La construction du Maghreb, une sidérante illusion. Il en coûte à ses...

La construction du Maghreb, une sidérante illusion. Il en coûte à ses peuples qu’elle ne se fasse pas !

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La construction d’un Maghreb arabe uni, une illusion auto-entretenue qui a la vie dure mais qui emprunte quelque chose à l’Arlésienne dont on entend parler et que l’on ne voit jamais. Une allégorie qui renvoie à une affligeante réalité où cinq pays qui cultivent de fortes affinités n’arrivent toujours pas et au fil de longues décennies de s’offrir un socle commun à la faveur duquel ils émergent comme un ensemble, du moins économique », qui fasse jeu égal avec son entourage.

A ceci près que ce quintette est en totale dissonance dès lors qu’il s’agit de fédérer les cinq nations autour d’une ambition, en fait d’un objectif d’autant plus indispensable qu’il est à même de leur procurer les attributs d’une force qui compte et qui les arrache à cet état de sous-développement où leur en coûte de végéter. Pourtant, leur union a vocation à être faisable et chacun en a les moyens, à son échelle comme à l’enseigne d’un bloc cohérent et porteur de croissance pourvu qu’ils y travaillent ensemble.

La croissance de la Tunisie aurait grimpé à 24%

De quelle myopie les dirigeants de ces pays sont-ils frappés pour ne pas s’instruire des immenses dividendes qu’ils seraient en droit d’engranger s’ils entreprenaient à conjuguer leurs potentiels respectifs au service d’une intégration que, paradoxalement, leurs vis-à-vis et partenaires mêmes appellent de leur vœux ? Selon la Banque mondiale, si l’intégration économique au Maghreb avait été dûment mise en œuvre, le PIB par habitant aurait augmenté par 34% pour l’Algérie, 27% pour le Maroc et 24% pour la Tunisie, entre 2005 et 2015.

Encore mieux, et d’après les projections du Fonds monétaire internationale, la croissance annuelle moyenne sur la période 2018–2023 serait de 4,1% au Maroc, 1,6% en Algérie, 3,9% en Libye, 3,4% en Tunisie et 5,5% en Mauritanie. «Ces taux de croissance pourraient être relevés en moyenne de 1 point de pourcentage si les pays du Maghreb s’ouvraient davantage, de 0,7 point s’ils renforçaient leur participation aux chaînes de valeur mondiales (CVM), de 0,6 point s’ils diversifiaient leur économie et de 0,2 point s’ils rehaussaient la qualité de leurs produits», indique l’institution de Bretton Woods.

L’intégration au Maghreb des marchés des biens, des services, des capitaux et du travail au niveau institutionnel devrait aller de pair avec l’intégration de la population en investissant conjointement dans le capital humain et en reliant les personnes entre elles grâce aux infrastructures et aux initiatives citoyennes dans la région. Ainsi, pour accentuer leur ouverture, les pays du Maghreb pourraient prendre des mesures supplémentaires de libéralisation des échanges et de l’investissement, à la fois unilatérales, régionales et multilatérales, ceci tout en mettant en place de nouvelles réformes de leurs régimes de politique commerciale.

Voir plu grand, c’est possible !

Les pays maghrébins sont tenus de voir plus grand. Le FMI leur recommande de privilégier un accord économique régional de grande ampleur. Dans l’idéal, cet accord engloberait tous les éléments déjà pris en considération dans l’Union du Maghreb arabe, par exemple la libéralisation des échanges de biens et services et la libre circulation des capitaux et de la main-d’œuvre, et couvrirait aussi de nouveaux aspects. Ces nouveaux éléments engloberaient donc des politiques de concurrence communes, un régime d’investissement et l’application des droits de propriété intellectuelle. «Une telle ampleur sur les plans vertical et horizontal placerait les pays du Maghreb en première ligne des tentatives de libéralisation en Afrique dans le contexte plus global de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA).

La recette pour tout changer

Wadia Ait Hamza, responsable de l’engagement social à “The Americas, World Economic Forum”, a détaillé une recette en 5 points pour réformer l’économie du Maghreb dans ses différentes composantes. D’abord la mise en œuvre de la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux, avec l’ouverture des frontières entre les pays voisins et en faisant en sorte que l’infrastructure puisse convenir afin de circuler librement entre les différents territoires (routes et chemins de fer), étant tristement rappelé que les frontières entre le Maroc et l’Algérie sont fermées depuis 1994.

Il y a ensuite la coopération sécuritaire dont le propre est d’attirer les investisseurs étrangers ainsi que les touristes, la stabilité politique et la sécurité étant primordiales pour qu’il en soit ainsi. D’autant que cette coopération est jugée moins coûteuse et essentielle.

Surtout, les pays maghrébins sont appelés à s’investir dans des formes de collaboration conséquente et rénovée au lieu d’exporter vers l’Europe ou encore de se concurrencer les uns les autres. Si bien que chaque pays du Maghreb jouit de ses propres ressources, l’Algérie et la Libye riches en ressources pétrolières et peuvent subvenir aux besoins de leurs voisins. La Tunisie et le Maroc excellent dans les secteurs de l’agriculture et des services, et peuvent répondre aux besoin des leurs voisins

Parallèlement, les pays du Maghreb ne devraient pas tourner le dos aux pays de l’Afrique sub-saharienne, insiste Wadia Ait Hamza. La région sub-saharienne a longtemps était perçue comme une menace en terme de migration, de crime et d’idéologie politique, alors qu’elle est « une terre d’opportunité et la solution pour de multiples problèmes du Grand Maghreb, et devrait être considérée comme un partenaire économique et politique ».

Enfin, la nécessité se fait cruellement sentir d’adopter une politique sociale commune pour réussir l’intégration économique. Un processus qui doit commencer avec le renforcement du rôle de l’Union du Maghreb Arabe. La politique sociale peut concerner l’éducation, les affaires étrangères et les institutions politiques communes.

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