AccueilInterviewLe tourisme esthétique fait boule de neige  et des émules en Tunisie

Le tourisme esthétique fait boule de neige  et des émules en Tunisie

La Tunisie se convertit au tourisme esthétique y devenant une destination de choix, offrant des tarifs avantageux et une haute qualité de services pour des interventions chirurgicales et non chirurgicales. Elle se prévaut de l’expertise de médecins formés en Europe et aux États-Unis, ainsi que de l’amélioration constante des protocoles innovants grâce à des accréditations internationales.

C’est dans ce contexte que Docteur Imene Ben Amara, présidente du syndicat Tunisien des Médecins Esthétiques (SYTMES) nous apporte des éclaircissements sur le développement de la médecine esthétique en Tunisie. Interview :

1.Qu’est-ce que la médecine esthétique ?

La médecine esthétique et anti âge est une spécialité médicale non chirurgicale qui vise à améliorer l’apparence, le bien-être et la confiance en soi des patients à travers des actes légers, sûrs et personnalisés. Elle regroupe toutes les techniques médicales non invasives ou peu invasives, réalisées sans hospitalisation ni chirurgie.

Plus particulièrement, l’anti-âge est la médecine préventive qui prévient le vieillissement et l’oxydation prématurée du corps par la micronutrition, par exemple, une médecine anti-âge (ou médecine de longévité) qui a vocation à être est une approche préventive et globale qui vise à ralentir les effets du vieillissement sur l’organisme.

Elle repose sur une évaluation biologique, nutritionnelle et hormonale du patient, afin de prévenir ou corriger les déséquilibres liés à l’âge. C’est aussi une alternative pour maintenir son bien-être physique, mental et esthétique le plus longtemps possible et bien vieillir en bonne santé.

2.Quel est l’apport de la médecine esthétique sur le plan économique ?

La médecine esthétique est un secteur porteur non seulement sur le plan médical mais aussi économique.

Si l’Etat décidait de soutenir et valoriser le Tourisme Médical, cela pourrait générer des devises importantes pour notre pays. La Tunisie dispose déjà des compétences médicales reconnues, d’un bon climat ensoleillé sur l’année, d’une infrastructure de qualité et d’une réputation solide dans le domaine de la chirurgie et médecine esthétique.

Et pour maximiser pleinement ce potentiel et en parfaire l’exploitation, il serait nécessaire de rendre les prix de nos prestations plus compétitifs par rapport à ce qui se pratique à l’étranger.

Cela pourrait passer par une réduction de la taxation sur les produits médicaux esthétiques, des appareils, un allègement des droits de douane, une révision de la TVA sur les prestations de médecine esthétique et   leur alignement sur les autres spécialités (7% au lieu de 19%).

Par ailleurs, il serait souhaitable de permettre aux médecins tunisiens d’avoir pignon sur rue directement à l’étranger, sans devoir passer par des agences intermédiaires souvent coûteuses, qui cherchent davantage la rentabilité que la qualité ou la valorisation de notre expertise.

Avec une stratégie nationale cohérente et un soutien effectif des autorités, la médecine esthétique tunisienne pourrait devenir un véritable levier économique, tout en renforçant l’image moderne et compétente de la Tunisie à l’international.

3.Est- ce que le tourisme esthétique en Tunisie est en train d’évoluer comme c’est le cas dans les pays européens ?

Non, l’évolution n’est pas satisfaisante, d’autres pays nous ont devancés, étant donné que les prix des produits utilisés coûtent cher, dès lors qu’ils sont importés en devises et qu’ils sont soumis à une taxation forte par la Douane tunisienne.

D’ailleurs, les actes de médecine esthétique sont soumis à une TVA de 19% depuis le mois de janvier 2024.

J’en viens à me demander pourquoi les médecins esthétiques sont assujettis à une TVA de 19 % alors qu’un médecin comme par exemple un généraliste ou autre est soumis à une TVA de 7%, ce qui se traduit par une injustice entre les médecins

En sus, les prix de nos actes en Tunisie deviennent très chers et non compétitifs avec l’étranger.

Je tiens également à préciser que l’octroi de visa pour la Tunisie de certains pays est régi par de longues procédures administratives lourdes  et compliquées, alors que d’autres pays facilitent l’octroi de visas ; il existe même des visas spéciaux et médicaux.

4. Quelles sont les interventions les plus demandées et les plus populaires en Tunisie ?

Il y a tout d’abord les injections pour les rides de toxines, les fillers pour le visage et pour le corps et les Lasers (greffe de cheveux…).

5.Les prestations interventions esthétiques sont-elles coûteuses en Tunisie ou à la portée des Tunisiens ?

Les interventions de médecine esthétique deviennent chères pour les étrangers ! Que dire pour les Tunisiens, dont le pouvoir d’achat se dégrade d’un jour à l’autre.

D’ailleurs, de nombreux Tunisiens ne peuvent plus s’offrir des soins esthétiques, tandis que les étrangers trouvent que les prix deviennent similaires à ceux pratiqués chez eux.

