AccueilLa UNELes Tunisiens ont-ils fait les bons choix ?

Les Tunisiens ont-ils fait les bons choix ?

Après un épisode électoral chargé, le chef du gouvernement désigné Habib Jemli s’échine à former le prochain gouvernement qui aura la lourde tâche de s’attaquer au profond désenchantement des Tunisiens à l’égard de la classe politique et à son incapacité à tenir la promesse de la révolution de 2011, selon l’Institut américain de la paix.

Bon nombre des défis économiques qui affligent la Tunisie sont le fruit d’un séquençage. En 2011, les dirigeants de la transition ont décidé de se concentrer sur la réforme du système politique du pays, notamment la rédaction d’une nouvelle constitution progressiste, la tenue d’élections et la création d’institutions politiques. Mais,  » cela a rendu l’économie moribonde, et le pays en proie aux effets d’un contrat social rompu « , a déclaré Sarah Yerkes, de Carnegie Endowment for International Peace, soulignant qu’ «  il n’y a aucun moyen de savoir si c’était la bonne chose à faire », en omettant de redresser l’économie avant de relever le défi de la réforme politique.

Les élections de cette année ont été largement perçues comme un rejet de la classe politique, en grande partie parce qu’elle n’a pas réussi à résoudre les problèmes de tous les jours qui préoccupent constamment de nombreux Tunisiens. « Aujourd’hui, les partis doivent comprendre que leurs priorités doivent être les réformes sociales et économiques qui ont été oubliées au cours des cinq dernières années « , a déclaré le vice-président d’Ennahdha, Abdelfattah Mourou, qui s’est classé troisième avec 13 % des voix au premier tour de l’élection présidentielle et n’a pas accédé au second tour, rappelle l’Institut américain de la paix.

L’élection à la présidence de la République de Kaïs Saïed, un nouveau venu politique sans affiliation politique, était un message clair que les Tunisiens étaient prêts au changement. Les Tunisiens  » ont élu un homme de loi aux mains propres ». Et dans la lutte contre la corruption, le prochain gouvernement devrait accorder la priorité aux réformes administratives, fiscales, monétaires et institutionnelles. « Si nous voulons lutter contre la corruption, nous devons procéder à ces quatre réformes, a-t-il dit, ajoutant que cela nous coûtera de l’argent, du temps et des efforts. Mais c’est nécessaire et nous devons commencer. »

L’évolution d’Ennahdha

Après avoir fait partie de la coalition au pouvoir de 2014 à 2019, le parti Ennahdha a vu son électorat passer de 27 % en 2014 à 19 % en 2019, une baisse qui reflète le désenchantement général des Tunisiens à l’égard de l’establishment politique, alors que près d’un tiers du nouveau parlement est composé d’indépendants.

Au milieu des années 2010, Ennahdha a fait le grand pas pour se détourner de ses racines religieuses et se concentrer sur la politique. « Nous aimerions promouvoir une nouvelle Ennahdha, renouveler notre mouvement et le placer dans la sphère politique, en dehors de tout lien avec la religion. Avant la révolution, nous étions retranchés dans les mosquées, les syndicats, les organisations caritatives, parce que l’activité politique réelle était interdite. Mais maintenant, nous pouvons être des acteurs politiques ouvertement « , a déclaré Rachid Ghannouchi, cofondateur du mouvement et nouveau président du parlement, lors du dixième congrès général du parti en mai 2016.

C’était finalement une décision pragmatique de s’éloigner de l’orientation religieuse du mouvement, car les partis laïques et islamistes ont dû faire des concessions et parvenir à un consensus pour rédiger la constitution de 2014. Aussi pragmatique qu’elle ait pu être, la nouvelle vocation du Mouvement s’inscrivait dans l’évolution naturelle de tout parti politique.

Confusion sur l’identité d’Ennahdha

Mais il est clair qu’Ennahdha a perdu le soutien de sa base traditionnelle et les questions font florès sur ce que le parti défend exactement. « Désaccentuer le prosélytisme, s’allier à un régime auquel il s’opposait autrefois et investir dans la politique électorale ont tous exacerbé la confusion sur l’identité d’Ennahdha « , écrit Hamza Meddeb, du Carnegie Middle East Center.

Ennahdha a joué un rôle majeur dans la transition du pays et va maintenant former une coalition dirigeante qui doit composer avec une population profondément mécontente, à un contrat social flétrissant et à une économie terne. Mais la mise sur pied de cette coalition ne sera pas facile. « La composition de ce parlement est traversée de courants politiques, de valeurs et de visions disparates pour le pays « , a écrit Leo Siebert, Country Manager de l’USIP Tunisie. « Former une coalition majoritaire n’est que le premier défi. Le prochain sera de gouverner. »

En fin de compte, Ennahdha doit négocier un consensus sur la façon d’aborder ces questions, en travaillant avec ceux qui sont au gouvernement et ceux qui ne le sont pas, pour faire avancer le pays vers la démocratie et la dignité que les Tunisiens exigent depuis une décennie.

Traduction &synthèse : AM

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1 COMMENTAIRE

  1. La question devrait plutôt s’adresser aux abstentionnistes pour leur demander s’ils n’ont pas fait le mauvais choix de ne pas aller voter.
    Et puis cette recherche du consensus est la plus belle des entourloupes car l’entente comporte en elle de lâches compromissions qui remettent sans cesse au lendemain ce qui se doit d’être fait dans l’urgence en y mettant le prix!

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