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Le coup de grâce de Ben Jaâfar au système Ennahdha

Dans un climat politique délétère , caractérisé par une bipolarisation extrême , et une recrudescence de la violence et de la mobilisation de la rue , Mustapha Ben Jaâfar a jeté un pavé dans la mare , en annonçant la suspension des travaux de l’Assemblée Nationale Constituante (‘ANC) , jusqu’à ce que soit entamé un dialogue entre le pouvoir et l’opposition . Les deux parties se regardaient en chiens de faïence : Ennahdha au pouvoir s’attachant à sa légitimité , et l’opposition réclamant la démission du gouvernement.

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Le Président de l’ANC qui semble renvoyer dos à dos le parti islamiste et l’opposition libérale et de gauche, s’en est remis à l’UGTT pour qu’elle joue le rôle qui lui revient, de par son poids et sa stature historique, en réunissant tous les partis politiques pour un dialogue national.

L’initiative qui émane de celui qui illustre la légitimité du 23 octobre 2011, devrait être ressentie amèrement par le parti islamiste, et considérée comme une nouvelle brèche dans le dispositif politique et juridique dont Ennahdha ne cesse de se prévaloir.

La première brèche est apparue au moment où toute la classe politique tunisienne s’est mise à réclamer à l’unisson la démission du gouvernement , la dissolution de l’ANC , la révision des nominations au sein de la haute administration et la constitution d’une instance qui regroupe partis politiques et société civile pour décider des prochaines échéances de la période transitoire .

La deuxième brèche s’est déclarée avec la mobilisation qui va crescendo au sein des forces de l’opposition , au moment où Ennahdha a manqué 5 occasions de suite ( les 9 et 16 février , les 6 et 13 juillet , et puis celle du 3 août ) pour mobiliser les siens , se contentant à chaque fois de petites dizaines de milliers au lieu du million promis .

A mesure que les choses avancent, le parti islamiste s’isole politiquement, mais s’agrippe à ce qui est devenu son gilet de sauvetage : la légitimité électorale que symbolise l’ANC, où il est majoritaire. Seulement, la légitimité a été malmenée par le retrait collectif d’un grand nombre de députés qui s’emploient à hâter la dissolution de l’ANC, conformément à la volonté des forces vives du pays , recevant le coup de grâce par l’initiative de Mustapha Ben Jaâfar .

Si on ajoute à ces développements le lâchage de l’islam politique par les puissances étrangères qui avaient appuyé son accession au pouvoir dans la région (essentiellement les Britanniques et les Américains ) et la redistribution des cartes au sein du Qatar , on s’aperçoit qu’Ennahdha voit sa marge de manœuvre se rétrécir .

Si tous ces éléments ont annoncé des tendances déjà engagées, ne faisant qu’en accélérer le rythme ou en approfondir le cours, l’initiative de Mustapha Ben Jaâfar revêt un autre caractère, produisant un effet double .

D’abord, elle brouille les cartes en mettant à mal une troïka qui n’a plus d’existence réelle sur la scène politique. C’est vrai qu’Ennahdha n’a jamais compté, dans les grands dossiers , et les tournants importants , sur cette coalition politique , et a su réunir une » majorité utile » , à chaque fois qu’Ettakattol ou le CPR se montrent récalcitrants , mais, cette fois-ci , il semble qu’Ennahdha ait trouvé dans le nouvel allié qu’est Hachemi Hamdi , et les quelques députés qui se réclament d’une certaine indépendance, un ersatz à l’effritement de l’alliance au pouvoir .

Ensuite, les islamistes ont vu dans la réintroduction de l’UGTT dans l’échiquier politique sous la bannière du parrainage du dialogue national, un fait d’une extrême gravité, car il aboutit à changer les règles du jeu établies, depuis le 23 octobre 2011 . En effet , Rached Ghannouchi a rejeté l’initiative de dialogue national proposée par la centrale syndicale, en octobre 2012 , la boycottant au début , et la marginalisant , en contournant ses résultats, en un deuxième temps . Le président d’Ennahdha a toujours suspecté le projet syndical de vouloir substituer à la légitimité des urnes celle de la rue. Mais maintenant que Ben Jaâfar a remis l’initiative du dialogue national entre les mains de l’UGTT , tout refus de la part d’Ennahdha en ferait un partenaire hostile au dialogue et assoiffé de pouvoir où il cherche à se maintenir quel qu’en soit le prix .

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si Ben Jaâfar attribue, dans son allocution de mardi , à Ennahdha des soucis purement subjectifs et partisans , dans son attachement au pouvoir , l’expliquant par sa peur des représailles qui pourraient être menées à son encontre par les parties qui prendraient le pouvoir à sa place , au moment où il explique la démarche de l’opposition par un souci beaucoup plus noble , dont témoigne sa peur de voir les prochaines élections truquées par la troïka .

Aboussaoud Hmidi

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