AccueilLa UNELa guerre en Ukraine : Quatre retombées majeures sur l’économie tunisienne

La guerre en Ukraine : Quatre retombées majeures sur l’économie tunisienne

Attendue depuis des semaines, l’invasion russe de l’Ukraine est, depuis ce jeudi à l’aube, une réalité avec laquelle de très nombreux pays, y compris la Tunisie  vont devoir composer. Non qu’il s’agisse de prendre des positions d’essence politique à l’égard  de cette guerre, mais  il s’agit de gérer de multiples ordres de répercussions  de nature majoritairement économique, la Tunisie important l’essentiel de ses besoins en céréales d’Ukraine mais aussi de Russie. Mais y a encore le pétrole  dont le cours du baril s’est envolé, sitôt les hostilités ouvertes, à plus de 100 dollars, et sans doute à  beaucoup plus si le conflit se poursuivait plus que de raison. Sans omettre de mentionner enfin l’impact sur les  flux touristiques russes et ukrainiens  qui allaient croissant  au cours des dernières années.

Mais la question qui vaut rigoureusement d’être posée est celle de savoir comment la Tunisie va gérer les répercussions de cette guerre  et son coût pour ses importations en hydrocarbures, céréales et matières premières.

L’économiste Ezzeddine Saidane tient une esquisse de réponse. « Une gestion anticipative des crises aurait pu permettre à la Tunisie  d’atténuer ces retombées, mais à défaut, il va falloir mettre en place la stratégie adéquate pour pouvoir gérer cette situation », a-t-il déclaré  à TAP.

La première conséquence directe, a-t-il souligné, c’est la flambée des prix du baril de pétrole. En effet, le budget de 2022 a été élaboré sur la base d’une hypothèse d’un prix de baril de 75 dollars et nous en sommes à 105 dollars actuellement. Chaque dollar de plus coûte à la caisse de compensation et au budget de l’Etat, l’équivalent de 120 millions de dinars, ce qui aurait des conséquences très négatives sur l’approfondissement  de la crise des finances publiques. Même les montants prévus en tant que crédits supplémentaires pour l’année 2022, risquent d’être largement dépassés.

La deuxième conséquence concerne les prix des matières premières, notamment le blé. Il ne faut pas oublier que la Russie et l’Ukraine figurent parmi les plus grands exportateurs de blé dans le monde. Le prix du blé a déjà été impacté ces derniers jours, augmentant de plus de 15% et il risque de continuer à progresser sachant que la Tunisie importe plus de 50% de ses besoins et qu’une grande partie du blé importé provient d’Ukraine, a-t-il rappelé.

La troisième conséquence directe concerne la saison touristique. En effet, avec l’accalmie de la pandémie et le niveau de la vaccination atteint, on s’attendait à une certaine reprise du secteur touristique, a indiqué Saidane. « Mais vu l’importance des pays de l’Europe de l’Est et de la Russie en termes de flux touristique vers la Tunisie, je pense qu’avec la guerre en Ukraine,  la saison touristique n’atteindra pas le niveau espéré avant l’éclatement de ce conflit », a-t-il estimé.

La quatrième retombée de la guerre en Ukraine est l’augmentation des prix des matières premières importées, ce qui pourrait impacter directement l’industrie tunisienne qui traverse déjà un moment délicat. Des effets pourraient encore, se faire sentir au niveau des exportations tunisiennes vers ces pays.

Un défaut d’anticipation !

La Tunisie est-elle assez outillée pour limiter les dégâts  qui ne manqueront pas de toucher son économie ?  Ezzeddine Saidane n ele pense pas, et insiste sur l’impérieuse nécessité d’avoir « la stratégie adéquate pour faire face à cette crise ».  Il fallait l’avoir avant même l’éclatement de la guerre, parce que cela fait un bon moment déjà que les choses se sont envenimées dans cette partie du monde, a-t-il ajouté.
« Si nous n’avons toujours pas cette stratégie, il faut la mettre en place le plus vite possible parce que cette guerre va nous impacter très sérieusement et il faut avoir les bonnes réponses aux défis qui s’imposent », a-t-il affirmé, soulignant que l

L’une des réponses qu’on aurait dû avoir à un moment donné, c’était celle de s’assurer une bonne couverture en termes d’hydrocarbures, au moment où les prix du baril étaient au plus bas, au début de la pandémie du coronavirus. « On avait en ce moment conseillé au gouvernement de prendre une couverture sur une année ou deux, chose qu’il n’a pas faite et voilà que nous subissons de plein fouet la flambée du prix du pétrole », a-t-il rappelé.

Et de conclure : « Je n’ai pas trop l’impression que ceux qui nous gouvernement ont la capacité d’anticiper. Une capacité qui est indispensable pour gérer un pays ».

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