AccueilLa UNELes hostilités sont-elles ouvertes entre Fakhfakh et Ennahdha ?

Les hostilités sont-elles ouvertes entre Fakhfakh et Ennahdha ?

On dirait que cela sent la poudre entre le chef du gouvernement désigné, Elyès fakhfakh, et le mouvement Ennahdha, de plus en plus ulcéré d’être traité par-dessus la jambe et l’épaule par celui que le premier parti au Parlement regarde comme le poulain du président de la République, Kais Saied , dont il est le Premier ministre et non le chef du gouvernement, comme vient de le dépeindre le président du conseil de la Choura, Abdelkrim Harouni.

Le casus belli tient au grief fait au présumé prochain locataire de la Kasbah de chercher à exclure de son gouvernement quelques partis et de refuser de reproduire les récentes coalitions en ne formant son attelage ministériel qu’à partir de celles, dont Ennahda, qui étaient « alignées sur les valeurs de la révolution ». Le rejet de pareil schéma par Ennahdha signifie que Fakhfakh pourrait avoir du mal à disposer d’un soutien majoritaire au Parlement, risquant ainsi de nouvelles élections législatives. Selon des analystes cités par Reuters, cela caractérise une lutte d’influence entre Ennahdha et Kais Saied sur la forme du prochain gouvernement, le rejet de la proposition de Fakhfakh par le parti islamiste cristallisant sa crainte de perdre son statut de force politique majeure.

Ira-il au bout de sa logique ?

Pour l’heure, en tout cas, Elyès fakhfakh, vaque à ses occupations de chef du gouvernement désigné comme si de rien n’était, en faisant fi des coups de semonce d’Ennahdha et de la menace spectaculairement agitée d’élections anticipées. Sans doute serait-il assuré d’aller au bout de sa mission et d’obtenir l’aval du parlement pour le gouvernement de son choix, et surtout rasséréné par la perspective qu’aucun acteur politique ne prendra le risque d’aller aux élections anticipées.

« Elyès Fakhfakh a l’expérience du pouvoir et du gouvernement. Il est indépendant des grands partis politiques, mais il est positionné de manière à pouvoir bénéficier de leur soutien politique », dit de lui l’analyste Anthony Dworkin du Conseil européen des relations extérieures, cité par la radio d’Etat américaine « Voice of America ». « Il pourrait être une sorte de premier ministre réformateur et essayer de s’attaquer à l’économie », a-t-il ajouté, tout en concédant que « dans le même temps, il sera politiquement faible ».

S’il réussit, Fakhfakh devra faire face aux multiples défis, parfois contradictoires, auxquels est confrontée la Tunisie, dont l’évolution politique rocailleuse, une économie en difficulté, un taux de chômage élevé et de nombreux Tunisiens aigris par la politique. Il y a aussi le risque de voir le conflit se propager de l’autre côté de la frontière avec la Libye voisine.

La capacité de Fakhfakh à relancer l’économie dépendra de celle dont il devra faire montre pour négocier avec le puissant syndicat du pays, attirer les investissements étrangers et à surmonter l’opposition interne aux réformes, a estimé le directeur adjoint de Columbia Global Centers à Tunis, Youssef Cherif.

Fakhfakh doit également trouver un équilibre entre les demandes des bailleurs de fonds internationaux en faveur d’une stratégie viable pour faire avancer le pays et celles des Tunisiens qui ressentent les affres de la dévaluation de la monnaie et d’autres mesures d’austérité, a déclaré, pour sa part, Michael Ayari, analyste principal basé à Tunis pour l’International Crisis Group.

« Si le gouvernement ne met pas en place une véritable stratégie et ne peut pas canaliser les préoccupations populistes concernant la souveraineté, il risque d’y avoir beaucoup d’instabilité et de protestations », a-t-il averti.

Une vision pour un gouvernement

Fakhfakh veut également montrer que son gouvernement aura « une vision », a déclaré l’analyste Ayari, par rapport aux gouvernements technocratiques précédents. « De nombreux citoyens disent que nous avons besoin d’une vision, il n’y a pas eu de vision ».

« Il est possible que le mouvement Ennahdha rejoigne la coalition gouvernementale et il votera certainement pour Fakhfakh », a déclaré avec une quasi certitude l’analyste Youssef Cherif, qui reconnaît à Fakhfakh le mérite de s’être repositionné lors de sa campagne présidentielle de 2019 après avoir disparu des radars du pays pendant plusieurs années.

« Cela ne lui a pas valu beaucoup de votes », a déclaré Cherif à propos de la plateforme de campagne de Fakhfakh, qui, selon lui, s’adressait à une jeunesse éduquée. « Mais c’est l’image que beaucoup de ses partisans pensent de lui, – et la façon dont il est présenté au grand public maintenant ».

En fin de compte, Fakhfakh pourrait bien avoir un gouvernement en place et en fonction d’ici le mois prochain, – en partie parce qu’il y a peu d’appétence pour une autre élection.

« C’est une bonne et désordonnée expression de la démocratie », a déclaré le commentateur Cherif à propos de l’évolution politique compliquée de la Tunisie. Si les députés s’unissent autour d’un gouvernement Fakhfakh, cela montrera que « les Tunisiens sont toujours capables de faire des compromis ».

Traduction &synthèse : AM

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