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Les crises qui secouent la Tunisie ne seront pas surmontées de sitôt. L’analyse de l’Economist Intelligence Unit !

Relayant par endroits les sentences de l’agence de notations Moody’s, The Economist Intelligence Unit (EIU) a livré les siennes auxquelles s’attache le crédit qui est celui d’une entreprise réputée pour ses recherches, prévisions et conseil, et ses analyses mondiales fournies aux pays, industries et entreprises.

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D’emblée, elle émet une prévision qui sonne comme un tocsin alertant que « les  crises politiques, économiques et sociales auxquelles la Tunisie est confrontée ne seront pas résolues rapidement » .Un composé de facteurs politiques, économiques et sociaux loge derrière cette funeste perspective. Il y a d’abord la transition  démocratique qui est « incomplète ». La Cour constitutionnelle, qui est censée confirmer les lois et statuer sur les litiges constitutionnels, n’est toujours pas opérationnelle en raison de désaccords politiques sur sa composition, ce qui a empêché la résolution de guerres de territoire déstabilisatrices entre le président et le chef du gouvernement. Le paysage démocratique, quant à lui, est immature, et de nombreux partis ayant des vues similaires refusent de fusionner en raison des ambitions personnelles de leurs dirigeants.

Le maudit « Hare Quota » !

Le système électoral est basé sur une représentation proportionnelle à liste fermée, ce qui permet même aux plus petits partis d’être représentés ; cependant, le système de Hare (le « Hare Quota ») a entravé la stabilité du gouvernement en répartissant les sièges entre de nombreux partis et en empêchant le parti le plus important d’obtenir une majorité. Cela a donné lieu à des gouvernements de coalition hargneux et de courte durée (il y en a eu 13 depuis 2011) qui n’ont pas réussi à s’entendre sur une réforme significative.

A ce capharnaüm politique s’ajoute la chute de la croissance économique,  passée d’une moyenne de 4,5 % par an dans la décennie précédant la révolution à moins de 1 % dans la décennie suivante. Cette situation est en partie due à des facteurs externes, notamment une décennie de croissance molle dans l’UE, principal marché d’exportation de la Tunisie, des attentats terroristes commis par des militants formés à l’étranger et, depuis mars 2020, la pandémie de coronavirus (Covid-19). Toutefois, la plupart des problèmes sont d’origine interne. Depuis la révolution, les travailleurs sont devenus plus militants et les grèves ont proliféré, frappant la production manufacturière. Les sit-in fréquents des chômeurs ont décimé la production de l’industrie des phosphates et réduit la production de pétrole et de gaz. Compte tenu de l’affaiblissement de la position budgétaire du gouvernement et de la baisse de confiance dans les autorités, il est probable que cette agitation ouvrière continuera à augmenter à court terme, ce qui limitera les possibilités de reprise économique, prévoit l’EIU.

L’impact de cette instabilité pèsera également sur les investissements étrangers, aggravant les problèmes de bureaucratie, de difficulté à obtenir des financements, de corruption et d’économie grise étendue qui se posent depuis longtemps. À un moment où les investissements publics dans les infrastructures ont été réduits pour financer la facture croissante des salaires du secteur public, des subventions alimentaires et pétrolières, ainsi que des aides aux entreprises publiques, le manque de confiance des investisseurs étrangers pourrait être particulièrement préjudiciable à la productivité à long terme.

La réforme sera lente et instable

Les objectifs de la révolution en matière d’emploi, de liberté et de dignité ne peuvent être atteints que par des réformes politiques, fiscales et économiques de grande envergure. La réforme politique consiste à combler les lacunes du cadre constitutionnel, à modifier la formule électorale pour produire des gouvernements plus forts et plus durables et à instaurer une culture de responsabilité envers les électeurs parmi les hommes politiques, ce qui est peu probable à l’heure actuelle.

La réforme fiscale nécessaire comprend la réduction du déficit budgétaire et la libération de ressources pour l’investissement public productif en réduisant les dépenses consacrées aux salaires du secteur public, aux subventions et aux entreprises publiques ; et la réforme du système fiscal pour le rendre plus équitable et encourager les opérateurs de l’économie souterraine à rejoindre le système formel. Toutefois, compte tenu de la colère croissante du public, il est également peu probable que les dépenses courantes soient réduites à court terme, même si une certaine réforme des subventions sera probablement introduite progressivement sous la pression du FMI en 2022.

Les pressions du FMI

Le FMI va également intensifier la pression sur la Tunisie pour qu’elle entreprenne des réformes économiques, notamment en encourageant l’entreprise privée par la libéralisation de la loi sur les investissements, en achevant la réforme du secteur bancaire pour améliorer l’accès aux prêts, en réduisant le rôle des entreprises d’État et en supprimant les monopoles privés. Ces réformes sont à l’ordre du jour de tous les gouvernements depuis la révolution, mais elles n’ont pas été mises en œuvre en raison de désaccords internes, de l’opposition des puissants syndicats et des intérêts privés et de la crainte d’accroître la souffrance des Tunisiens à court terme. Comme ces questions sont toujours d’actualité, des obstacles importants continueront à retarder les réformes économiques.

En effet, pour mettre en œuvre ces réformes, il faut soit un gouvernement fort prêt à travailler contre une opposition déterminée, ce qui semble actuellement peu probable, soit une forme de « pacte social » de réforme entre le gouvernement, les syndicats, les milieux d’affaires et la société civile. Il est probable que le gouvernement cherche à conclure un tel pacte par le biais d’un « dialogue national ». Toutefois, il sera difficile de parvenir à un consensus et les compromis impliqués réduiront inévitablement la portée et le rythme des réformes. Avec ou sans pacte social, conclut l’Economiste Intelligence Unit, les réformes en Tunisie continueront donc, pendant les années à venir, à être lentes et instables, la révolution restera inachevée et l’instabilité politique et sociale persistera.

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