AccueilLa UNEKais Saied est-il Ennahdha compatible?

Kais Saied est-il Ennahdha compatible?

On connaît l’aversion que le président de la République, Kais Saied, voue au parlementarisme auquel il veut substituer un système basée sur le peuple,  la souveraineté du peuple, la volonté du peuple,,  sans livrer une méthodologie ou un programme permettant de décrypter ses intentions. De cette vision énigmatique de la gouvernance, on  déduit un penchant pour la démocratie directe, les comités locaux, l’éthique de la vertu plutôt que la politique des moyens et des fins.

Une autre corde à l’arc du chef de l’Etat, l’islam. Il a été ceint du titre de rempart contre l’islamisme, souligne le site Worldcrunch. Mais  c’est  une intention qu’il n’a jamais affichée, ayant fait de Ghannouchi son ennemi politique sans prononcer son nom.

« Sur le fond, Saïed est parfaitement compatible avec Ennahdha », affirme un expert  cité par la même source. C’est un conservateur, opposé à l’égalité entre les femmes et les hommes dans l’héritage sur la base de la loi coranique, favorable à la pénalisation de l’homosexualité et pas franchement contre la peine de mort. »

Ces positions expliquent, en partie, le large soutien dans ces couches de la société qui constituaient le terreau d’Ennahdha, avant qu’ils ne soient incapables de gérer le pays et tombent en disgrâce.

Ses soutiens se recrutent parmi cette frange de la société qu’incarne le portrait-robot suivant : un jeune originaire d’un quartier populaire de la banlieue de Tunis qui a été un épicentre des soulèvements de 2011 ; il a un diplôme universitaire, mais pas d’emploi. Restant un fervent partisan du président, il publie sur son profil Instagram des photos de Saïed embrassant des paysans, des ouvriers et des femmes rurales. Des mises en scène devenues rituelles à chaque sortie du président, agrémentées de slogans aux accents messianiques.

L’identité musulmane

L’électeur type de Saied  adopte l' »identité musulmane » comme point de ralliement culturel. Ainsi, tout dans les propos de Saïed fait écho à ses frustrations et à ses référents idéologiques. Avant tout, l’accent mis sur la jeunesse, et la restitution, aux plus démunis, des ressources captées par une élite pervertie.

D’ailleurs, rappelle Worldcrunch, le thème principal de la campagne de Saïed est la dénonciation de cette corruption avec des contours vagues qui sont devenus le motif obsédant de toutes les communications de Saïed. Et ce, sans proposer aucun programme concret pour l’endiguer. D’autre part, depuis le 25 juillet, son discours ne s’articule que sur une vision manichéenne de la société : le redressement moral du pays, contre ceux qu’il n’hésite pas à qualifier de  » maladie, insectes, pourriture « .

Au diapason de cette virulence, le climat collectif est à la stigmatisation de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un  » riche « , un  » possesseur « , un  » vendu  » – fonctionnaire, magistrat, avocat – la classe moyenne urbaine, en somme. Pendant deux mois, et à la veille de la rentrée économique, les chefs d’entreprise ont été sanctionnés par une  » interdiction de voyager  » plus ou moins officielle, en tout cas jamais étayée par un décret ou des décisions de justice individuelles.

Des alliés encombrants

Hormis les quelques affaires en cours depuis plus d’un an (notamment celles concernant les soupçons de financement illégal lors des législatives de 2019), aucune enquête d’envergure n’a été lancée. Pas même concernant Ennahdha, malgré la levée de l’immunité parlementaire et les innombrables preuves soulevées par des commissions d’avocats sur l’implication de certains de ses membres dans les assassinats politiques qui ont secoué le pays en 2013. La purge des islamistes, que certains prédisaient au matin du 26 juillet, n’a pas eu lieu.

Tout au long de cette campagne, les forces islamistes ont propulsé les ambitions de Saïed. Dès qu’il est apparu comme un prétendant sérieux dans les sondages, il a pris soin de se démarquer de ses alliés encombrants, tout en récupérant leur électorat.

Sa plus grande réussite est d’avoir réussi à convaincre une grande partie des forces démocratiques, une frange de la gauche et les féministes, que le mal valait le remède. Sa cote de confiance s’érode, face aux changements qui tardent à venir pour le niveau de vie des Tunisiens.

Quant à savoir ce qui fait bouger le pays, cela reste un mystère. Si ce n’est une loi de finances complémentaire pour 2021, sibylline, adoptée sans débat, nul ne sait quels sont les plans du président pour sortir la Tunisie de l’impasse économique. Il s’apprête à réaliser son rêve de vieux juriste  de laisser son nom sur une constitution. Cela ne nourrit pas un pays, mais cela occupe les commentateurs, conclut Worldcrunch.

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