Kais Saïed a fermé la porte du FMI pour la Tunisie, et vient d’en faire autant pour les aides européennes, en rejetant la dernière offre de soutien budgétaire de l’UE. Il n’est pas exclu, depuis hier soir, qu’il ferme aussi la porte des croisières touristiques étrangères en Tunisie, même si l’armateur MSC qui est propriétaire de l’entreprise n’a pas intérêt à diminuer le nombre d’escales à la Goulette.
Mais ce qui est certain, c’est que le président de la République tunisienne qui recevait lundi dernier le ministre du Tourisme, a traité d’un dossier très important pour une Tunisie où le tourisme est le 2ème pourvoyeur en devises après les TRE. Et ce, certes avec ses mots, et sa manière populiste il faut le dire, rien que par le choix des séquences qui ont été rendues publiques de cette audience qui a certainement duré davantage. Mais Kais Saïed a effectivement ouvert un dossier important, délicat, financièrement, économiquement et socialement, aux interférences multiples, personnelles et politiques, et d’un historique lourd.
– Des ministres foulard aux hanches. Il ne manquait plus que ça !
« Il y a une situation qui porte atteinte à la dignité des Tunisiens et des Tunisiennes. Il s’agit de l’accueil des arrivants en Tunisie, par la danse et les you-you. Quelqu’un parmi vous, à Paris, Londres ou n’importe quel autre pays, qui accueille les touristes d’une telle manière ? » disait le chef de tout l’Etat tunisien devant un ministre du Tourisme consterné, assis les mains à plat sur ses jambes. « S’il y a des entreprises privées, qu’elles travaillent dans l’espace privé [Ndlr : Cet espace est celui de la société Goulette Cruise Port, une entreprise confisquée par l’Etat tunisien et revendue à MSC Cruise] et en dehors de l’espace public. Cela porte atteinte à notre dignité,يشطحولو بالمحارم و مشموم الفلة », dit-il avec l’air dégoûté, avant de redevenir plus politiquement correct, affirmant que « nous sommes un peuple bien accueillant et nous sécurisons tous nos invités, à l’arrivée, pendant leur séjour. Mais on ne peut accepter de telles situations qui portent atteinte à la dignité des Tunisiens. Il ne manquerait alors que de voir tout le gouvernement se déplacer au port de la Goulette, pour danser devant eux, foulards aux hanches. Ce sont des images dégoûtantes, comme si le peuple est inférieur à d’autres. Qu’il vienne (Ndlr le touriste) et il sera le bienvenu, mais de manière digne et qui soit à la hauteur de notre peuple ».
Et même si on rappelle, encore une fois, que le croisiériste dont parlait le chef de tout l’Etat était en domaine privé, sur ses terres et dans son village, et non public, mais cela n’autorise pas de voir des ministres se déplacer en groupe pour aller recevoir des touristes en descente d’un paquebot, comme si ces touristes nous rendaient service en venant en Tunisie.
Une pratique, il vrai, indigne de leur rang (Dans la photo, en haut à droite, on en voit 3 à la fois, dont le ministre de l’Intérieur en personne, qui plus est à la tête d’un ministère de souveraineté), pour assister à une cérémonie qui se répète à chaque escale d’un croisiériste qui n’en est plus à sa première. Et c’est, peut-être, la surmédiatisation de ce type d’évènement, somme toute désormais banal, qui les y a poussés.
Quant aux cérémonies d’accueil, elles sont certes kitch, mais font partie du patrimoine du pays, et ne demandent qu’à être enrichies, si le ministère de la Culture voulait bien y travailler de concert avec celui du tourisme, et proposer autre chose, de plus valorisant à MSC, qui ne dira certainement pas non !
– Pourquoi pas un Observatoire indépendant du tourisme ?
A très juste titre, le chef de tout l’Etat a estimé que « il faut développer le tourisme, qui n’est pas seulement des plages et du soleil. Et les hôtels se sont transformés en dortoirs où tout est disponible au moindre prix », mettant en cause de manière indirecte les tarifs dictés par les TO, et la pratique du « All-Inclusive », qui fait que parfois, il est moins cher de vivre dans un hôtel tunisien que d’habiter chez lui à l’étranger.
Des pratiques, qui font que le séjour d’un touriste étranger, tout compris, ne dépasse pas les quelques centaines d’euros, et qui font que le touriste ne dépense rien en dehors de l’hôtel qui l’héberge et parfois les hôtels du même groupe dans le Sud tunisien. Et les quelques casinos qui ont fermé, peuvent en témoigner. Mais des pratiques qui pourraient disparaître ou être mieux régulées, lorsque le ministère du Tourisme le voudra et pourra discuter, sérieusement et sereinement, avec les hôteliers.
On ne sait pas si le ministre disposait de chiffres pour affirmer autre chose, mais il aurait été judicieux qu’il lui propose la création d’un observatoire, national et indépendant, qui centralisera tous les chiffres du tourisme, les étudiera, les croisera, et en dira ce qu’il en est réellement. On saura, alors, combien de vrais touristes, combien dépensent-ils et où ils le font, et on pourra alors penser comment faire mieux.
– Développer le tourisme, oui. Encore faut-il se donner les moyens de cette politique
Dire pourtant, par la bouche d’un chef de tout l’Etat qui est en train de tout remuer, que le tourisme est « un mauvais choix, et il aurait fallu investir dans l’agriculture (Ndlr : Bizarrement, on trouve la même thèse chez ses Fans sur fb !), que dans ce secteur dont ne tirent profit que les agences de voyages (Ndlr : il parlait en effet des TO, et la Tunisie en compte plus de mille des réceptifs qui font du B-to-B) », reste contradictoire avec son assurance qu’il est l’un des principaux pourvoyeurs du pays en devises. Pourquoi le ministre ne proposerait-il pas à son chef de tout l’Etat la facilitation de la création, d’un ou plusieurs TO tunisiens qui travailleraient en coopération avec les Réceptifs locaux, pour mieux canaliser et valoriser le tourisme tunisien ? Pourquoi ne lui a-t-il pas proposé de rendre les contrats d’allotement obligatoirement payables en devises.
Différentes études, menées parfois par des experts étrangers, existent … dans les tiroirs du ministère qui ne semble pas disposer d’une stratégie conséquente, et se limiterait presque à gérer le décompte des arrivées, où on l’oublie facilement le retour d’un TRE en terre natale, considéré par les fabricants de chiffres, comme une arrivée touristique. Il suffirait pourtant d’appliquer les recommandations de l’étude « Roland Berger », et de faciliter cela en évitant que les prises de décisions pour ce secteur transversal se perdent dans les méandres de l’administration.
– Régler la question de l’endettement, et mettre à jour les lois
Il est en effet un fait que, changer de modèle économique touristique nécessite beaucoup de choses. D’abord, régler le problème de l’endettement bancaire de ce secteur, pour le mettre à jour et l’habiliter au tourisme à haute valeur ajoutée. Et les tentatives de le faire datent de plusieurs dizaines d’années, parfois contrecarrées par certains opérateurs à la recherche de reprises à très petits coûts. Dépoussiérer les études qui proposaient, depuis des dizaines d’années aussi, un tel changement. Mais encore, revoir toute la ribambelle de textes de lois, comme ceux qui empêchent la création d’un tourisme alternatif. Et si certains y ont déjà investi, tout le monde sait qu’ils sont dans l’illégalité.









Bravo au président ! Il faut changer les mentalités
Comme si des dossiers beaucoup plus critiques n’existaient pas. Atteinte à la dignité, vraiment ? Que fait-on de la saleté générale, de la corruption, de l’éducation défaillante, de la pollution?