Une assurance qui demande à être vérifiée sur le tas. Celle de la directrice générale du commerce intérieur au ministère du Commerce et du développement des exportations, Karima Hammami, qui a affirmé que l’approvisionnement du marché, qu’il s’agisse de matières premières ou de produits alimentaires frais, est « très normal et satisfaisant » et que les produits agricoles sont disponibles dans les quantités requises et à des prix abordables dans la plupart des cas.
Dans une interview à African Manager, elle a ajouté qu' »il n’y a aucun problème concernant les produits frais », en guise de réponse aux informations selon lesquelles certaines matières de base subventionnées sont sous la pression d’une forte demande, telles que l’huile végétale subventionnée ou la semoule au motif qu’elles sont utilisées à des fins professionnelles.
Le problème des » bas prix «
Elle a souligné que l’État n’a pas réduit les subventions et a maintenu les mêmes quantités habituelles pour l’approvisionnement du marché, soulignant que les prix abordables rendaient les matières de base subventionnées plus recherchées par les professionnels et les industriels. « Si les produits sont proposés uniquement pour la consommation familiale, nous n’enregistrerons aucune pénurie. »
Elle a, également, déclaré que le détournement des circuits de distribution est à l’origine du manque de certaines matières, notamment dans la région du Grand Tunis (les gouvernorats de l’Ariana, Ben Arous, Tunis et Manouba).
Contrairement à ce qui circule sur les réseaux sociaux et les sites médiatiques, l a responsable au ministère du Commerce a déclaré qu’aucune augmentation des prix des matières premières subventionnées n’avait été approuvée, notant que « la vision n’est pas clair pour 2022. »
Et d’ajouter : « La situation en Tunisie est inhabituelle de point de vue économique et monétaire, et il est déraisonnable de maintenir des prix en vigueur depuis 2007 ».
Tentatives d’entrave de la réforme
Karima Hammami a souligné que l’Office du commerce tunisien fournit les mêmes quantités d’huile, de blé et d’orge, et maintient un stock stratégique d’au moins deux mois pour les denrées de base. Elle a ajouté que certains problèmes ne relèvent pas du ressort de l’Office du commerce, soulignant que certaines parties dans des secteurs bien déterminés cherchent à aggraver la situation pour bloquer tout projet de réforme.
Au vu de la hausse remarquable des prix des denrées alimentaires au niveau mondial, de la baisse du taux de change du dinar tunisien par rapport aux devises étrangères et de l’augmentation des frais de transport, aujourd’hui, il est devenu nécessaire d’œuvrer en vue de l’accélération de la réforme du système de subventions et le diriger vers ceux qui en bénéficient, selon la directrice générale. De plus, les finances publiques ne peuvent plus supporter l’impact des dépenses allouées à la subvention suite à la hausse de 2 milliards de dinars en 2007 à plus de 4 milliards de dinars en 2021.
« Jusqu’à quand l’État supportera-t-il… certains prix qui n’ont pas changé depuis 2007… Quelle logique dans tout cela… le coût est variable et les prix sont toujours stables », s’est-elle demandée.
« L’État n’en a plus les moyens, et il faut chercher d’autres mécanismes de compensation, la Tunisie est l’un des rares pays qui interviennent directement pour fixer les prix… et nous pouvons voir les expériences comparatives réussies », a-t-elle indiqué.
Elle a souligné que l’approche de la réforme existe et est aujourd’hui plus indispensable que jamais, mais que le moment opportun ne dépend pas du ministère de Commerce mais principalement de la situation économique et politique, tout en œuvrant pour garantir les droits des personnes à faible revenu et leur permettre d’accéder à d’autres mécanismes de compensation.
Conditions de la libéralisation des prix
En réponse à une question concernant la demande de certains secteurs de libéraliser les prix, menaçant de ne pas approvisionner le marché en quantités nécessaires si les marges bénéficiaires n’étaient pas majorées , la DG du commerce intérieur a déclaré que le ministère ne cède pas aux pressions et que toutes les interventions pour déterminer les marges bénéficiaires sont basées sur des données précises et objectives.
En fait, Hammami a évoqué la dernière augmentation de prix du fer, justifiant cela par le fait que 70% de son coût de production est lié à des facteurs externes tels que les prix des matières premières , le taux de change du dinar tunisien, le coût du transport, et l’augmentation des prix du carburant, expliquant que le prix initial ne couvre pas les coûts de production, ce qui a incité le ministère à se résoudre à une augmentation.
Dans le même contexte, elle a souligné que la situation actuelle ne permet pas la libéralisation des prix du fer.
En somme, le processus de libéralisation des prix est soumis à plusieurs conditions, dont la plus importante est la disponibilité d’une structure de marché appropriée, c’est-à-dire que l’offre doit être supérieure à la demande, outre le fait qu’il est impossible de libéraliser un secteur dans lequel opère une entreprise publique déficitaire.
« L’adoption de la libéralisation des prix nécessite également l’accord n du Conseil de la concurrence », a-t-elle conclu.








