AccueilLa UNEL'Occident a-t-il mal compris la Tunisie, le 25 juillet?

L’Occident a-t-il mal compris la Tunisie, le 25 juillet?

Si les Occidentaux sont choqués par l’évolution politique de la Tunisie, c’est parce qu’ils l’ont trop longtemps décrite comme une simple réussite. Telle est l’idée centrale autour de laquelle articulée une récente analyse livrée par l’influent magazine américain «Foreign Policy» (FP)

Il existe une importante divergence d’opinion quant à la question de savoir si les graves problèmes économiques actuels de la Tunisie, la dérive parlementaire et une vague débilitante de COVID-19 constituent réellement le « péril imminent » invoqué par le président de la République, Kais Saied pour  proclamer l’état d’exception. Il semblerait qu’il s’agisse d’un problème que la Cour constitutionnelle pourrait trancher – mais hélas, il n’y a pas de cour parce que soit personne n’arrive à se mettre d’accord sur les juges à nommer, soit le président a bloqué leur nomination, estime FP.

Coup d’État ou pas, cela n’était pas censé se produire en Tunisie. La Tunisie est (ou était) la « lone ( unique) success story » du printemps arabe. Mais ce genre de clichés, utilisés en boucle par les médias internationaux pendant une décennie, a toujours été un problème en soi. Ils définissaient la politique tunisienne d’une manière qui excluait toute autre possibilité – comme un retour en arrière – et envisageaient une évolution linéaire, des manifestations aux élections, puis à la constitution. Lorsque des éditorialistes à bout de souffle décrivaient un transfert pacifique du pouvoir vers une « véritable démocratie », ils faisaient abstraction de la complexité de la politique tunisienne en particulier et des transitions vers la démocratie en général.

Il  n’est pas certain que le coup de force de Saied constitue la fin de la démocratisation du pays. Les Tunisiens ont déjà été au bord du gouffre, notamment lors d’une impasse politique prolongée en 2013. Puis, en 2015, le président nouvellement élu Beji Caid Essebsi a préféré un gouvernement qui aurait exclu Ennahdha et ses alliés. Il était louable et notable que la Tunisie n’eût  pas sombré dans la violence en 2013, qu’un gouvernement de coalition viable ait été mis en place en 2015, et qu’il y ait eu un transfert pacifique du pouvoir après la mort de Caïd Essebsi en 2019 – bien qu’aucune de ces réalisations ne signifie nécessairement que la Tunisie allait continuer à progresser. Les analystes sérieux le savaient parce qu’ils comprenaient les défis économiques du pays, les questions persistantes autour de l’identité, l’attachement à l’ordre ancien parmi les élites, et l’incapacité du parlement à tenir les promesses de la révolution de janvier 2011.

Pourtant, curieusement, certains de ces mêmes experts et observateurs ont continué à décrire la Tunisie comme un succès – suscitant une attente non écrite et non reconnue que les progrès du pays se poursuivraient invariablement. C’était particulièrement étrange, étant donné l’érosion continue, au cours de la dernière décennie, des institutions démocratiques dans des pays considérés comme des démocraties consolidées- y compris les États-Unis, souligne Foreign Policy.

Une relation ambivalente avec la démocratie !

L’empressement à renoncer à des acquis durement gagnés après une décennie de démocratisation semble faire partie intégrante de la culture politique particulière de la Tunisie. Non, on ne  fait pas référence au cliché selon lequel les sociétés arabes et musulmanes ne sont pas rompues à la démocratie ; il s’agit  plutôt d’attirer l’attention sur l’héritage culturel du grand État arabe qui a promis (mais rarement, voire jamais, tenu) la sécurité, l’éducation et les opportunités. Les analystes, les journalistes et les militants de la société civile avec lesquels les Occidentaux ont tendance à interagir en Tunisie veulent forger une société plus juste et plus démocratique. Mais qu’en est-il des Tunisiens au sens large ? Beaucoup – ou du moins ceux qui sont descendus dans la rue ces derniers jours – semblent avoir une relation plus ambivalente avec la démocratie. Ils semblent vouloir un État plus efficace, capable de fournir des emplois et un filet de sécurité sociale, quelle que soit la nature du système politique. Il est possible qu’après une décennie au cours de laquelle les Tunisiens ont bénéficié de plus de libertés individuelles, le manque de prospérité ait rendu un nombre potentiellement important d’entre eux plus enclins à donner une nouvelle chance à une certaine version de l’autoritarisme.

La Tunisie, un exemple de mise en garde !

Bien sûr,  affirme FP, on ne sait pas du tout ce qui va se passer en Tunisie et ce que les puissances étrangères peuvent faire à ce sujet. Compte tenu de l’attention que la presse et les experts ont accordé à la Tunisie depuis le renversement de Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011, ainsi que de l’engagement du président américain Joe Biden en faveur d’une politique étrangère fondée sur des valeurs, les États-Unis subiront au moins une certaine pression pour réagir. Pourtant, voici l’énigme : à Washington, la Tunisie a tendance à être considérée à travers le prisme de son succès présumé. Ainsi, des experts et des militants ont plaidé en faveur d’une assistance accrue à la Tunisie, précisément parce qu’elle est censée avoir réussi la transition vers la démocratie. Les Etats-Unis ont également développé une relation de sécurité avec la Tunisie basée sur la lutte contre l’extrémisme. Les États-Unis devraient-ils maintenant retenir ou supprimer cette aide ? Cela semblerait approprié en termes de valeurs, mais peut-être risqué en matière de sécurité, étant donné la propension de la Tunisie à produire des extrémistes et l’instabilité dans la région voisine du Sahel. La quadrature du cercle n’est pas facile à résoudre.

Dans ce qui serait l’un des développements les plus inattendus de la politique américaine au Moyen-Orient, la Tunisie pourrait finir par être un exemple de mise en garde contre la construction d’une politique autour d’un type de régime, car les systèmes politiques peuvent changer rapidement, conclut Foreign Policy..

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1 COMMENTAIRE

  1. Citez moi un seul pays qui a réussi son printemps arabe, réponse aucune. Tant que les islamistes criminels sont là pour bouffer cette révolte et instaurer un modèle de société basé sur un sentiment de sous-développement, de retour à la khilafa et à la soumission de la femme pour le désir des malades, le printemps arabe ne réussira pas. D’ailleurs, la démocratie a montré ses limites dans les pays occidentales et la liberté n’est pas la violence pratiquée par certains, elle n’est pas non plus les grèves et les sit-in non justifiés ou le fait de barrer les routes ou bloquer les portes des entreprises afin d’empêcher les ouvrier à aller travailler. Tant que cette démocratie crée un désordre grave allant jusqu’à la guerre civile au sein de la société, elle est voué à l’echec. La démocratie est une culture qui s’aprend et qui se pratique pendant des décennies, tel n’est pas notre cas ni le cas des pays de printemps arabe.

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