Le Parlement britannique craint des velléités de « pouvoir personnel » et...

Le Parlement britannique craint des velléités de « pouvoir personnel » et de « dérive autoritaire « en Tunisie !

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Le Parlement britannique a livré, au travers de la bibliothèque de la Chambre des Communes, ce qu’il pense de la situation en Tunisie, en en dressant un tableau s’articulant autour des volets, politique, sécuritaire et économique, notamment. Il faut savoir à cet égard que la bibliothèque, qu’il ne faut pas prendre dans son acception primaire, est une unité indépendante de recherche et d’information, ayant vocation à fournir des informations impartiales aux députés de tous les partis et à leur personnel. Elle soutient les parlementaires dans leur travail de contrôle du gouvernement, de proposition de législation et d’appui aux électeurs.

Dans une note d’information (briefing paper), elle constate, après avoir évoqué l’attentat suicide de l’avenue Habib Bourguiba, que « malgré les accrochages sporadiques près de la frontière algérienne, le reste de la Tunisie est relativement sûr et les touristes sont de retour ». Toutefois, la radicalisation est un problème en Tunisie dans la mesure où ses ressortissants sont en tête des contingents combattant dans les rangs de Daech.

Impasse « acerbe » entre BCE et Chahed

Abordant la situation politique, la note relève l’impasse de plus en plus « acerbe » entre le président Béji Caïd Essebsi et le chef du gouvernement Youssef Chahed, tous deux membres du parti Nidaa Tounes. Le président a nommé son fils, Hafedh, au poste de chef du mouvement. Cette fracture en croise une autre entre islamistes et non-islamistes, puisque Ennahda, le parti islamiste dominant, a fait migrer son soutien du président Caïd Essebsi et de son fils à Youssef Chahed, dont l’effet combiné a été la paralysie de la politique tunisienne.

Le 24 septembre, BCE a annoncé qu’il mettait fin au pacte entre Nidaa Tounes et Ennahda, le parti islamiste centriste. Les deux cohabitaient dans un gouvernement d’union nationale depuis 2014. En septembre également, Youssef Chahed a annoncé qu’il quittait Nidaa pour former un nouveau parti qui soit le sien.

Certains commentateurs se sont félicités de la fin du pacte, affirmant qu’il revigorerait la politique tunisienne, indique la note d’information. D’autres craignaient que cette initiative accentue la polarisation et entache la capacité du système à prendre des décisions politiques, notamment avec la scission de Nidaa Tounes entre les partisans d’Essebsi (y compris son fils, Hafedh) et les soutiens de Chahed.

Retour à l’autocratie

Les observateurs constatent une dérive de plus en plus autoritaire en Tunisie, en particulier après l’adoption de la nouvelle loi antiterroriste en 2015. Ils s’inquiètent également de la montée en puissance de l’ancien régime, rappelant la loi de 2017 qui accorde l’immunité aux fonctionnaires impliqués dans des scandales de corruption sous le régime de Ben Ali.

« La nature de plus en plus personnalisée du pouvoir, qui fait peu cas de l’élaboration des politiques, jumelée à la montée en grade du fils du président, n’a rien fait pour apaiser les craintes d’un retour à l’autocratie », assène le rapporte de la bibliothèque de la Chambre des Communes.

Abordant le volet économique, le document souligne qu’à l’instar de ses voisins, la Tunisie connaît un taux de chômage élevé (et en augmentation), lui valant le mécontentement d’une population relativement instruite. Environ un tiers des diplômés tunisiens sont au chômage.

Il indique que le Royaume-Uni finance des programmes du Fonds de stabilité et de sécurité des conflits. L’allocation budgétaire pour 2018/20 est de 10 millions de livres sterling. Le projet le plus important concerne l’éducation et le développement économique et est mis en œuvre par la Banque africaine de développement, le British Council, l’UNICEF et la Banque mondiale.

S’agissant de la sécurité, le gouvernement britannique assure qu’il apportera son soutien au gouvernement tunisien pour l’intégration des capacités de planification stratégique et la responsabilisation accrue des citoyens afin d’aider à renforcer la stabilité grâce à la réforme du secteur de la sécurité tout en protégeant les droits de l’homme.

Le cas Satchi

L’un des projets de bonne gouvernance associait une filiale de l’agence de relations publiques de Saatchi au sujet du rôle de laquelle une question a été soulevée au Parlement. Le gouvernement a répondu que la société Saatchi n’opérait pas directement avec des collègues tunisiens:

Ce projet, géré par le Fonds des conflits, de la stabilité et de la sécurité (CSSF) fournit une assistance technique pour aider la fonction publique tunisienne à communiquer de manière transparente avec les citoyens afin de soutenir la mise en place d’institutions efficaces et responsables favorisant la bonne gouvernance. Ce sont les fonctionnaires du Bureau du Cabinet (Cabinet Office) qui sont chargés exécutent ce projet. M & C Saatchi a été désignée suite à un appel d’offres pour offrir des services créatifs au Cabinet Office et ne travaille pas directement avec le gouvernement tunisien. La valeur de ce contrat de sous-traitance peut atteindre 275 000 livres sterling (une livre s’échangeant contre 3, 75 dinars tunisiens).

La Tunisie et le Brexit

Il est à noter que la note concernant la Tunisie fait partie d’un rapport couvrant toute la région du Maghreb ainsi que l’Egypte, et où il est souligné que la politique du Royaume-Uni à l’égard de la région pourrait ne pas diverger trop de celle de l’Union européenne après un retrait de Londres pour cause de Brexit. Le gouvernement britannique souhaite reproduire les accords de libre-échange négociés par l’UE avec les pays d’Afrique du Nord. À la question de savoir combien de progrès avait été réalisé dans le remplacement de l’accord commercial existant avec la Tunisie, par exemple, la réponse du gouvernement n’était pas précise et ne pouvait pas être définie sur des échéances fixes.

« Nous entretenons un dialogue constant avec tous nos partenaires commerciaux pour assurer la continuité en reproduisant les effets de nos accords commerciaux existants avec l’UE. Ils stipulent que cet objectif doit être primordial et la continuité sera une base solide pour renforcer nos relations commerciales déjà fructueuses », a indiqué le gouvernement.

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