AccueilLa UNELa crise russe explosera le budget tunisien, estiment les Français

La crise russe explosera le budget tunisien, estiment les Français

On aurait aimé trouver ce type d’analyse sur le site du ministère tunisien des Finances, expliquant à la population les tenants et les aboutissants économiques de la crise de la guerre russe en Ukraine sur la Tunisie. Demander pareille  chose, de la part d’un ministère aphone qui ne publie même plus depuis novembre 2021 les chiffres des résultats de l’exécution du budget, est en effet inutile malgré les remarques à la ministre même, qui en est, par ailleurs, encore au stade du simple appel à la création d’une cellule de crise. Ce genre de notes et plus, on le retrouve déjà dans la newsletter (NL) du service économique de l’ambassade de France à Tunis, dont la cheffe chiffre déjà les dégâts pour la Tunisie, qu’elle estime à au moins 5 Milliards DT et la perte d’un point de croissance en 2022, pour le volet des carburants. Des chiffres qu’on ne retrouve pour l’instant dans aucun document officiel tunisien.

  • Risque majeur sur la sécurité alimentaire pour la Tunisie

Dans sa dernière livrée, cette NL, Cyril Morée adjoint à la cheffe du service économique écrit que « la crise russo-ukrainienne représente un risque majeur pour la sécurité alimentaire et énergétique de la Tunisie ». Et l’analyste de faire remarquer que « si selon le gouvernement, les stocks en céréales couvrent les besoins jusqu’en juin, les risques de pénurie menacent au-delà, compte tenu des tensions extrêmes sur l’offre internationale et la solvabilité de la Tunisie. L’absence de politique agricole cohérente, la sous-exploitation des terres et la faible rentabilité ont conduit à une sous-exploitation du potentiel agricole et une forte dépendance alimentaire extérieure ».

Et Cyril Morée de faire encore observer que « si l’Office Tunisien des Céréales dit avoir effectué des achats anticipés, les capacités de stockage ne dépassent pas trois mois, permettant d’assurer les besoins jusqu’en juin. La collecte locale de blé dur devrait permettre dans un premier temps de prendre le relais à l’été, mais les tensions se feront sentir rapidement sur l’approvisionnement en blé tendre et orge, d’autant que l’Office Tunisien des Céréales, en charge des achats, est une contrepartie quasi insolvable ».

  • La Tunisie aura de plus en plus mal à acheter du gaz

Pour le volet énergie de l’impact, direct car financier, de la crise de la guerre de Poutine en Ukraine, l’analyste français rappelle d’abord que « le récent redressement de la production énergétique nationale après un long déclin et la redevance sur le transit du gaz algérien ne lèvent pas les craintes sur la capacité de la Tunisie à s’approvisionner en énergie ». Chiffres à l’appui, Morée estime que « la Tunisie  aura de plus en plus de mal à acheter au prix actuel compte tenu de l’état de ses finances publiques et de la situation financière des entreprises publiques en charge de l’approvisionnement du marché (STEG et STIR) ».

L’adjoint du service économique de l’ambassade de France en Tunisie estime ensuite, que « la crise menace plus globalement les équilibres extérieurs du pays ». Décortiquant l’effet, déjà avéré sur la balance alimentaire tunisienne, de la hausse des prix des denrées alimentaires, Morée estime que « le déficit commercial pourrait encore être aggravé par la dépréciation du dinar par rapport au dollar (-3,5% en un mois à 2,96 TND/USD) ». Pour lui, « le déficit courant devrait donc se dégrader au-delà du scénario retenu de 7 à 7,5 % du PIB cette année et l’érosion des réserves s’accélérer, alors que les entrées de capitaux ont considérablement diminué en raison de la baisse des prêts étrangers et des IDE », évoquant même la possibilité, plus que probable selon même les moins initiés, que « la crise risque de faire exploser les dépenses budgétaires de compensation et précipiter la réforme du système ».

  • Les dégâts sur le budget et la BNA, par les chiffres français

En définitive, et en bref dans sa version chiffrée, « l’envolée des cours des céréales et des carburants ne laissera cependant d’autre choix qu’un réajustement drastique soit des dotations budgétaires soit des prix administrés ». Et Cyril Morée de préciser à ce sujet que :

· Le maintien d’un baril durablement supérieur à 110 USD pourrait engendrer un surcoût supérieur à 5 Milliards DT (1,5 Md EUR) des dépenses de compensation des carburants que la loi de finances 2022 avait budgété à 2,9 Milliards DT avec l’hypothèse d’un baril à 75 USD et un taux de change à 2,9 TND/USD. Toute augmentation du prix du baril de pétrole de 1 USD engendrerait un surcoût de compensation de l‘ordre de 140 MDT, et toute hausse de 10 % du taux de change du dollar un surcoût de 40 MDT. En 2021, la hausse non anticipée du cours du baril avait déjà provoqué un réajustement de près de 3 Md TND. Elément de compensation partielle, la redevance perçue pour le passage du gaz algérien vers l’Italie a rapporté 550 MDT en 2021 (+218 MDT) et devrait encore augmenter cette année dans des proportions au moins équivalentes.

· En hausse dans la loi de finances, les 3,7 Milliards DT budgétés pour la compensation des denrées de base seront insuffisants face à l’envolée des prix des céréales. Cette dotation devait servir autant à financer la compensation en 2022 qu’à apurer les arriérés de paiement (2 Milliards DT) qui s’accumuleraient auprès de l’Office des céréales. Les risques pesant sur le système bancaire sont également à surveiller. Les arriérés de la caisse de compensation auprès de l’OTC se répercutent sur les créances de la Banque Nationale Agricole (BNA) auprès de l’Office Ces créances atteindraient 4,3 Milliards DT (1,3 Md EUR) et les limites prudentielles de 25 % de l’encours de crédit total de la banque. Cette situation fait peser un risque systémique potentiel sur le secteur bancaire compte tenu de la taille de la BNA.

*Synthèse d’une note de Cyril Morée du service économique de l’ambassade de France en Tunisie

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1 COMMENTAIRE

  1. Et pourquoi voulez-vous que le ministère publie des analyses faites par des occidentaux qui ont leur propres idéaux, leurs propres idées et leurs propres intérêts qui ne sont pas forcément les nôtres. Ce qui peut biaiser l’analyse quelle que soit la compétence de celui qui l’entreprend. Vous ne pensez quand même pas que la Tunisie manquent d’analystes pour pour aller chercher des analyses faites ailleurs et les publier sur des réseaux nationaux.

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