AccueilLa UNEEnnahdha veut fermer la porte à l'alternance par tous les moyens

Ennahdha veut fermer la porte à l’alternance par tous les moyens

La déclaration d’Abdelfattah Mourou , mardi, à radio Express FM, dans laquelle il explique l’attachement d’Ennahdha au pouvoir et son refus de le quitter par sa peur de retourner derrière les barreaux , n’a pas surpris les observateurs . On est là en face d’un nouvel argument par lequel le parti islamique veut convaincre l’opinion publique que les obstacles qu’il est en train de mettre sur le chemin de la transition démocratique, qui doit mener inéluctablement à l’alternance, sont justifiés.

Evidemment, le comportement du parti islamiste, dès son accession au pouvoir, en décembre 2011 , montre qu’il s’efforce de rechercher une démocratie étriquée , qui ne doit pas aboutir à l’alternance . Il a refusé de fixer une échéance à la période transitoire, lors de la discussion de la loi sur l’organisation provisoire des pouvoirs publics. Il a, dans la même optique , poussé à prolonger les discussions sur la constitution pour profiter le plus longtemps possible de la légitimité électorale .

Mais, puisque cette carte ne peut être utilisée indéfiniment , du fait des pressions de l’opinion publique , de l’opposition , des pays étrangers et des organisations internationales ,et particulièrement la Banque Mondiale et le FMI , les principaux bailleurs de fonds du pays , Ennahdha a entrepris de faire obstruction à toute évolution normale de la vie publique , en créant les ligues de la protection de la révolution (LPR), pour empêcher une évolution politique saine . Et pour contrecarrer l’émergence de Nidaa Tounès , et faire avorter tout effort pour unir les formations démocratiques , Ennahdha a déployé les LPR , pour intimider les militants démocrates et les formations qui pourraient constituer une alternative à la coalition en place . Trois éléments pourraient être cités dans ce cadre : le premier est la date choisie pour autoriser les LPR à sévir , (JORT du 14 juin 2012 ) , 48 heures avant le coup d’envoi des activités de Nidaa Tounès prévu le 16 juin. Le deuxième est l’introduction des salafistes sur la scène politique 5 jours auraravant , pour créer un climat d’insécurité à travers la mise en scène des évènements d’ Al –Abdalliah pour mettre en échec la tenue du meeting de Nidaa Tounès . L’état d’urgence a été réactivé et beaucoup de militants de l’intérieur ont été dissuadés de venir assister au meeting inaugural du parti centriste. Les évènements d’ Al –Abdalliah allaient prendre encore de l’ampleur , avec l’appel lancé par Rached Ghannouchi à une manifestation pour défendre l’islam « bafoué » en Tunisie , appel appuyé par le communiqué des 3 présidences , et des déclarations de Hamma Hammami qui se sont orientées vers l’accusation des hommes d’affaires et la contre-révolution d’avoir fomenté les troubles . Heureusement que les artistes et les forces démocratiques n’ont pas tardé à tirer au clair les tenants et aboutissants de cette affaire .

La violence des LPR et des salafistes s’est installée dans le pays pour prendre pour cibles syndicalistes, artistes, hommes de médias, forces démocratiques et hommes politiques hors troïka.

Juste après ces déboires, Ennahdha et ses alliés, ont voulu parachever le verrouillage politique en immunisant la révolution, et réaliser par la législation ce qui n’a pu être fait par la force physique.

Cette stratégie, à première vue efficace vu le caractère varié et complémentaire de ses composantes , ne donne pas de résultats. L’opinion publique ne cesse d’exiger de terminer au plus vite l’élaboration de la constitution , d’écourter la période transitoire , de mettre fin à la violence qui ne fait qu’envenimer la vie politique , de dissoudre les LPR , et de circonscrire le phénomène salafiste . Ennahdha est sommée d’abandonner le projet de loi sur l’immunisation de la révolution. Toutes ces exigences sont réitérées dans le débat national entre partis politiques qui se déroule à Dar Dhiafa .

L’unanimité autour de ces revendications a scellé le sort de la stratégie d’Ennahdha pour barrer la route à l’alternance politique. Que reste-t-il donc au parti islamiste pour justifier ses plans pour mettre la main, et à jamais, sur la société et les rouages de l’Etat. Il a choisi la posture de la victime potentielle .Tout changement politique est donc malvenu ,aux yeux des dirigeants nahdhaouis , même s’il mène à approfondir le processus démocratique , et contribue à réaliser les objectifs de la révolution .Si cet argument ne devrait pas peser auprès de l’opinion publique , et sera saisi comme un nouvel alibi lancé pour attirer la compassion , il n’en demeure pas moins que ce genre d’arguments aurait son poids dans les rangs d’Ennahdha . Le refus des bases islamistes de cette alternance justifiera les tergiversations de la direction du parti à faire les concessions exigées par l’opinion publique et les forces démocratiques , au motif que toute concession divisera Ennahdha et que la démocratie en Tunisie n’a pas intérêt à voir le principal parti islamiste divisé parce que personne ne sortira gagnant de cette épreuve .

Aboussaoud Hmidi

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