La page de la crise du Secondaire a-t-elle été définitivement tournée ?

La page de la crise du Secondaire a-t-elle été définitivement tournée ?

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Invraisemblable il y a peu, l’épilogue de la crise de l’enseignement secondaire a sonné comme un soupir de soulagement qui vient mettre un terme à de longues péripéties qui ont agité non seulement les élèves et leurs parents, mais aussi la majorité des Tunisiens suspendus, des mois durant, à ce qui a eu les allures d’un drame national.

Ce n’est pas en un tour de main que cette crise à répétition a abouti à cette issue dont le processus avait demandé de très laborieuses tractations et pas uniquement entre le ministère de l’Education et la fédération de l’enseignement secondaire sous la houlette de son secrétaire général, l’inénarrable Lassaad Yacoubi, mais où se sont invités, à leur corps défendant, l’organisation-mère, l’UGTT, et le gouvernement.

Un accord dont pourrait dire qu’il a été arraché au forceps, peut-être étriqué, mais auquel s’attache un coût en termes de finances certes pour l’Etat qui racle déjà les fonds de tiroir. Mais plus encore sous forme de dégâts et de préjudice pour les élèves et ipso facto leurs parents qui en ont vu de toutes les couleurs, et qui voient l’avenir entaché d’aléas et d’une certitude, celle tenant aux énormes pertes en enseignement ayant manqué à être dispensé et dans tous les cas difficilement rattrapable.

Que de temps perdu !

C’est à se demander pourquoi les uns et les autres ont dilapidé tout ce temps pour arriver à une issue alors qu’ils auraient pu et dû le faire beaucoup plus tôt en faisant montre d’un peu plus de lucidité et surtout de sens de responsabilité face à des enjeux dont ils disent mesurer toute l’étendue et la gravité sans s’y attaquer comme le leur dictait leurs devoirs respectifs, celui, pour les éducateurs, d’assumer leur noble tâche conformément à la moins noble vocation qui est fondamentalement la leur, et pour le gouvernement, de se blottir dans un quant-à-soi dont il a prouvé en fin de compte qu’il pouvait s’affranchir.

Importe-t-il d’espérer pour autant que la page de la crise est définitivement et totalement tournée? A certains égards, l’accord semblerait précaire, et rien ne garantit que les enseignants ne reviendront pas à la charge en l’absence d’un mécanisme de long terme qui régisse leurs relations avec l’autorité de tutelle qu’il s’agisse au moins des salaires, des indemnités et autres rémunérations sans parler bien sûr des autres revendications, visiblement accessoires, portant sur la réforme de l’enseignement. Ce chantier doit impérativement commencer ici et maintenant pour éviter que ce funeste scénario ne soit réédité de façon cyclique chaque fois que réapparaîtront les mêmes causes de la crise, en raison notamment du très probable rebondissement de la détérioration du pouvoir d’achat.

Risque de contagion

Mais il pourrait y avoir pire. D’autres secteurs, échaudés par cette issue, seraient ainsi susceptibles de reprendre à leur compte des procédés qui pour ainsi dire ont fait leurs preuves et amener à composition l’autorité de tutelle. Le risque existe que ce soit le cas et on ne sait pas comment les pouvoirs publics pourraient gérer cette boîte de Pandore alors que les caisses de l’Etat sont dans la situation que l’on connaît et que le Fonds monétaire international, même si, comme il est colporté, aurait manifesté une certaine indulgence cette fois-ci, n’est pas susceptible de pareille indolence à l’avenir.

Le pacte indispensable

Immanquablement, la nécessité s’impose impérieuse de lancer une approche qui rompe avec les errements qui ont ponctué la gestion de la crise de part et d’autre, et qui consisterait à un mettre en place une sorte de pacte valable pour trois ans , par exemple, où les obligations des uns et des autres sont clairement définies, rigoureusement comptabilisées, un pacte opposable à tout le monde dans tous les cas de figure, qui régisse à la lumière des capacités de l’Etat et du sens de responsabilité de ses vis-à -vis une relation contractuelle largement convenue.

Il a été judicieux qu’un comité pédagogique ait été créé au sein du ministère de l’Education ayant pour mission de garantir la bonne tenue du reste de l’année scolaire, ceci, en plus du recours à des experts, chargés de surmonter les séquelles de cette crise, dans l’intérêt des élèves. C’est le signe patent d’une volonté d’aller de l’avant et de s’attaquer comme il se doit à une partie de la crise. Ne serait-il pas encore plus judicieux d’abonder dans ce sens à une plus vaste échelle pour prévenir une fois pour toutes de semblables convulsions, à la racine et certainement au moindre coût ?

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