Le rapport Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) consacre une note pays à chacune des principales économies du continent. Les pays du Maghreb feront l’objet d’un traitement séparé. Le panorama qui suit se concentre sur onze grandes économies d’Afrique subsaharienne, qui dessinent un continent à plusieurs vitesses. Croissance soutenue dans certains pays, fragilités structurelles dans d’autres, et tension quasi générale sur la mobilisation des ressources dans un environnement mondial fragmenté.
- Afrique de l’Ouest
Nigeria. Première économie du continent, le Nigeria a progressé de 4,0 % en 2025 contre 4,1 % en 2024, porté par les services, le pétrole et l’agriculture (BAD, 2026, note pays Nigeria). L’inflation a fortement reculé, de 33,2 % à 23 %, sous l’effet d’une politique monétaire restrictive et de l’appréciation du naira. Le déficit budgétaire s’est creusé à 2,4 % du PIB (produit intérieur brut), tandis que la dette publique a légèrement reculé à 50,2 %. La position extérieure reste solide avec un excédent courant de 6,0 % du PIB. La pauvreté demeure élevée à 31 %, illustrant une croissance peu inclusive.
Côte d’Ivoire. Locomotive ouest-africaine, la Côte d’Ivoire affiche 6,5 % de croissance en 2025 contre 6,0 % en 2024, tirée par les industries extractives, notamment le projet Baleine, et par les services (BAD, 2026, note pays Côte d’Ivoire). L’inflation est tombée à 0,1 %, et le déficit budgétaire à 3 % du PIB. Le déficit courant a fondu à 1,0 % grâce à des termes de l’échange favorables. Le pays a été particulièrement actif sur les marchés internationaux, levant 1,3 milliard de dollars en février 2026 et créant un fonds souverain stratégique.
Ghana. Le Ghana a renoué avec une forte croissance à 5,8 % en 2025 contre 5,6 % en 2024 (BAD, 2026, note pays Ghana). L’inflation a chuté de 22,9 % à 14,6 %, et le déficit budgétaire s’est réduit spectaculairement de 6,3 % à 2,4 % du PIB. La dette publique est passée sous le seuil de 55 %, à 45,5 %. La balance courante affiche un excédent de 4,4 % du PIB. La pauvreté à 29,5 % et le chômage des jeunes à 32 % rappellent toutefois la persistance des défis sociaux.
Sénégal. Le Sénégal a enregistré 8,3 % de croissance en 2025 contre 6,9 % en 2024, portée par les exportations d’hydrocarbures (BAD, 2026, note pays Sénégal). L’inflation est restée maîtrisée à 1,4 %. Toutefois, le déficit budgétaire demeure très élevé à 8,4 % du PIB et le déficit courant à 9,2 %. Surtout, la dette publique a atteint 132 % du PIB fin 2024, conduisant à des désaccords avec le FMI (Fonds monétaire international). Le pays se replie sur le marché régional, levant 2 224 milliards de francs CFA en 2025.
- Afrique de l’Est
Éthiopie. L’Éthiopie reste l’une des économies les plus dynamiques avec 9,8 % de croissance en 2024/25 contre 7,6 % l’année précédente (BAD, 2026, note pays Éthiopie). L’inflation a chuté de 26,6 % à 15,8 % après la libéralisation du marché des changes. La dette publique reste contenue à 42,8 % du PIB, mais le service de la dette extérieure absorbe 26,3 % des recettes publiques après le défaut sur les eurobonds de fin 2023. Le pays table sur 7,8 % puis 8,5 % de croissance en 2025/26 et 2026/27.
Kenya. La croissance kényane s’est consolidée à 5,0 % en 2025 contre 4,7 % en 2024 (BAD, 2026, note pays Kenya). L’inflation a reculé à 4,1 % et le taux directeur a été abaissé à 9 %. Le déficit budgétaire s’est creusé à 5,9 % du PIB et la dette à 67 %. Le chômage reste élevé à 13,9 %, avec environ 30 % chez les jeunes, et la pauvreté touche 39,8 % de la population. L’informalité représente 82,7 % de l’emploi total, ce qui constitue un frein majeur à la mobilisation fiscale.
