Qu’est-ce qui n’a pas marché dans la consultation électronique pour que même son initiateur, le président de la République, Kais Saied, s’en lamente et accuse « certaines parties d’œuvrer par des entraves artificielles à la faire échouer de crainte qu’elle mette en évidence une volonté populaire véritable » ?
Passons sur ce qu’en dit l Watch qui déplore sa planification « médiocre » par rapport aux mécanismes de communication gouvernementaux pour inciter les citoyens à participer », et « les signes d’hésitation, du manque de préparation et de sérieux par rapport à l’importance que lui a accordée par le chef de l’Etat ».
L’ambition qui animait, en fait, Kais Saied était de demander aux électeurs de lui faire part de leurs opinions politiques, mais, on s’est rendu à l’évidence que moins de six pour cent d’entre eux y ont participé.
C’est que la plupart des citoyens ont plus préoccupés par les pénuries alimentaires, le chômage et les difficultés financières que par la participation au processus de réécriture de la constitution. « Il est clair qu’il y a un manque d’intérêt pour cette consultation », a déclaré l’analyste Hamza Meddeb, cité par l’AFP et France 24, ajoutant que « le timing n’a pas été bien pensé ».
Il n’en panse pas moins que si la consultation avait eu lieu immédiatement après le 25 juillet, la participation aurait pu être beaucoup plus élevée. Mais sept mois après, dit-il, « le président a montré qu’il n’avait pas de projet ou de programme pour améliorer la vie quotidienne des Tunisiens ».
La Tunisie a souvent été louée à l’étranger comme la seule démocratie à émerger des soulèvements du Printemps arabe.
Mais de nombreux Tunisiens sont depuis longtemps désillusionnés par une classe politique considérée comme corrompue et incompétente, ce qui signifie que la décision de Saied a initialement suscité une vague de soutien.
Mourir de faim
Dans les rues de Tunis, peu de gens semblent intéressés par l’exercice de la consultation électronique constate un reportage de l’AFP, ayant interrogé une pléiade de Tunisiens dont une commerçante qui dit comprendre que Saied « veut juste utiliser le public pour atteindre ses propres objectifs ». « Les gens s’enfoncent dans la pauvreté et le désespoir et Saied ne cesse de nous parler du régime politique », dit une autre. « Nous sommes vraiment fatigués ».
La Tunisie est enfermée dans une crise économique lancinante qui a commencé bien avant que la pandémie de coronavirus ne provoque des pertes d’emploi massives et que la guerre en Ukraine ne menace d’exacerber les pénuries de produits de base.
Des années de chômage et d’inflation élevés ont fait que de nombreuses familles se battent pour survivre et ne s’intéressent guère à la politique.
Alors que la consultation touche à sa fin, des stands sont apparus à Tunis pour encourager les citoyens à faire leur « devoir national » et à remplir le formulaire, qui couvre la politique, l’économie, les problèmes sociaux, la santé et d’autres questions.
Saied a également ordonné à la cheffe du gouvernement Najla Bouden de rendre l’accès à Internet gratuit pendant les dix derniers jours de la consultation, qui se termine le 20 mars courant.
Certains ont affirmé qu’ils n’étaient même pas au courant de l’exercice — malgré une campagne d’information à la télévision nationale. »Ils auraient dû venir nous chercher sur Instagram, Facebook et Twitter », a déclaré l’un d’entre eux.
D’autres ont souligné « l’échec lamentable » des ministères de la Jeunesse, des sports, des technologies de la communication et de la culture à attirer les citoyens et à les encourager à participer à la consultation.








