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Hier soir encore, et alors que Kais Saïed affirmait que les barrages de Bouhertma et Barbra à Jendouba étaient pleins d’eau et au canal Medjerda où l’eau coulait tout aussi normalement, l’eau potable était coupée, comme tous les soirs au Sahel de la Tunisie.
Sur les photos des visites présidentielles, il n’y avait aucun barrage, ni aucun cours d’eau à sec. Ces photos étaient-elles bien choisies et simple coup de Com, ou était-ce seulement la réalité que seul Kais Saïed voulait faire voir ? Ou n’était-ce encore que le verre à moitié plein, et même plus, que le président de la République tunisienne voulait que le peuple entende en message d’optimisme ?

Les chiffres des tableaux que nous publions, au 23 juillet 2024, sont ceux de la DG des barrages et des grands travaux hydrauliques du ministère de l’Agriculture, qui devait organiser ce mardi 23 juillet une conférence de presse et diriger une visite au barrage Sidi Salem (Ndlr : Taux de remplissage de 25,1 % selon les données du ministère) avant d’annuler tout et de renvoyer les journalistes sine die à leurs rédactions)

Entretemps, c’est un communiqué de l’Observatoire Tunisien de l’Eau (OTE), qui affirme avoir enregistré 68 signalements de coupures d’eau dans de nombreuses régions différentes de la République Tunisienne (le gouvernorat de Monastir est en tête avec 15 signalements, suivi de Sfax avec 12 signalements, Sousse avec 11 signalements, puis le gouvernorat de Gafsa avec plus de 10 signalements). L’Observatoire signale aussi un mouvement de protestation à Sfax, avec blocage de la route au niveau de la route de Gabès. L’agence d’information officielle Tap rapporte aussi un mouvement de protestation des habitants de Oueslatia à Kairouan contre le manque d’eau potable.
Et l’OTE d’ajouter que « ces perturbations dans la distribution de l’eau coïncident avec un discours officiel du pouvoir politique, qui nie le discours sur la rareté de l’eau et de la pénurie grave et notable des ressources en eau, et adopte une théorie du complot utilisant le modèle d’accusations fabriquées de toutes pièces pour se soustraire à ses responsabilités ». Selon la même source, « le pourcentage de remplissage des barrages serait pour hier, de 27,2%, « ce qui explique la situation critique de nos ressources en eau, et les limites des solutions approuvées que représente l’usine de dessalement de Sfax entrant en phase expérimentale ».
L’OTE va plus loin et met noir sur blanc sa « condamnation des coupures d’eau répétées dans la plupart des régions de la République à des températures record ». Et surtout « son mécontentement à l’égard du discours officiel du pouvoir, qui consacre une politique de fuite en avant, en s’appuyant sur les émotions plutôt que sur la raison, en utilisant le modèle d’accusations malveillantes et fabriquées de toutes pièces, et son incapacité à reconnaître l’incapacité du pouvoir politique à gérer la crise de raréfaction des ressources en eau et faire face au changement climatique ». C’est ce que dit l’OTE dans un communiqué, dont Africanmanager a reçu copie ce mardi 23 juillet 2024.

Et en guise de solutions, l’Observatoire préconise « la nécessité de soutenir immédiatement la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution de l’Eau avec les capacités financières, techniques et humaines nécessaires pour faire face à la crise de pénurie d’eau cet été » et de mettre fin à ce qu’il appelle « l’exportation d’eau par les entreprises agricoles qui épuisent les ressources en eau ».








