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L’automne sera chaud!

Le chef de tout l’Etat, ses fans et ses sbires, pourront dire ce qu’ils veulent, crier au loup et au complot, ça bouillonne en Tunisie. Le climat y est encore à « l’été indien », mais le climat social chauffe plus vite et risque fort de transformer le pays en un  véritable chaudron à quelques semaines des législatives anticipées décidées par Kais Saïed.

« Les manifestations se sont poursuivies en Tunisie hier soir [Ndlr : 17 octobre 2022] avec les forces de sécurité dans plusieurs quartiers de la capitale quelques heures avant le déclenchement d’une grève générale à Zarzis, dans le sud du pays, à l’appel de l’Union régionale  du travail. Les forces de sécurité ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des groupes de manifestants qui protestaient pour le quatrième jour consécutif contre le meurtre par la police d’un jeune homme qu’elle  poursuivait », raconte le MEMO dans son édition électronique du 18 octobre.

« Les manifestations ont commencé à Zarzis ce mois-ci après la disparition d’un bateau censé transporter 18 migrants. La semaine dernière, des pêcheurs locaux à la recherche de l’épave ont trouvé huit corps. La colère a augmenté lorsque les autorités ont enterré les corps dans un cimetière pour migrants plutôt que de faire le nécessaire pour les identifier avant, et ont tardé à rechercher les personnes disparues », raconte de son côté le journaliste du bureau de l’agence de presse Reuters.

  • La colère gronde, de Zarzis à Tunis

Et ce sont des images qui rappellent d’autres sinistres évènements que les Tunisiens croyaient avoir dépassés et oubliés, qui emplissent journaux et médias TV internationaux, au grand dam du chef de tout l’Etat tunisien qui recevait le ministre de l’Intérieur et le directeur général de la sûreté nationale, sans oublier la ministre de la Justice. Avec tous, il a parlé de ce qui se passe à Zarzis, théâtre des échauffourées entre forces de l’ordre et manifestants. Des manifestants qui demandaient qu’on retrouve leurs proches, morts en mer après des tentatives de migration clandestine vers l’Europe, financées par leurs propres familles. Des manifestations, qui s’étaient, par la suite, propagées dans des quartiers de la capitale Tunis.

Toutes, cependant, ont pour toile de fond deux données économiques principales. D’abord une inflation à 9,1 % qui ronge depuis des mois le pouvoir d’achat des Tunisiens. Un chiffre qui s’explique en grande partie par la hausse continue des prix des produits de première nécessité, comme l’explique le dernier bulletin de l’INS. Hausse des prix des produits alimentaires, des produits et services de l’enseignement, du logement, eau, gaz, carburants et électricité. Tout y passe et sans trêve d’un mois à l’autre, et les pénuries récurrentes de carburants, de sucre et d’huile n’arrangent point les choses dans la Tunisie de Kais Saïed qui reste insensible à la détérioration des conditions de vie de ses concitoyens et préfère toujours focaliser sur la réussite de son propre programme politique. Les déclarations d’investissements ont été d’ailleurs en baisse de 20,5 % dans le secteur industriel durant les 6 premiers mois 2022, signe d’un attentisme des investisseurs d’y voir plus clair dans les intentions de K. Saïed. Un attentisme qui s’étire à l’ombre de l’absence de toute visibilité dans un budget et une loi de finances, pas encore prêts.

  • Mal-être politique, mal-vivre économique, et une survie financière

Au deuxième trimestre de l’année 2022, le nombre de chômeurs est estimé à 626.1 mille, contre 653.2 mille au premier trimestre de la même année. Le taux de chômage ressort certes à 15.3%, contre 16.1% au premier trimestre, et donc en repli. Un repli qui n’est cependant pas signe d’une meilleure conjoncture économique qui pourrait favoriser la création de plus de postes de travail. Avec une croissance du PIB à 2,8 %, les perspectives restent moroses pour l’emploi.

Le tout, dans une conjoncture politique capricieuse dans l’attente de législatives dont les partis seront exclus, pour une ARP qui aura peu de pouvoirs par rapport à ceux du chef de tout l’Etat. Une conjoncture sociale où l’UGTT, mécontente du Gouverneur de la région, prépare une grève générale à Sfax, et en prépare une autre  à Zarzis qui fait écho au renvoi du Gouverneur de Médenine par la population.

Mais aussi et surtout, dans une conjoncture financière qui se traduit parfois par des pénuries induites par le manque de ressources financières de l’Etat pour payer les fournisseurs. Une situation financière, quelque peu éclaircie par le dernier accord Tunisie-FMI, mais qui reste tendue, et devrait l’être encore plus en 2023. 

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