AccueilLa UNEEnfin la fumée blanche, sous bénéfice d’inventaire !

Enfin la fumée blanche, sous bénéfice d’inventaire !

Le chef du gouvernement désigné, Habib Jemli, a rarement tenu parole pour devoir être pris au mot. Non qu’il ait choisi de vendre du rêve quitte à berner ses vis-à-vis (politiques, journalistes et opinion publique), mais parce que, cédant à son ingénuité, ce qui est proscrit en politique, il appréhendait les choses au premier degré. On se rappelle que quelques jours après avoir pris ses quartiers à Dar Edhiafa pour mener ses consultations, il a assuré que son gouvernement serait fin prêt la semaine d’après suscitant force haussements d’épaules, et chez d’autres, des ricaneries grinçantes. La dernière en date de ses sorties inconséquentes remonte à pas plus tard que dimanche quand il a promis une conférence de presse pour ce lundi, pour se dédire devant les journalistes, avec un très sec « ce n’est pas aujourd’hui !».

En se livrant à pareil exercice de procrastination, celui que le mouvement Ennahdha a choisi pour former le prochain gouvernement apporte la démonstration qu’il ne sait plus à quel saint se vouer, ballotté qu’il est par les fortes pressions venant de toute part,  plus particulièrement exercées par le chef du parti Ennahdha, et les siens, et dans une moindre mesure le palais de Carthage, bien que la Présidence s’en défende catégoriquement.

Changements sans le moindre préavis

En tout cas, les changements brusques opérés par Habib Jemli lui ont valu les inimitiés de l’un et de l’autre, nommément Rached Ghannouchi et Kais Saied, pour soudain, se convertir en protestations de bonne volonté et même d’assentiment. C’est notoirement le cas ce lundi après-midi quand le chef du gouvernement désigné, contre toute attente, a annoncé être parvenu à un accord avec le président de la République, Kais Said, sur les portefeuilles ministériels des Affaires étrangères et de la Défense. Le plus officiellement du monde, et dans une déclaration à la presse, à l’issue d’un entretien avec le président Saied, au palais de Carthage, il a affirmé qu’il est en train d’apporter « la dernière touche au prochain gouvernement ». « J’annoncerai la composition de mon équipe gouvernementale aujourd’hui ou demain au plus tard », a-t-il sentencieusement dit, pour, ensuite, démentir l’existence d’un différend avec le président de la République, et ce, en réponse aux rumeurs relayées dans certains médias et sur les réseaux sociaux.

Plus déroutant encore, Habib Jemli a affirmé que le mouvement Ennahdha qui l’a désigné pour former le futur gouvernement « ne l’a pas abandonné et qu’il bénéficie de son soutien ». Pourtant, il ne pouvait échapper à personne que les relations entre les deux hommes, Habib Jemli et Rached Ghannouchi, n’étaient pas au beau fixe en raison du gouvernement de compétences nationales indépendantes de tous les partis, jusques et y compris Ennahdha. Le chef du gouvernement désigné, dans ce choix, semblait ne pas y aller de main morte, ne  craignant pas de s’attirer les foudres de la formation politique qui l’a chargé de composer le nouvel attelage gouvernemental en en excluant les siens. Pas plus qu’il ne craignait son veto au Parlement très probablement opposé à un gouvernement de technocrates où ne figurerait aucun candidat d’Ennahdha ou de partis alliés.

Aller vite en besogne !

En prenant tout le monde de court, Habib Jemli a au moins fait un heureux en la personne du secrétaire général de l’UGTT, Nourredine Taboubi qui l’exhortait moins de 24 heures auparavant à accélérer la formation du gouvernement afin de garantir la continuité de l’Etat.

“Les concertations autour de la formation du prochain gouvernement ont pris beaucoup de temps. Cette situation ne peut plus perdurer. Si des points faibles apparaissent, il sera toujours possible d’y remédier ultérieurement”, a tonné Taboubi dans une déclaration aux médias, à l’issue de son entretien avec le chef du gouvernement désigné. “L’engagement du chef du gouvernement désigné à former un gouvernement composé d’indépendants ne doit donc pas prêter à confusion, pour que sa crédibilité et celle du gouvernement ne soient pas remises en question”, a-t-il encore insisté, formulant l’espoir de voir la composition du gouvernement annoncée avant la célébration du jour de l’an, estimant, que cette annonce est de nature à réconforter les donateurs internationaux.

Un vœu très vraisemblablement exaucé au regard des propos sentencieux de Habib Jemli, ce lundi après-midi, alors même que le président du patronat affirmait benoîtement qu’ « il n’y a aucun mal à prolonger les concertations sur la formation du prochain gouvernement d’une ou de deux semaines supplémentaires ».

Le choix d’un gouvernement de compétences, cohérent et capable de faire réussir les politiques nationales commande d’éviter l’empressement, de tempérer et de faire preuve de mesure, a soutenu le président de l’UTICA, Samir Majoul, espérant que ces marathons de concertations aboutiront à la mise en place d’un gouvernement solide capable de résister durant les cinq prochaines années. Prolonger les concertations d’encore une ou deux semaines supplémentaires ne présente, selon lui, aucun danger pour le pays, a-t-il dit.

LM

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