Toutefois, le coût de la chirurgie esthétique où le consommable n’est pas cher, reste concurrentiel en Tunisie et attire les patients étrangers pour les interventions à l’instar de la liposuccion, abdominoplastie, greffe de cheveux….

Je tiens aussi à relever le manque de campagnes de promotion et de marketing pour promouvoir le tourisme médical tunisien sur les marchés étrangers, alors que d’autres pays se livrent à un matraquage médiatique très important.

6.Quels sont les risques des interventions esthétiques pour les patients ?

Tout acte médical comporte des risques et tout médecin doit bien en informer son patient. Les médecins et les chirurgiens tunisiens sont très compétents, méticuleux et rigoureux dans le suivi de leurs patients en post actes, donc les risques pour les actes de médecine esthétique sont minimes dès lors qu’il s’agit d’une médecine non invasive (rougeurs, bleus…)

Et pour les complications rares, les médecins esthétiques sont qualifiés et sont bien formés. Ils savent bien les gérer avec des protocoles spécifiques (occlusion de vaisseau, granulome …)

De même, les produits utilisés sont biodégradables avec les autorisations et conformités nécessaires comme CE et il y a les antidotes pour certains produits.

7. La médecine esthétique est-elle devenue une nécessité majeure pour les Tunisiens et quelles sont les tranches d’âge des patients qui y ont recours ?

Aujourd’hui, la médecine esthétique est devenue une véritable nécessité dans notre société.

Toutes les classes sociales y ont recours qu’elles soient modestes, moyennes ou aisées et toutes les tranches d’âge sont concernées. De l’adolescente de 13 ans souhaitant traiter son acné ou ses cicatrices, à la femme de 55 ans cherchant à atténuer ses rides et à raffermir sa peau, chacun aspire à améliorer son apparence.

Les femmes sont particulièrement demandeuses de traitements tels que les injections de Botox et de fillers, les soins contre les taches pigmentaires ou encore l’épilation laser.

Les hommes, quant à eux, s’intéressent de plus en plus aux soins capillaires, à la greffe de cheveux, aux lasers ou encore aux traitements ciblant la graisse abdominale.

L’image de soi occupe aujourd’hui une place essentielle : chacun souhaite révéler la meilleure version de lui-même. Le bien-être et le « bien vieillir » font désormais partie intégrante de notre culture.

8. La médecine esthétique est-elle remboursée par la Sécurité sociale ?

Non

9.Pourquoi le Syndicat Tunisien des Médecins Esthétiques a, à maintes reprises, tiré la sonnette d’alarme sur les interventions esthétiques anarchiques ?

Beaucoup de « NON MEDECINS » exercent de façon illégale des actes de médecine esthétique comme le comblement les fillers, la greffe de cheveux, les injections mésothérapie au niveau du visage, les injections lipolytiques au niveau du corps sans aucune connaissance de l’anatomie ni des risques encourus pour le patient !

Cet exercice se fait dans des locaux non médicaux ou des centres illégaux, en l’absence de contrôle des réseaux sociaux, les pages fenêtres sont nombreuses, des produits louches et de provenance douteuse, des deals et promos défiant toute concurrence, sponsoring de ces pages !

Les patients attirés par ces prix bas mettant en péril leur santé et on récolte les dégâts dans nos cabinets (nécrose, occlusion vasculaire, infections…) La santé du citoyen est en jeu !

10. En quoi consiste les interventions du syndicat pour lutter contre ce fléau dangereux ?

Depuis plusieurs années, on observe une prolifération d’instituts de beauté et d’instituts non médicaux proposant des actes relevant exclusivement de la médecine : injections d’acide hyaluronique, fils tenseurs, peelings profonds, lasers médicaux, cryolipolyse… etc.

Ces pratiques mettent en danger la santé publique (complications graves, absence de traçabilité, infections, cécité, nécroses, etc.)

Elles donnent lieu à une concurrence déloyale à l’égard des médecins formés et agréés, brouillent la perception du public, en banalisant des actes médicaux invasifs.

Face à cette dérive, le Syndicat des Médecins Esthétiques se doit d’agir pour protéger les patients et ainsi défendre la profession et faire appliquer la loi (articles L4161-1 et suivants du Code de la santé publique) .

Notre objectif escompté est d’éradiquer ces pratiques illégales d’actes médicaux effectués par des non-médecins mettant en péril la santé du citoyen.

Nous menons de vastes campagnes de sensibilisation dans les médias, radios, télés, des capsules informatives sur les réseaux sociaux en collaboration avec le ministère de la Santé.

Nous collaborons également avec les autorités pour un contrôle effectif du secteur.  Des Journées de formation et d’information sont organisées avec le CNOM.

Aussi, nous avons une charte syndicale d’éthique et de sécurité (label « Médecin esthétique certifié »).

Pour résumer, je tiens à affirmer que la lutte contre l’exercice illégal de la médecine esthétique n’est pas seulement une question de concurrence, c’est un enjeu de santé publique et d’éthique professionnelle.

Le Syndicat des Médecins Esthétiques SYTMES se positionne comme acteur de référence en matière de sécurité, d’information et de régulation, en collaborant avec les autorités et en mobilisant les médias afin de rétablir la confiance du public et de protéger durablement notre pratique .

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