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Le pompier pyromane, ou la destruction par la grève

Faire grève en Tunisie, est certes un droit constitutionnel,  mais surtout un droit absolu, non cadré et même pas balisé par le devoir de respecter le droit des autres au travail. Cela, dans le sens que le droit des uns à la grève écrase celui des autres à travailler et celui de l’entreprise à produire. Plus encore, et spécificité purement tunisienne, la grève est payée même si illégale, car toute retenue sur salaire est suivie par une autre grève.

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Alors que la grève des recettes des finances devenait sans fin [fr], malgré les vaines et inappliquées réquisitions, et qui mettent à mal le recouvrement de la fiscalité pour les caisses de l’Etat pour avoir la totalité sinon plus de la prime de recouvrement, la fédération du transport décrétait une grève générale, ciel, terre et mer, pour de nouvelles négociations salariales. La grève aurait été reportée. Mais à quel prix, et la menace d’en annoncer une nouvelle demeure. Pas loin, les ingénieurs, un métier transversal dans la fonction publique et qui peut impacter plus d’un secteur, affûte ses armes pour une grève à partir du 26 mai.

  • Le pays où la grève est reine incontestée

2020 se terminait déjà avec 3.866 mouvements de protestation organisés, et 5.727 mouvements sauvages selon un rapport du FTDES, qui précisait que 29 % étaient économiques et 42 % sociaux, à 15 % fomentés par les fonctionnaires et à 24 % par les chômeurs selon la même source. Des mouvements sociaux, où les locaux de l’entreprise publique de phosphate CPG avait concentré 10 %, les lieux de production 7 %, les sites de travail 9 %, les chemins de fer 8 %, et les sièges de souveraineté 18 %.

La même source « oubliait » cependant de préciser que la très grande majorité de ces mouvements protestataires et revendicatifs, sont soit organisés, soit soutenus par l’omnipotente centrale syndicale ouvrière UGTT, devenue depuis 2011 plus puissante que n’importe quel autre centre de décision, politique ou économique en Tunisie. En avril 2021, les mouvements de protestation se multipliaient par 3,3 et passaient de 254 à 841, essentiellement (267) dans le Sud-est tunisien. Une région où se concentrent les entreprises pétrolières étrangères, grand nombre d’elles ayant décidé de fermer ou de mettre un frein à leurs investissements en Tunisie.

  • La Piovra

Tous ces mouvements sociaux, de protestation comme de revendication, de grèves totales et perlées, ou de grèves bouchons, interviennent dans une conjoncture tunisienne, où le rôle du syndicat unique est devenu plus que proéminent. Traditionnellement appelée partenaire économique et social du gouvernement, l’UGTT avait fait sa mue sous ladite révolution, et pris tous les attributs d’une force politique, d’un 4ème centre de pouvoir à côté des deux têtes de l’Exécutif et de l’ARP, et d’une véritable 5ème colonne dans la 2ème république en Tunisie. C’est, désormais, une force qui fait et défait les chefs de gouvernement, qui a son mot à dire (dans les alcôves du pouvoir) dans la composition des gouvernements, et sans laquelle rien de social, d’économique et même de politique.

Oubliées les images où certains de ses SG faisaient la queue pour saluer respectueusement l’ancien chef d’Etat tunisien. Oubliés aussi les rapports qui désignaient d’autres, parmi les indics de l’ancien régime. L’UGTT joue désormais dans la cour des grands, ceux des anoblis par Nobel, et des protecteurs des politiciens et autres énergumènes de la nouvelle Tunisie.

  • Faites ce que je dis, ne faites jamais ce que je fais

L’UGTT est désormais courtisée par tous les pouvoirs en place en Tunisie, ses communiqués, de condamnation ou de soutien, sont même devenus un baromètre de la vie politique tunisienne.

Elle est aussi devenue l’organisation de toutes les lignes rouges. Celle des entreprises publiques qu’il ne faut point privatiser ou même ouvrir à d’autres capitaux. Des carcasses financières sous éternelle perfusion des deniers publics. Elle a pourtant vendu elle-même les rares entreprises héritées des temps de sa soumission à Bourguiba. Celle de la masse salariale des fonctionnaires de l’Etat, le plus gros des troupes de ses adhérents, dont l’Etat prélève l’argent qu’il  reverse à l’UGTT. Celle aussi du recours aux bailleurs de fonds étrangers, pour financer des réformes dont la centrale ouvrière ne veut pas. Ou encore celle de l’investissement de prestige en temps de grave crise, en lançant la construction d’un nouveau siège social avec l’argent des cotisations. Et celle même, de nommer, ou de démettre tout chef de gouvernement, sans prendre son avis, plutôt son accord. Une centrale ouvrière, qui exerce son pouvoir par la grève et les mouvements sociaux.

  • Ceux qui osent, ceux qui font la pause, et ceux qui le font par doses homéopathiques !

Dans un récent statut, un universitaire de renom dont on taira le nom  pour lui épargner l’ire de l’UGTT, disait que « de nombreux experts qui lorgnent des places dans les gouvernements, bégaient et bafouillent lorsque vous leur posez des questions sur les syndicats, et se mettent à rappeler le rôle de l’UGTT. Et lorsque vous parlez avec eux en dehors des caméras ou des micros, ils vous disent que les syndicats ont détruit le pays. Vous parlez d’endettement, de dette et de dinars, et vous savez pourtant que le sort de la croissance est entre les mains des syndicats ».

Rares, très rares, sont les chefs de gouvernement qui ont osé tenir tête au mastodonte syndical. Il y avait eu surtout Mehdi Jomaa, un peu moins Youssef Chahed. Les deux, cependant, dans le silence des rencontres de La Kasbah à la sortie desquelles seule l’UGTT était en droit de faire déclaration. Aucun parti politique n’a osé, un jour, dénoncer une de ses grèves, ou comme elle, les appelle les « actions » pour l’inaction. Homme d’affaires, Nafaa Ennaifer se demande pourtant sur sa page fb « Y-a-t-il un seul parti politique ? Y-a-t-il un seul homme politique qui a osé prendre position et condamner un jour une grève aussi irresponsable et injustifiée soit- elle ? ». Il citait néanmoins  un récent communiqué d’Afek où Fadhel Abdelkefi osait le faire et attirer l’attention sur le danger de « l’excès de l’utilisation du droit de grève, alors que le pays traverse un crise globale ». Un communiqué, qui oublie pourtant de condamner l’appel du 1er mai de l’UGTT, pour de nouvelles augmentations salariales, alors que le gouvernement court derrière la dette là où il pourrait pour parer au plus urgent et réformer ce qui doit l’être !  

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