AccueilLa UNEIDE 2025 : La Tunisie pavoise, l'UNCTAD relativise

IDE 2025 : La Tunisie pavoise, l’UNCTAD relativise

Le rapport mondial sur l’investissement 2026 de la CNUCED chiffre les investissements directs étrangers reçus par la Tunisie à 1 173 millions de dollars américains en 2025. Le même montant, côté tunisien, nourrit un récit de percée. Confrontés aux données internationales et à leur propre historique, les chiffres officiels résistent mal à quelques vérifications.

–          Un même chiffre, deux monnaies

Commençons par lever une confusion. Le montant de 1 173 millions de dollars retenu par la CNUCED (Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement) et les 3 506,5 millions de dinars tunisiens annoncés par la Banque centrale de Tunisie (BCT) désignent la même réalité. Au taux moyen de 2025, proche de trois dinars pour un dollar, l’un se convertit dans l’autre. Il n’y a donc pas de bataille de chiffres sur le montant. La divergence est ailleurs, dans la manière de le mesurer et de le raconter.

–          Une croissance flattée par un dinar plus fort

La FIPA (Agence de promotion de l’investissement extérieur) et la BCT affichent une progression de 30,1% des IDE en 2025, mesurée en dinars. La CNUCED, elle, calcule une hausse de 35,3%, mesurée en dollars. L’écart de cinq points n’est pas une erreur, il est un pur effet de change. En moyenne annuelle 2025, le dinar s’est apprécié de 3,8% face au dollar, selon le rapport annuel 2025 de la BCT. Une même somme en dinars se traduit donc par davantage de dollars qu’un an plus tôt, ce qui gonfle la croissance affichée en devises. Le calcul le confirme, une hausse de 35,3% en dollars corrigée d’une appréciation de 3,8% redonne 30,3% en dinars, à un dixième de point du chiffre officiel. La performance en dollars n’ajoute donc aucun capital réel, elle reflète la vigueur passagère du dinar.

–          Une base de comparaison qui se déplace

Plus délicat, le point de départ bouge selon les communications. Le +30,1% de 2025 suppose une base 2024 d’environ 2 695 millions de dinars. Or, dans son bilan de février 2025, la FIPA avait elle-même chiffré les IDE de 2024 à 2 910,2 millions de dinars. Rapportés à cette référence, les 3 506,5 millions de dinars de 2025 ne progressent plus que d’environ 20,5%. Une troisième valeur circule en 2026, une base 2024 de 2 742 millions de dinars, qui donnerait 27,9%. Trois points de départ, trois taux de croissance. Cet écart peut tenir à une révision méthodologique légitime de la balance des paiements, fréquente à la BCT. Il mériterait néanmoins une clarification, sollicitée pour un droit de réponse.

–          Le périmètre, cet allié du communicant

Troisième nuance, le périmètre varie au gré des annonces, toujours en dinars. Tantôt l’accent est mis sur les 3 506,5 millions de dinars d’IDE seuls, tantôt sur un total de 3 572 millions de dinars incluant 65,6 millions de dinars d’investissements de portefeuille. L’addition est exacte, mais le passage silencieux d’un agrégat à l’autre entretient une impression de volume supérieur à la réalité productive. Les investissements de portefeuille, volatils par nature, ne créent ni usine ni emploi durable.

–          La réalité industrielle, elle, tient

Reste que le socle est solide. Les industries manufacturières concentrent plus de 60% des flux. L’énergie reçoit 571 millions de dinars, soit 16,3% du total des IDE. Les extensions dominent, 819 projets pour 2 579 millions de dinars, contre 102 créations pour 357 millions de dinars. Ce sont les entreprises déjà installées qui réinvestissent davantage que de nouveaux entrants. Le pays comptait fin 2025 environ 4 211 sociétés à participation étrangère hors énergie. La création de 14 085 emplois est réelle. La dynamique existe, elle est simplement moins spectaculaire que le récit.

–          Le vrai juge de paix, la comparaison régionale

C’est en Afrique du Nord que la performance tunisienne retrouve ses proportions, toutes les valeurs qui suivent étant en millions de dollars, base UNCTAD. Avec 1 173 millions de dollars, la Tunisie capte 35% du niveau marocain, à 3 338 millions de dollars, et à peine 8% du niveau égyptien, à 15 453 millions de dollars. Elle devance la Libye, à 828 millions de dollars, et talonne l’Algérie, à 1 530 millions de dollars. Le stock d’IDE accumulé depuis 2000 s’établit à 44 442 millions de dollars, soit 44,4 milliards de dollars, un niveau modeste au regard des voisins. La hausse de 2025 est bienvenue, elle ne referme pas le retard structurel.

–          Ce que le chiffre ne dit pas

Le rebond de 2025 est donc authentique dans son montant, discutable dans sa présentation, et modeste dans son ampleur régionale. Il repose largement sur des extensions et sur un effet de change favorable. Pour 2026, la FIPA vise 4 000 millions de dinars. L’objectif est atteignable. Mais il gagnerait à être mesuré à monnaie constante et à périmètre stable, faute de quoi la statistique flatte plus qu’elle n’informe.

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