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Ennahdha se dépeuple

L’évolution de l’assise électorale d’Ennahdha , durant les 16 derniers mois , est là pour nous convaincre que le parti islamiste perd de son audience auprès plusieurs couches sociales et régions . Les critiques des uns s’ajoutent aux frustrations des autres. Ceux qui s’attendaient à des réalisations au profit de leurs régions, ont vite été désappointés, les chantres de l’accès aux rênes de l’Etat de nouveaux gestionnaires « compétents et propres », ont déchanté et se sont retournés contre la gestion calamiteuse des affaires de l’Etat, depuis l’investiture du gouvernement de la Troïka.

Le capital confiance se réduit en peau de chagrin, à mesure que le temps passe. Et la seule parade que trouve Ennahdha pour sauvegarder son image de marque , c’est de s’employer à faire taire la critique , et œuvrer à ce que son échec soit partagé par toutes les formations politiques : les brimades contre les journalistes et les médias , et les tentatives de s’ouvrir à des forces politiques prêtes à mordre l’hameçon sont l’illustration de cette nouvelle politique .

Malgré les dissensions dans les rangs d’Ennahdha , et qui n’épargnent pas sa direction , on a toujours en face un establishment, qui rappelle, par ses discours et reflexes , les partis du bloc soviétique , et les vieux partis du tiers-monde, des dernières décennies .

N’ayant de cesse de se vanter de la justesse de ses vues , du bien-fondé de ses choix , de sa légitimité historique et électorale , le parti islamiste cherche toujours à imputer ses échecs et déboires à des ennemis qui complotent contre lui , tout en tournant le dos aux vicissitudes des laissés- pour- compte des anciens modèles de développement de la Tunisie .

Lorsque le ras -le -bol est le fait de larges franges des couches populaires, les formes de rejet se multiplient et peuvent être, parfois, violentes et devenir endémiques. Le slogans le plus fréquemment scandé en Tunisie postrévolutionnaire est « dégage » , et Ennahdha et son chef ont en eu leur lot.

La direction d’Ennahdha fait peu de cas de ces critiques et à ces formes de rejet, ce qui dénote une déconnexion totale de la réalité nationale. Mais il faut reconnaître qu’une minorité de ces responsables commence à manifester sa gêne de la gestion calamiteuse des dossiers qui occupent l’opinion publique : les ligues de protection de la révolution (LPR), la loi sur l’immunisation de la révolution , l’indulgence envers la violence politique ,les rapports douteux avec l’islam djihadiste , les relations de la Tunisie avec les pays voisins ,le non-respect des constantes de la diplomatie tunisienne …

Si on ajoute à ces dossiers, l’inefficacité de l’exercice gouvernemental dans les domaines du développement et du respect des libertés publiques et individuelles, on a de quoi alimenter les dissensions au sein de la direction du parti islamiste .

Les propos de Samir Dilou sur ces thèmes laissent entrevoir des divergences profondes, tant elles renvoient à des attitudes inconciliables parmi la classe politique et la société tunisiennes. Mais les rappels à l’ordre du président du conseil de la Choura Fethi Ayadi , ont poussé le ministre à nuancer ses propos .

Le cas de Abdelfattah Mourou , est plus emblématique . Ses critiques ne datent pas d’aujourd’hui et sont beaucoup plus systématiques. Le co-fondateur d’Ennahdha revient, après la révolution, sur l’affaire Bab Souika , et la fuite en avant des années 1990 , dossiers qu’il exhume, lors des assises du 9ème Congrès d’Ennahdha, en juillet 2012 . Les observateurs ont vu dans son retour au bercail du parti islamiste ,une volonté de la part de Ghannouchi de négocier un virage et imprimer de nouvelles orientations .Mais lorsqu’on l’a vu dans la soirée de lundi dernier, en larmes , à l’émission « Ettasiaa Masaan » ( chaîne Ettounsia) , défendre les mêmes thèses développées, dans l’interview accordée à l’hebdomadaire français Marianne, en février dernier , on a vite compris que les jeux étaient faits , et qu’il n’a plus sa place aux côtés de Ghannouchi . Il est parti, dans les deux interviews, du constat que le parti Ennahdha est isolé sur la scène politique , et a insisté sur l’urgence de la dissolution des ligues de la protection de la révolution(LPR) et la nécessité de l’abandon de la loi sur l’immunisation de la révolution .Et pour conclure, il juge qu’il est temps que Rached Ghannouchi quitte la direction du parti islamiste , pour sauver ce qui peut l’être . Il lui conseille même de se consacrer à la prédication et de laisser l’activité politique aux politiciens.

Ne se faisant aucune illusion sur ses chances de gagner la partie, Mourou a laissé entendre qu’il quitterait son parti s’il n’était pas entendu.

Ces voix, on en connaît , on en a connu , et il va y en avoir dans toute équation politique , et surtout au niveau des partis au pouvoir , mais ce qui importe en politique, c’est leur impact réel sur le cours des choses .

Pour le cas Dilou, on pense qu’il sera de nul effet, son inconstance ne le destinant pas à jouer un quelconque rôle au sein de la mouvance islamiste . Pour le vieux routier de la politique qu’est Mourou , l’effet de ses analyses et critiques sera aussi éphémère qu’inopérant dans les rangs du parti . Mais ce qui est important, pour l’observateur, c’est de se représenter le paysage politique de cette mouvance islamiste, après l’éviction de ces deux symboles et la marginalisation de Hamadi Jebali .

Aboussaoud Hmidi

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