La visite en France, la 1ère dans un pays européen pour Hachani, dont le chef du gouvernement tunisien semble être revenu bredouille ou presque, avait été précédée d’un coup de fil, le 2 février 2024, officiellement pour « des consultations et une coordination plus poussées sur toutes les questions d’intérêt commun », sans autre forme de détail, ni de la part de La Kasbah, ni de la part de Matignon.
En dehors du pigeon voyageur, le ministre des AE Nabil Ammar, Ahmed Hachani y était pourtant accompagné par la nouvelle ministre de l’Economie, Feriel Ouerghi, qui remplaçait un ministre qui cogitait trop le développement de son pays, et par Samir Majoul, le patron d’un patronat qui refuse toujours d’organiser des élections qui le débarqueraient peut-être de la présidence de l’Utica. Leur présence faisait faussement croire en l’existence d’un volet économique, dans cette visite.
A Paris, Hachani a rencontré presque tous les Tunisiens vivant en France, en plus de son homologue Gabriel Attal et le président du Medef (copie plus puissante de l’Utica), mais aucun autre membre du gouvernement français, comme par exemple Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des finances notamment. Feriel Ouerghi et Samir Majoul était-ils allés en France, juste pour la galerie ?
– Quel est le véritable objet de cette visite ?
Dans son allocution en présence de son homologue « reçu à déjeuner à Matignon », Attal avait commencé par mettre en exergue les liens de famille qui l’unissaient à Hachani, comme le précisait son « ami » Attal. « Des liens affectifs particuliers via nos familles. Vous votre mère et moi, mon père [Ndlr : Claude Attal, né à Tunis, naturalisé français, issu d’une famille juive tunisienne] », disait Attal avec un léger sourire en direction de son invité à déjeuner, ajoutant que « le président de la République (Macron) a une très grande ambition pour la Tunisie ».
De ce « projet », on ne saura rien, ni dans le discours de 5 minutes en politiquement correct, presque de bois et de complaisance, d’Attal qui ajoutait, à l’occasion, une nouvelle « feuille de route » à son mandat local, « pour la relation franco-tunisienne ». Ni encore pendant les 10 minutes d’Ahmed Hachani, qui contredit, de but en blanc et au prix d’une légère hésitation, son « ami », par un « je sais qu’il y a une sorte de petit refroidissement ». Une remarque majeure, à notre avis, et la clé de voûte de toute la visite, que Hachani a essayé de noyer dans une tentative de plaisanterie, lorsqu’il ajoutait que « c’est en général, l’hivers qu’on l’attrape ».
Cela, après qu’Attal a dit que « tous ceux qui prospèrent sur les crises et les malentendus, prétendaient que ce dialogue et cette influence perdaient du terrain. Je crois que nous sommes là pour dire que notre relation dépasse tous les aléas. Elle dépasse même les hommes et le temps court ».
Sans le dire clairement, les deux confirmaient ainsi le malaise latent entre la France et la Tunisie. Et manifestement, le « Duo » Attal-Hachani comme le disait ce dernier, n’était là que juste pour le dissiper.
Hachani semblait en tout cas le croire, qui s’exclamait : « Là, j’ai comme l’impression que c’est le printemps ». Il se rappelle du coup de la chanson de Jacques Brel sur le printemps qui n’était pas pourtant pas arrivé en Tunisie. On ne sait pas s’ils ont pour ce faire bu le vin que citait justement la même chanson, pour « qu’on lève toutes les difficultés qu’il y a pu avoir dans le passé, dus à des incompréhensions, à des quiproquos » disait Attal !
– La maladresse de communication de Hachani
Hachani persiste et signe, en maladresse de communication, pour évoquer une émission qui devrait passer sur une chaîne privée française contrôlée par RTL Group, une filiale du géant allemand Bertelsmann, lui-même contrôlé par la famille Mohn (M6, W9, et 6ter, RTL, RTL2, et Fun Radio), et qui essaierait, selon lui « d’enrayer la machine qui s’est bien remise en marche entre la France et la Tunisie, afin qu’on s’imagine qu’il y aurait eu un acte inamical de la part de nos amis français », disait Hachani qui enlevait ses lunettes devant un Attal qui restait impassible, en hochant un moment la tête en signe d’acquiescement, avec une mimique de navré. Et d’ailleurs, le chef du gouvernement tunisien a passé presque 5 minutes à jaser sur ce sujet, comme s’il voulait tenter d’arrêter la diffusion, ce dimanche, de l’émission de M6 !
Et à entendre les deux amis Gabriel et Ahmed, force est donc de constater que ce n’était que querelle, comme « querelle entre parents, fume et ne flambe pas », aurait pu dire Hachani s’il connaissait le dicton Malinké (Guinée en Afrique) autant que les chansons de Brel.
– Le cadeau empoisonné de la réconciliation ?
Et c’est certainement en guise de cadeau du « printemps » évoqué par Hachani en citant Brel, que le jeune Attal, comme il tenait à le qualifier (Une pique ?), que le 1er ministre de l’ancien colonisateur a notamment annoncé la mobilisation de « Cap Francexport », dispositif de réassurance publique à l’export mis en œuvre par Bpifrance, afin de soutenir l’exportation de céréales françaises vers la Tunisie.
Une mesure, que le 1er ministre français avait auparavant, et dans le même discours, bien expliquée par un souci purement interne. « Dans ce contexte, et alors que mon gouvernement fait tout pour aider nos agriculteurs, y compris à identifier des débouchés, je veux que nous puissions avancer sur les sujets de souveraineté alimentaire, on en a parlé pendant notre entretien », disait en effet Attal. Un cadeau de réconciliation donc, où le 1er ministre français appliquerait presque le proverbe français qui dit que « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».
Par les quantités de blé français que recevrait la Tunisie, qui ne seraient pas données en don à bien lire l’annonce d’Attal, le 1er ministre français offrait tout simplement un débouché aux agriculteurs français, et les aidait même en faisant garantir le paiement de ces exportations de blé français vers la Tunisie par l’opérateur public français Francexport, au cas où la Tunisie, en difficultés financières, ne pourrait pas payer !
Et c’en était ainsi Noël qui ne finissait pas pour les céréaliculteurs français, et un cadeau du Ramadan que la Tunisie aurait dû refuser, comme l’avait fait le chef de tout l’Etat pour les miettes du MoU de juillet 2023, et qui froissaient presque la dignité d’une Tunisie fière de sa souveraineté.
Et comme le train qui peut en cacher un autre, ou comme le cadeau empoisonné enveloppé de bonnes intentions, le 1er ministre de la France européenne, Attal s’est empressé de conseiller son hôte à déjeuner, « la mise en œuvre du MoU de juillet 2023, conclu entre la Tunisie et l’Union Européenne, visant à renforcer la coopération économique migratoire » à propos du contrôle du flux migratoire subsaharien au départ de la Tunisie vers l’Italie notamment, pourtant refusé par la Tunisie et même par une partie de l’Union Européenne.








