Alors que le Plan de développement 2026-2030 négocie son entame, les préconisations ne se font pas rares pour déblayer les pistes qui lui procurent les conditions d’une mise en œuvre sans faille. Le président du Centre Tunisien de Gouvernance d’Entreprise (CTGE) de l’IACE, Fayçal Derbel, estime que pareille finalité ne sera pas uniquement imputable à la programmation technique, mais à la capacité du pays à instaurer une gouvernance fondée sur la performance, la redevabilité et la transparence.
Lors d’une table ronde sur la présentation d’une nouvelle étude intitulée « Évaluation des pratiques de gouvernance et de transparence dans les projets d’investissement public en Tunisie » élaborée par l’IACE, trois projets d’investissement public ont été soumis à analyse , savoir l’autoroute Sfax-Gabès (155 km pour un coût de 217 millions de dinars), le Programme de l’ONAS pour la réhabilitation de 19 stations d’épuration et 130 stations de pompage (597 millions de dinars) et le projet du Réseau Ferroviaire Rapide (RER) ( Phase 1 des lignes D et E (1,2 milliard de dinars)).
L’analyse comparative des trois projets révèle que les déficiences observées ne relèvent pas de défaillances isolées propres à chaque secteur, mais « d’un système de gouvernance de l’investissement public qui souffre de failles structurelles communes et récurrentes ». Ces trois cas illustrent une même trajectoire : des ancrages stratégiques solides et des ambitions publiques légitimes, insuffisamment traduits en pratiques de préparation rigoureuse, de coordination institutionnelle effective, de transparence financière et de suivi de performance. Le résultat est systématiquement le même — « des retards prolongés, des surcoûts dont la traçabilité reste opaque, une valeur publique partiellement différée et un déficit de redevabilité envers les citoyens, le parlement et les partenaires financiers ».
D’après l’étude « ce constat ne doit pas conduire au pessimisme. Il appelle au contraire à une réforme ciblée, réaliste et pragmatique du cycle de l’investissement public tunisien ».
Trois priorités transversales s’imposent en urgence selon ce document. Il s’agit de renforcer la maturité des projets avant tout engagement financier, en conditionnant le lancement des marchés à la complétude des études, autorisations foncières et conditions d’exécution et d’instaurer une transparence financière et contractuelle systématique, en publiant des tableaux de bord consolidés, actualisés et accessibles sur les coûts et les avenants des marchés.
Il s’agit également de bâtir une culture de l’évaluation ex post et du retour d’expérience, en transformant chaque difficulté (résiliation, blocage réglementaire, opposition citoyenne) en leçon institutionnelle opposable pour les projets futurs.
L’IACE estime que « la Tunisie dispose d’actifs réels : des établissements publics dotés d’une capacité technique reconnue, des partenariats solides avec des bailleurs internationaux exigeants, et une société civile de plus en plus attentive à la qualité de la dépense publique. Ces atouts ne pourront produire leur plein effet que si la gouvernance de l’investissement public cesse d’être perçue comme une contrainte administrative pour devenir un instrument stratégique au service du développement. C’est à ce prix que les grands projets d’infrastructure cesseront d’être des symboles de retards accumulés pour devenir des leviers tangibles ».
101,8 milliards de dinars en jeu
Derbel souligne que cette étude intervient alors que la Tunisie s’apprête à engager son plan de développement 2026-2030. « Elle apporte des repères précieux pour mieux concevoir, gouverner et conduire les investissements publics de demain».
Le Plan de développement 2026-2030, retient un portefeuille d’environ 21 100 projets et programmes publics, pour des investissements globaux de l’ordre de 101,8 milliards de dinars, dont 43,7% pour l’infrastructure et les services et 27,5% pour les équipements collectifs.
Ce portefeuille sera financé à hauteur de 61 % par le budget de l’État, 30% par les entreprises et établissements publics et 9% dans le cadre de partenariats public-privé.
Pour éviter les écueils passés, l’expert préconise un changement radical de paradigme : « passer d’une « culture de moyens » à une « culture de résultat » et d’une logique de construction d’ouvrages à une logique de création de valeur publique ».
En conclusion, il rappelle que l’investissement public demeure un pilier fondamental du développement économique et social, à condition que la gouvernance couvre l’intégralité du cycle de vie des projets, de la planification à l’évaluation finale.








