs répercussions sur la confiance des acteurs économiques ».

Note concluante positive enfin, rappelant que « malgré ces défis, la Tunisie conserve certains atouts pour les entreprises. Le pays a développé une économie diversifiée, combinant industrie manufacturière et tourisme avec les hydrocarbures et les phosphates. Cette structure soutient l’un des niveaux de vie les plus élevés d’Afrique, avec un PIB par habitant estimé à 4 700 dollars en 2025 (environ 14 600 dollars en parité de pouvoir d’achat).

*Résumé du rapport « Country Risk » d’Allianz de janvier 2026

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