Quelques griefs sont formulés à l’endroit de la loi des finances 2026. Dans une interview à Africanmanager, en marge d’une rencontre médiatique organisé par CONECT sur la loi de finances et la facturation électronique, l’universitaire et chercheur Abdelkader Boudrika, s’attarde sur deux d’entre eux, à savoir le manque de vision stratégique et l’insuffisance du soutien à l’investissement. Entretien :
Q-Comme à chaque parution d’une loi des finances, les experts ne se font nullement faute de passer au crible cette législation en tous points cruciale pour bien des compartiments de la politique économique et sociale que le gouvernement est amené à conduire tout au long du présent exercice fiscal. Qu’en est-il de la LF 2026 ?
R- La loi de finances 2026, bien qu’elle comporte une dimension sociale, manque de vision stratégique et ne met pas l’accent sur le soutien à l’investissement, notamment privé. Le débat actuel devrait s’articuler autour de plusieurs enjeux clés, en particulier la réforme fiscale et administrative, un plan de développement global, la stratégie nationale pour les petites et moyennes entreprises (PME), une feuille de route pour l’amélioration du climat des affaires, la loi sur l’investissement, un meilleur accès au financement et la loi sur les changes.
Q- Est-ce à dire que cette LF 2026 peine à être corrélée à une perspective qui a prise sur le futur même proche de la Tunisie ?
Nous sommes face à une forme de pragmatisme, mais il n’y a ni vision stratégique claire ni plan d’ensemble, hormis l’intégration de la dimension sociale et du principe de justice sociale dans plusieurs mesures proposées dans la première version du projet de loi. La loi des finances pèche par une absence d’une vision politique claire de l’État pour soutenir l’investissement. À l’inverse, la loi de finances ne devrait pas être surchargée, car il s’agit avant tout d’une loi budgétaire.
Ces dernières années, la loi de finances a été présentée comme la loi déterminant les stratégies de politique publique, alors qu’en réalité, ces stratégies sont formulées dans le plan de développement, la stratégie nationale pour les petites et moyennes entreprises (PME) actuellement en préparation, et la feuille de route pour l’amélioration du climat des affaires, également en cours d’élaboration.
Que pensez-vous de la loi sur la facturation électronique ?
Avant d’adopter toute nouvelle législation, telle que la loi sur la facturation électronique et la controverse qu’elle a suscitée, il est essentiel de réaliser un « test auprès des entreprises » afin d’évaluer leur capacité à mettre en œuvre ces lois. Ceci est d’autant plus important que les PME sont le principal moteur de l’économie nationale et, selon la dernière étude de CONECT, contribuent à la création d’environ 25 000 emplois par an. Elles sont également les plus touchées par la complexité administrative et les changements proposés. Une nouvelle législation est nécessaire, mais cela n’a pas été pris en compte, par exemple, dans la loi sur la facturation électronique.
Le véritable débat devrait porter sur la définition des grands objectifs et des orientations pour la période 2030-2035. Certes il y a une stratégie nationale et un plan de développement en cours d’élaboration, mais la discussion devrait se concentrer sur un ensemble de réformes relatives à la fiscalité, à l’administration, à l’investissement, aux dépenses et à l’amélioration de l’accès au financement.
Quelles sont, selon vous, les enjeux majeurs qui auraient d’être ceux de cette LF 2026 ?
R- Une loi des finances, aussi importante soit-elle, n’est qu’une loi des finances, et non la meilleure loi que notre pays n’ait jamais connue. Elle sera mise en œuvre comme toutes les lois des finances précédentes.
Le débat actuel devrait s’articuler autour de plusieurs enjeux clés, en particulier la réforme fiscale et administrative, un plan de développement global, la stratégie nationale pour les petites et moyennes entreprises (PME), une feuille de route pour l’amélioration du climat des affaires, la loi sur l’investissement, un meilleur accès au financement et la loi sur les changes.








