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Les importations tunisiennes au premier trimestre 2026 : Ce qui pèse le plus lourd

La facture des importations tunisiennes a atteint 21,5 milliards de dinars au cours des trois premiers mois de 2026, en hausse de 1,1 milliard de dinars par rapport à la même période de 2025. Derrière cette progression globale de 5,5 %, une lecture chapitre par chapitre révèle des dynamiques très contrastées — entre des postes qui s’envolent, d’autres qui se contractent, et quelques signaux d’alerte inédits.

–          Les hydrocarbures, indéboulonnables en tête

Le chapitre 27 — houilles, pétroles et dérivés — reste, de très loin, le premier poste d’importation du pays avec 3 746 MDT sur trois mois, en hausse de 136 MDT (+3,8 %) par rapport au premier trimestre 2025. Le poids de l’énergie dans la facture extérieure n’est pas nouveau, mais il continue de peser structurellement sur les réserves de change, d’autant que le taux de couverture de ce chapitre par les exportations ne dépasse pas 17 %.

–          Les machines électriques, premier poste de hausse en valeur absolue

Le chapitre 85 — machines et appareils électriques — enregistre la plus forte progression en valeur absolue : +288 MDT, pour un total de 2 926 MDT. Cette hausse de 10,9 % traduit la poursuite des importations d’équipements nécessaires à l’industrie manufacturière tunisienne, notamment dans le câblage automobile et l’électronique. À noter que ce chapitre est aussi l’un des rares à dégager un excédent commercial — les exportations tunisiennes y dépassent les importations — ce qui nuance l’inquiétude.

–          Les véhicules, deuxième hausse la plus importante

Le chapitre 87 — automobiles, cycles et tracteurs — progresse de 206 MDT (+13,5 %), pour atteindre 1 727 MDT. Cette dynamique, déjà observée depuis le début de l’année, est d’autant plus notable qu’elle intervient avant même l’entrée en vigueur de la circulaire BCT 2026-4 qui impose désormais un dépôt préalable à 100 % pour l’importation de véhicules. Les chiffres du deuxième trimestre 2026 permettront de mesurer l’impact réel de cette mesure.

–          Le sucre, la surprise du trimestre

La hausse la plus spectaculaire en termes relatifs concerne le chapitre 17 — sucres et sucreries — qui bondit de 354 %, passant de 71,6 MDT à 325,5 MDT. Une multiplication par plus de quatre en un an qui s’explique probablement par des achats massifs anticipés face aux tensions sur les marchés mondiaux du sucre, ou par un rattrapage après une pénurie observée en 2025. Quoi qu’il en soit, ce poste fait son entrée brutale dans le top 15 des importations.

–          Les huiles et graisses, l’alimentation de fond

Le chapitre 15 — graisses, huiles et cires — progresse de 54 %, passant de 133 MDT à 206 MDT. La Tunisie, grande productrice d’huile d’olive à l’export, reste en revanche importatrice d’huiles végétales pour sa consommation intérieure. Cette tension entre production exportatrice et dépendance alimentaire interne reste un paradoxe du commerce extérieur tunisien.

–          Le cuivre et les métaux ferreux, tirés par l’industrie

Le chapitre 74 — cuivre et ouvrages — progresse de 103 MDT (+19,6 %) et le chapitre 73 — ouvrages en fonte et acier — de 53 MDT (+15,5 %), reflétant la vigueur des industries manufacturières d’exportation, notamment Coficab et les câblistes, grands consommateurs de cuivre.

–          Les reculs : plastiques, oléagineux et café

En sens inverse, les importations de matières plastiques (ch. 39) reculent de 93 MDT (-6,9 %), celles de machines mécaniques (ch. 84) de 97 MDT (-5,7 %), celles d’oléagineux (ch. 12) de 136 MDT (-47,2 %) et celles de café (ch. 09) de 104 MDT (-59,5 %). Ces baisses significatives suggèrent, soit un ralentissement de la demande industrielle, soit des effets de substitution ou de déstockage.

On rappelle que, depuis le 26 mars 2026, tout importateur tunisien de produits jugés non prioritaires par le ministère du Commerce et la BCT (véhicules, électroménager, articles de luxe essentiellement) doit financer ses achats à l’étranger sur ses seuls fonds propres. Pour tous ceux-là, la BCT a ordonné aux banques de couper le crédit bancaire aux importations non essentielles. L’effet de sa circulaire n’est pas encore visible en mars, et devrait l’être dans les statistiques du commerce extérieur tunisien des quatre premiers mois 2026. Wait & See !

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