AccueilLa UNELa BTS tourne la page : 2èmes dividendes de son histoire

La BTS tourne la page : 2èmes dividendes de son histoire

Créée il y a près de trente ans pour lutter contre la précarité, la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS) vient de connaître une année charnière. Pour la première fois depuis sa création, elle a versé un dividende à ses 220 000 actionnaires. Et elle s’apprête à franchir une nouvelle étape : lancer un emprunt obligataire de 30 millions de dinars, signe d’une ambition affirmée sur le marché financier.

–          Une naissance au service de l’inclusion

C’est en 1997 que l’État tunisien crée la BTS, par un décret présidentiel du 21 mai. Dotée d’un capital initial de près de 30 MDT, ouverte à 220 000 actionnaires privés qui sont les 1ers contributeurs « forcés » du temps de l’ancien Président Feu Ben Ali, elle incarne la mésofinance (secteur intermédiaire, entre la microfinance et la banque classique) à la tunisienne.

Dix ans après sa création, elle avait déjà financé 460 000 micro‑projets pour près d’un milliard de dinars. Aujourd’hui, son capital est passé à 60 millions de dinars, répartis à 54 % entre l’État et des participations publiques, et à 46 % dans le secteur privé.

La BTS clôturait l’exercice 2025 sur des résultats qui témoignent d’une gestion prudente et d’une santé financière maîtrisée, même si la lecture attentive de ses chiffres appelle quelques nuances importantes.

–          Un bénéfice net en trompe-l’œil

Le bénéfice net de l’exercice 2025 s’établit à 10,5 millions de dinars, un chiffre qui, pris isolément, pourrait sembler satisfaisant pour un établissement à vocation sociale. Mais c’est la masse des résultats reportés des années précédentes — près de 47,6 millions de dinars accumulés au 31 décembre 2024 — qui donne la véritable mesure de la situation bilancielle de la banque. Au total, les bénéfices distribuables atteignent 58,16 millions de dinars, révélant une politique historique de rétention des profits plutôt que de distribution systématique aux actionnaires.

–          Un tournant financier : les premiers dividendes

Longtemps considérée comme un outil de développement sans impératif de rentabilité, la BTS a réalisé son premier bénéfice en 2008 (500 000 DT). Depuis, ses résultats n’ont cessé de progresser. En 2024, le bénéfice net a atteint 9,5 millions de dinars, permettant un basculement historique.

Pour 2025, le conseil d’administration a opté pour une distribution de dividendes d’un dinar par action, représentant une enveloppe globale de 6 millions de dinars — ce qui implique un capital constitué de 6 millions d’actions. Ce dividende unitaire, modeste en valeur absolue, envoie néanmoins un signal positif aux actionnaires, confirmant la capacité de la banque à rémunérer le capital tout en préservant ses réserves. Cet événement marque l’entrée de la BTS dans le cercle des banques rentables et redistributrices, tout en consolidant sa base actionnariale.

–          La prudence réglementaire au cœur des arbitrages

Deux prélèvements méritent attention. D’abord, la constitution d’une réserve au titre de l’article 412 ter du Code de Commerce, instauré par la loi n°41 de 2024 promulguée le 2 août 2024, qui intègre 8 % des bénéfices reportés de l’exercice précédent, soit 759 495 dinars. Ce mécanisme, relativement récent dans le droit commercial tunisien, vise à renforcer les fonds propres des sociétés et leur capacité de résilience. La BTS s’y conforme rigoureusement. À noter en revanche que la réserve légale classique de 10 % du capital apparaît à zéro, ce qui suggère que ce plancher réglementaire a déjà été atteint par les dotations des exercices antérieurs.

Ensuite, une dotation de 400 000 dinars au fonds social illustre la vocation particulière de cet établissement. Créée en 1997 pour financer les microentreprises et soutenir les populations à faibles revenus, la BTS reste fidèle à sa mission originelle en prélevant chaque année une part de ses bénéfices pour alimenter ses programmes d’action sociale.

–          Un report massif : force ou signal d’alerte ?

L’élément le plus frappant de ce tableau de répartition reste le montant des résultats reportés à fin 2025 : 51 millions de dinars. Cette somme considérable, qui sera portée au bilan de l’exercice suivant, traduit une politique de capitalisation interne très marquée. Pour une banque de développement à vocation sociale, ce choix est compréhensible. Il garantit une base de fonds propres solide et une capacité de prêt préservée. Mais il soulève également une question légitime sur l’optimisation du capital : des réserves aussi importantes pourraient être davantage mobilisées au service de la mission sociale de l’institution, notamment dans un contexte tunisien où le financement des TPE et des micro-entrepreneurs reste un défi structurel.

–          L’annonce qui change la donne : un emprunt obligataire de 30 MDT

Mais la véritable nouvelle stratégique est venue de l’ordre du jour de l’AGO du 30 avril 2026. Sous le point 7, le Conseil d’Administration a été autorisé à lancer un emprunt obligataire de 30 millions de dinars, d’une durée de 7 ans, à taux fixe, avec admission à la cote de la Bourse de Tunis (BVMT).

Pourquoi cette décision ? Plusieurs raisons convergent. Il y a d’abord le souci de renforcer les fonds propres après la distribution de dividendes, tout en préservant les ratios prudentiels (Bâle III). Et ensuite de diversifier les ressources, la BTS reposant encore beaucoup sur les dépôts et les lignes bancaires. L’appel à l’épargne publique via des obligations permet donc de sécuriser des financements à long terme.

Et il y a , enfin, le souci de mobiliser les ressources nécessaires au financement de la croissance des crédits, surtout que la banque cible désormais les TPE vertes, l’économie sociale et solidaire, et de nouveaux segments porteurs.

Tout cela, sans oublier l’optimisation de la liquidité. En substituant des ressources courtes par des ressources à 7 ans, la BTS réduit son risque de liquidité et aligne ses passifs avec la durée de ses prêts d’investissement.

–          Une banque discrète mais en pleine mutation

Longtemps restée dans l’ombre des grandes banques cotées, la BTS affiche aujourd’hui une santé financière solide : un bénéfice 2024 de 9,5 MDT, des reports à nouveau confortables, et une capacité à rémunérer ses actionnaires pour la première fois en près de trente ans.

Son modèle reste celui du financement solidaire, mais elle emprunte désormais les codes du marché. L’emprunt obligataire de 30 MDT sera un test : sa souscription par le public et les investisseurs institutionnels mesurera la confiance qu’inspire cette banque pas comme les autres.

Force est ainsi de faire remarquer qu’une nouvelle ère s’ouvre pour la BTS ; solidaire mais désormais incontestablement financière. Reste à savoir si ses actionnaires historiques, publics et privés, suivront massivement l’appel à l’épargne obligataire. Réponse dans les mois qui viennent.

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