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Les partis islamistes sur le déclin. Ennahdha en fait notoirement partie selon le Baromètre arabe

Le taux des personnes qui se définissent comme « non religieuses » est passé de 8 % à 13 %  en une seule année dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), une augmentation  encore plus importante chez les moins de 30 ans, passant de 11 % l’année précédente à 18 %. Dans certains pays, la proportion de jeunes qui ne sont pas religieux est étonnamment élevée, atteignant presque la moitié en Tunisie, un tiers en Libye et un quart en Algérie. Telles sont les inédites conclusions du dernier Baromètre arabe, un macro-sondage annuel réalisé depuis 2006 par un réseau international d’institutions auquel ont participé plus de 25 000 personnes de 11 pays de la région MENA. 

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Selon Georges Fahmi, chercheur égyptien à l’Institut universitaire européen de Florence, ces chiffres sont compatibles avec ses observations empiriques. « C’est une tendance qui se manifeste de différentes manières, allant des femmes qui enlèvent le foulard ou des hommes qui ne font plus la prière , ou qui ne s’y livrent que le vendredi, mais insistent sur le fait qu’ils sont toujours musulmans, à ceux qui ont complètement perdu la foi dans la religion, disant qu’ils ne croient plus en Dieu ».

Ce qui interpelle le plus dans cette enquête tient à « la baisse  considérable du soutien global aux partis islamistes, qui est passé à 20 % dans toutes les tranches d’âge, contre 35 % en 2013 ». Le niveau de confiance dans les leaders religieux a également chuté. Il y a sept ans, la moitié des personnes interrogées avaient déclaré témoigner d’un niveau de confiance « grand » ou « moyen » envers les  chefs religieux. Ce chiffre est aujourd’hui tombé à 40 %.

« Piètres performances »

Dans une région où la religion et la politique sont intimement liées, l’une des raisons de ce déclin de la religiosité et de la baisse de confiance dans les institutions religieuses pourrait être la déception des partis islamistes, compte tenu de leurs piètres performances depuis le « Printemps arabe », qui a fait tomber un certain nombre de dictateurs. Pour Fahmi, « l’incapacité de l’Islam politique à proposer un projet cohérent inspiré par l’Islam » comme les Frères musulmans en Egypte ou Ennahdha en Tunisie, « a plongé  de nombreux jeunes dans la frustration, les poussant à douter de la religiosité comme indicateur d’une bonne personne. J’ai souvent entendu cette idée en Égypte de la part de femmes qui ont décidé de ne pas porter le foulard », a-t-il dit.

L’augmentation des attaques « djihadistes », dont beaucoup ont été perpétrées dans les pays à majorité musulmane, est également un facteur à prendre en compte. Les jeunes, en particulier, ne comprennent pas comment on peut tuer au nom de la religion, et donc ils s’en éloignent », explique  un penseur islamique pour qui le manque de confiance dans les institutions établies découle des différentes crises – économique, sociale, politique et crise des valeurs – dans les pays de la région MENA. « Il y a aussi une crise de communication de la part des autorités religieuses, qui ne parviennent pas à se rapprocher des jeunes et de leurs préoccupations », ajoute-t-il. Les nouvelles générations sont plus tournées vers l’extérieur que les précédentes, notamment grâce à Internet et aux médias sociaux, et il y a une déconnexion de plus en plus grande entre leurs aspirations et la ligne officielle immuable.

Un processus de sécularisation en marche ?

Malgré le désenchantement, de nombreux jeunes pratiquent peut-être moins, mais ils n’ont pas renoncé à leur religion. Ce qu’ils veulent, au contraire, c’est une réforme. Le regain d’intérêt pour les ordres spirituels soufis en est une indication, expliquent maints analystes. Même en Tunisie, un pays où le nombre de jeunes qui se décrivent comme « non religieux » – 46 % – est similaire à celui des États-Unis, rares sont ceux qui pensent pouvoir s’avouer agnostiques ou athées sans craindre de reproches ou de représailles d’une sorte ou d’une autre.

La constitution démocratique tunisienne, adoptée en 2014, est ambiguë, voire contradictoire, en ce qui concerne le rôle de la religion dans la vie publique. Tout en garantissant le droit à la liberté de conscience, son article premier énonce que l’Islam est la religion du pays et son article six le devoir de l’État de protéger tout ce qui est sacré et de le préserver des attaques. Il en résulte des décisions judiciaires qui violent la liberté d’expression ou de conscience.

 Bien que les données suggèrent que le vent de la religiosité commence à tourner, il est difficile de prédire si la tendance va se poursuivre. Si c’est le cas, un processus de sécularisation similaire à celui que connaissent les pays occidentaux depuis le XIXe siècle pourrait émerger d’ici quelques décennies. Bien que, comme l’avertit Fahmi : « L’échec de l’Islam politique puisse  conduire à une plus grande libéralisation ou laïcisation, mais il pourrait aussi conduire à l’adoption d’idées fondamentalistes ». Les opinions des jeunes sur la religion sont de plus en plus polarisées en Tunisie, avec une augmentation non seulement du nombre de jeunes « non religieux » mais aussi du nombre de jeunes extrémistes. Michael Robbins, directeur de projet pour le Baromètre arabe, est prudent lorsqu’il s’agit de faire des prévisions : « Certains jeunes pourraient revenir à la religion en vieillissant et en ayant une famille. Il est trop tôt pour le savoir, mais nous continuerons à suivre cette tendance dans les prochaines enquêtes ».

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