Tanzanie. La Tanzanie maintient une trajectoire solide à 6,0 % de croissance en 2025 contre 5,5 % en 2024, soutenue par l’agriculture, les mines et la construction (BAD, 2026, note pays Tanzanie). L’inflation reste maîtrisée à 3,3 %. Le déficit budgétaire s’est creusé à 3,4 % du PIB, mais la dette à 47,6 % reste soutenable. L’extrême pauvreté a reculé de 41 % à 35 % entre 2020 et 2025, et le chômage des jeunes à 10,0 % figure parmi les plus bas du continent.
- Afrique australe
Afrique du Sud. La croissance sud-africaine est restée modeste à 1,1 % en 2025 contre 0,5 % en 2024 (BAD, 2026, note pays Afrique du Sud). L’inflation a reculé à 3,2 %, permettant à la banque centrale d’abaisser son taux directeur à 6,75 %. Le déficit budgétaire est resté à 4,5 % du PIB, la dette publique a atteint 78,9 %. Le chômage à 31,4 %, dont 43,8 % chez les jeunes, et la pauvreté à 68,1 % illustrent un développement profondément inégal dans le pays qui dispose pourtant du marché de capitaux le plus développé d’Afrique.
Angola. La croissance angolaise a ralenti à 3,1 % en 2025 contre 5,0 % en 2024, victime de la baisse des cours du pétrole (BAD, 2026, note pays Angola). L’inflation reste élevée à 20,4 % mais en recul depuis 28,2 %. Le déficit budgétaire a plus que doublé à 3,0 % du PIB. La pauvreté à 40,6 %, le chômage des jeunes à 43,3 % et un secteur informel à 78,6 % traduisent une croissance peu inclusive et structurellement dépendante du pétrole.
- Afrique centrale
RDC. La croissance de la République démocratique du Congo (RDC) a ralenti à 5,5 % en 2025 contre 6,1 % en 2024, freinée par le conflit dans l’Est qui pèse sur le secteur extractif (BAD, 2026, note pays RDC). L’inflation a chuté de 17,7 % à 8,0 %. La dette reste exceptionnellement contenue à 18,1 % du PIB. Mais 67 % de la population vit dans l’extrême pauvreté, et la croissance par habitant a reculé à 2,1 %, illustrant le poids démographique sur la création de valeur par tête.
Cameroun. Le Cameroun a progressé de 3,7 % en 2025 contre 3,5 % en 2024, porté par le secteur non pétrolier, notamment l’énergie via le nouveau barrage de Nachtigal (BAD, 2026, note pays Cameroun). L’inflation est tombée à 3,4 % et le déficit budgétaire à 1,2 % du PIB. La dette reste soutenable à 39,4 %, mais les créances en souffrance bancaires ont atteint 14,9 % en juin 2025, et le secteur informel pèse 49,2 % du PIB.
- Une lecture d’ensemble
Cette photographie 2025 confirme une Afrique subsaharienne à plusieurs vitesses. Les économies ouest-africaines et Est-Africaines tirent la croissance avec des taux de 5 à 9 %, tandis que les géants du Sud peinent à dépasser 3 %. Trois enjeux traversent l’ensemble du sous-continent. D’abord une dette publique souvent proche du seuil critique, jusqu’à 132 % du PIB au Sénégal et 78,9 % en Afrique du Sud. Ensuite des déficits jumeaux persistants. Enfin des marchés du travail dominés par l’informalité, de 49 % au Cameroun à 82,7 % au Kenya, qui rongent l’assiette fiscale. La BAD insiste sur la nécessité de diversifier les sources de financement face à la fragmentation mondiale et au resserrement des financements concessionnels.








