La Tunisie toujours pays à risque élevé pour la Coface

La Tunisie toujours pays à risque élevé pour la Coface

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Le groupe français et référence mondiale de l’assurance-crédit Coface, vient de confirmer la note C de risque élevé de la Tunisie et la notation B pour l’environnement des affaires. Cela signifie que les perspectives économiques et financières sont très incertaines, que le contexte politique peut être très instable, que l’environnement des affaires est très difficile, que la probabilité moyenne de défaut des entreprises et très élevée et le recouvrement des créances est parfois difficile. Cela veut dire aussi que les institutions présentent certaines fragilités et que les entreprises évoluent dans un cadre instable ou peu performant, ce qui est un facteur de risques à prendre en compte pour les transactions interentreprises.

Au rang des points forts qui méritent d’être soulignés, Coface cite la facilité élargie de crédit du FMI, une économie en cours de diversification, la proximité du marché européen et l’accord d’association avec l’UE, le potentiel touristique et la production minière notamment les phosphates et le pétrole. En revanche, elle pointe, au titre des points faibles, les fortes inégalités sociales et géographiques, le taux de chômage élevé, principalement chez les jeunes, le secteur touristique « confronté aux problèmes politico-sécuritaires et à une concurrence accrue », des tensions sociales conduisant à la multiplication des manifestations et des troubles sociaux, les déséquilibres structurels des comptes publics et extérieurs et augmentation significative de l’endettement extérieur et une situation politique instable.

La croissance s’affermit

Tout cela n’a pas empêché la croissance de l’économie tunisienne de s’affermir en 2018, grâce, en premier lieu, à la reprise du tourisme, longtemps sinistré, qui a permis d’accroître la contribution du tertiaire à l’activité. Les industries manufacturières orientées vers l’exportation et, tout particulièrement, les branches électriques et mécaniques ont également enregistré de bonnes performances en bénéficiant notamment d’un regain de compétitivité grâce à la dépréciation du dinar et à une demande extérieure robuste.

La modération de la croissance en zone euro, principale partenaire commerciale de la Tunisie ne devrait avoir que peu d’effet sur l’activité en 2019, prévoit la Coface qui estime que la croissance devrait encore s’affermir. La demande intérieure demeurera vigoureuse grâce au dynamisme de l’investissement public et privé. De nouvelles mesures en faveur des entreprises devraient compléter la réforme de la loi de promotion de l’investissement, dont une baisse du taux d’imposition pour les sociétés de 25 % à 13,5 % et le doublement du fonds en faveur des secteurs d’exportations (électronique, automobile, textile, agro-industrie). S’y ajoutent les exonérations fiscales pour les entreprises nouvellement créées. L’État prévoit, en outre, l’accroissement de l’enveloppe budgétaire dédiée à l’investissement en infrastructure. Plusieurs projets ont été évoqués, parmi lesquels la construction du pont de Bizerte, et de trois nouveaux barrages à Satta, Khalled et Raghay.

Inflation toujours élevée

Toutefois, la consommation des ménages resterait, cependant, atone, plombée par une inflation toujours élevée. La banque centrale devrait poursuivre le resserrement de la politique monétaire entamé en 2018, ce qui devrait légèrement contenir la hausse des prix, souligne la Coface.

L’assureur-crédit mondial note que la consolidation des finances publiques menée avec l’appui du Fonds monétaire international jumelée à la reprise de l’activité ont conduit à la baisse du déficit public en 2018. Les mesures fiscales de la loi de finance 2018, ainsi que le renforcement du recouvrement et des arriérés d’impôts ont contribué à une hausse des recettes, alors que les dépenses courantes sont restées inférieures à celles prévues par le gouvernement. Le projet de loi de finance de 2019 fixe l’objectif de déficit public à 3,9 % du PIB avec une hypothèse de croissance à 3,1 %. De meilleures perspectives économiques et un élargissement de la base fiscale devraient engendrer un léger accroissement des recettes budgétaires, mais les dépenses devraient être plus importantes que prévu, 2019 étant une année électorale. Dans ce contexte la dette publique ne devrait pas s’alléger.

Comptes courants « précaires »

La Coface juge « préoccupante » la situation des comptes extérieurs tunisiens en raison du cours élevé du brut et du renchérissement des importations. Même si les hausses attendues des revenus du tourisme et des recettes d’exportations (les industries électriques et mécaniques) devraient permettre de réduire le déficit courant, la situation des comptes extérieurs tunisiens restera précaire. Le taux d’endettement extérieur est significatif et approche 90 % du PIB. Le décaissement des échéances de dette externe, cumulé au paiement du service de la dette continueront de faire pression sur les réserves de change dont le niveau est resté en dessous de trois mois d’importation en 2018. Le dinar tunisien dont la valeur s’est nettement dépréciée depuis le début de l’année 2018 devrait subir des pressions à la baisse, ce qui ne sera pas sans conséquence sur le poids de la dette externe et l’inflation. La banque centrale tunisienne s’est engagée auprès du FMI à poursuivre la flexibilisation du taux de change, notamment par le biais d’appels d’offres concurrentiels, rappelle la Coface.

Une classe politique « morcelée »

S’agissant enfin du volet politique, la Coface relève que « les distensions entre le parti présidentiel Nidaa Tounes et le chef du gouvernement sont venues alourdir le climat de crise politique et ont fragilisé le gouvernement de Youssef Chahed… qui a continué de bénéficier de l’appui de la Coalition nationale formée autour du chef du gouvernement et soutenue par Ennahda ».

Quatre ans après les élections présidentielles qui ont pérennisé les acquis de la révolution, la classe politique tunisienne n’a jamais été autant morcelée, constate l’assureur-crédit. Cette reconfiguration de l’échiquier politique devrait continuer de nourrir un climat d’incertitudes dans un contexte de mobilisation sociale toujours croissante portée par les centrales syndicales dont l’Union générale tunisienne du travail, prévoit-t-il qui ajoute que c’est dans ce paysage politique « de plus en plus fragmenté » que devront s’organiser les élections présidentielle et parlementaire prévues pour décembre 2019.

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