Subitement et depuis quelques semaines, et à quelques autres de la grande bouffe ramadanesque, le sucre disparaît partiellement des circuits de distribution en Tunisie. Ce sont ensuite ces mêmes circuits de distribution qui nourrissent cette peur de manquer de sucre. D’abord, en n’offrant au client que le sucre en cube plus cher. Ensuite en rationnant la vente du sucre en poudre sous sachets. Et enfin en limitant la vente à un seul sachet par personne. Et c’est, au bout du compte, cette peur au ventre et au palais gustatif et les achats d’anticipation, qui installe la pénurie dans la durée.
– Il n’y a pas un manque de sucre chez l’OCT, et même un stock permanent de 45 jours
Produit compensé par l’Etat qui le vend moins cher que les cours mondiaux à l’achat, le sucre en Tunisie où le prix est administré, c’est trois opérateurs essentiels. D’abord, l’Office tunisien du commerce (OCT), par lequel tout transite obligatoirement. Produit de monopole, le sucre est produit par la publique STS (Société Tunisienne du Sucre) à Béja qui vend toute sa production (160 mille tonnes) à l’OCT qui le commercialise, et par la privée « Tunisie Sucre » installée au port de Bizerte et qui s’occupe du raffinage seulement en achetant son sucre sur les marchés internationaux, avec autorisation de mettre sur le marché local une partie seulement de sa production. Les deux vendent cependant à l’OCT qui est ainsi distributeur, et importateur régulateur pour tout le marché tunisien.
Première assertion, celle du PDG de l’OCT. « Nous n’avons pas de problème de quantité, et nous ne refusons aucune demande », dit Elyes Ben Ameur à Africanmanager qui lui demandait les tenants et les aboutissants de cette pénurie, sans pour autant nier qu’il y ait problème d’approvisionnement du consommateur final. Et le Pdg de l’OCT d’ajouter que « actuellement, nous avons distribué une quantité supérieure à celle du mois précédent. En février 2022 nous avons vendu 6.000 tonnes de plus que le même mois de 2021 ».
L’Office du commerce distribue ainsi 360 mille tonnes de sucre par an en Tunisie (pour une consommation quotidienne de mille tonnes, ou 36 kilos par habitant et par an, tous consommateurs confondus), et importe quelque 200 autres mille tonnes par an. Pour le seul mois de février 2022, les ventes de l’OCT ont été de plus de 29.000 tonnes, pour éviter justement toute psychose, surenchère et pénurie artificielles sur le marché local. L’OCT veille même à maintenir un stock stratégique d’un mois et demi de sucre dans ses réserves.
– La preuve, par l’industrie, qu’il n’y a pas pénurie
Les ventes de l’OCT se font bien sûr aux grossistes, aux industriels et aux grandes surfaces, tous des opérateurs officiels et patentés. Et pourtant, comme le constate le Pdg de l’OCT, « la demande virtuelle est montée en flèche, pour des raisons que nous ne connaissons toujours pas. Nous sommes cependant sûrs, avec les quantités supérieures à la consommation ordinaire que nous mettons sur le marché, que la demande se stabilisera, car nous répondons à toutes les demandes et on incite même à se provisionner au-delà des besoins pour éviter les achats d’anticipation » et la pénurie disparaîtra.
Une pénurie donc d’autant plus préfabriquée et artificielle qu’elle n’existe que pour le consommateur lambda. Force est en effet de constater qu’il n’a jamais été question de pénurie chez les industriels, comme les chocolatiers, ceux des boissons gazeuses et autres, les biscuitiers, et les artisans pâtissiers, modernes et traditionnels, qui se fournissent aussi auprès de l’OCT, certes aussi avec un prix plus élevé que pour le consommateur lambda à travers des circuits de distribution (petits commerces de détail et grandes surfaces), qui se fournissent auprès les grossistes. Tous ceux-là n’ont pourtant fait part d’aucune pénurie de sucre, pourtant élément essentiel dans leurs industries.
Il reste à préciser que cette denrée alimentaire a toujours fait l’objet d’un commerce transfrontalier illégal. En Algérie par exemple, le kilo de sucre est à 105 DA (2,16 DT) au détail, contre 1,4 DT en Tunisie après sa dernière augmentation de 0,250 DT le kilo en juin 2021. Une différence de prix qui attise les propensions à la contrebande.
En Libye, et encore juste pour l’exemple, les agents de la Douane dans le gouvernorat de Médenine avaient saisi, en mars, 2018, 25,5 tonnes de sucre d’une valeur de 22 mille 567 dinars à bord d’un camion venant de Sfax et se dirigeant vers la Libye et dont le conducteur est de nationalité libyenne. Ce produit, dont l’OCT met des quantités importantes pour l’export, mais aux prix mondiaux, auraient été détournés du marché local vers l’export illégal. Et cela n’est pas nouveau.








