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Les pièges latents du resserrement monétaire

La note conjoncturelle publiée il y a quelques jours par la Banque centrale de Tunisie  donne à penser  que celle-ci a choisi le recours  au relèvement du taux directeur et des taux d’intérêts pour lutter contre l’inflation en Tunisie devant passer à deux chiffres en 2023, selon certaines estimations.  La BCT  l’a déjà fait à deux reprises au cours de l’année précédente 2022.

Non seulement elle a vanté l’efficacité de la mesure mais elle a souligné en substance que sa mission principale de la BCT est de « défendre la stabilité des prix et d’utiliser tous les outils à sa disposition pour atteindre son objectif  à l’heure où le macro-prudentiel ne suffit pas ».

Des commentateurs ont dit avoir aimé connaitre ces mesures macro-prudentielles jugées inefficaces.

Inaugurée par les Etats Unis, la politique de relèvement des taux directeurs des banques centrales, une vieille recette des manuels d’économie pour lutter contre l’inflation, a été suivie ensuite par les Européens puis par d’autres pays dont la Tunisie.

Elle est souvent appelée aussi « politique de resserrement monétaire » pour cacher sa véritable nature, alors qu’il s’agit tout simplement d’un renchérissement artificiel et sur le papier de la monnaie, c’est-à-dire d’une augmentation « artificielle » de la valeur de la monnaie. Ainsi, quand les Américains augmentent leur taux directeur, la valeur du dollar augmente quoiqu’artificiellement, avec toutes les conséquences qu’un tel gonflement artificiel de la valeur engendre à l’intérieur des Etats- Unis et pour le reste du monde.

On est toujours dans la logique de la rupture entre l’économie réelle et l’économie des spéculations ou l’économie financière à l’origine de toutes les crises économiques mondiales dont celle de 2008/2009.

Aussi, dans un rapport, publié il y a quelques jours, la Banque mondiale a admis les limites de la politique de resserrement monétaire face à la crise économique actuelle sévissant dans les divers pays du monde, industrialisés, émergents, en voie de développement et à revenus faibles.

Lors d’une conférence de presse tenue dernièrement, le chef économiste de la Banque mondiale, Indermit Gill, a souligné que la Banque a revu à la baisse les prévisions de croissance de l’ensemble des pays, à cause de la lutte contre l’inflation menée par les banques centrales aux Etats-Unis et en Europe, qui relèvent désormais régulièrement les taux d’intérêt, à cet effet.

Il a déclaré que la Banque mondiale estime que cette hausse simultanée des taux d’intérêt renforce le risque d’une récession mondiale en 2023.

Ralentissement circulaire

Selon les nouvelles prévisions de la BM, la croissance mondiale pour 2023/2024 se situerait aux alentours de 2,5%.

Mais, la même BM a prédit à la Tunisie un taux de croissance de l’ordre de 3,5% durant cette période.

Dans ce contexte, le président de la Banque mondiale, David Malpass, dans un communiqué,  a reconnu que « la croissance mondiale ralentit fortement et va encore ralentir à mesure que plus de pays entreront en récession. Mon inquiétude est de voir cette tendance persister avec des conséquences de long terme dévastatrices pour les pays émergents et en développement ».

Or, tandis que la Banque mondiale, au milieu de cet alarmisme général, a prévu que la Tunisie enregistrera un taux de croissance de l’ordre de 3,5% en 2024 et 2025, c’est-à-dire un taux bien supérieur à la moyenne mondiale, la note conjoncturelle de la Banque centrale de Tunisie, citée plus haut, a cru dire « que la croissance restera faible en Tunisie et notre pays n’est pas loin d’une stagflation », c’est-à-dire une inflation élevée conjuguée à une récession économique et à la hausse du chômage.

Cependant, la recette salvatrice préconisée par la Banque mondiale est différente.

En effet, pour éviter le scénario de la récession guettant la plupart des pays émergents et en voie de développement, la Banque mondiale a proposé des mesures autres que le relèvement des taux directeurs et des taux d’intérêt, savoir des mesures d’ordre budgétaires propres à stimuler l’offre, à travers le renforcement de l’investissement et une meilleure mise à profit du capital humain.

« Cela ne passe pas nécessairement par des incitations ou des dépenses supplémentaires », a souligné le chef économiste de la BM « De simples changements de règles, comme une meilleure intégration des femmes au marché du travail, peut améliorer la productivité»,a-t-il dit.

Variabilité

Puis, des spécialistes et experts indépendants ont insisté sur la nécessité de prendre en considération la variation du contexte international qui peut fausser tous les pronostics dans le sens positif comme dans le sens négatif.

Plusieurs données actuelles de la conjoncture mondiale et des conjonctures locales comme en Tunisie dont l’inflation, sont attribuées au conflit russo-ukrainien qui est un développement récent du contexte international que personne ne prévoyait et n’avait prévu avant qu’il n’intervienne.

Son règlement éventuel ou son aggravation changeraient complètement les données de la scène mondiale et par voie de conséquence celles des scènes nationales.

Aussi, des experts se sont-ils interrogés jusqu’à quelle limite les Banques centrales vont-elles  manipuler l’outil du relèvement des taux directeurs.

Les Européens confrontés à une inflation de plus de 10% voudraient ramener ce taux à 2%, tandis que le gouvernement américain a injecté des milliards de dollars de soutien aux entreprises américaines pour qu’elles supportent les conséquences du resserrement monétaire sur  l’emprunt bancaire, politique facilitée par la connivence historique entre la Finance et l’Economie réelle aux Etats Unis.

La Tunisie et plusieurs  autres pays émergents n’ont pas ces facilités.

S.B.H

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2 Commentaires

  1. Je pense que le relèvement du taux directeur par la BCT aura un impact négatif sur l’investissement en Tunisie, donc sur l’emploi et sur la dynamique de l’économie tunisienne d’une façon générale, par contre il a un impact positif sur la consommation donc sur l’inflation. Cette politique de la BCT n’est pas forcément corrélée ni justifiée avec la croissance en 2024 et 2025 estimée par la BM (3,5%). Pour lutter contre l’inflation, il y a d’autres mécanismes qu’il faut mettre en place tels que le relèvement de l’épargne comme c’est le cas de la France où le carnet d’épargne A est passé de 2 à 3%. Par ailleurs, l’amélioration de la productivité de l’emploi et l’usage du numérique dans l’administration pour faciliter la création d’entreprise et la gestion des affaires sont un impératif pour l’économie tunisienne, malheureusement on en parle beaucoup théoriquement mais la réalisation et le suivi font défaut. Des projets numériques prévus et entamés lors du SMSI ont été abandonnés, qu’en est-il des 10 projets présidentiels présentés en 2005 lors du SMSI ? C’est la raison pour laquelle que le gouvernement actuel doit avoir une feuille de route concernant son programme d’activité qu’il faut l’actualiser chaque année compte tenu des événements, le suivi de son programme est une nécessité pour la transparence et la gestion des affaires.

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