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La dérive continue du dinar face au dollar et à l’euro requiert de faire primer l’intérêt national sur celui des différends lobbys, en rompant avec la surconsommation des produits importés, par les voies légales et illégales, a affirmé Achraf Ayadi, expert bancaire et financier à Paris.
Dans une interview avec l’agence TAP, Ayadi traite aussi des questions des réserves en devises, de la dette publique, de la Loi de Finances…

Quelle lecture faites-vous de la dérive continue du dinar face au dollar et à l’euro ? Est-il possible d’arrêter cette dérive ?

Tout d’abord, tous les spécialistes vous diront que l’inflation importée a un poids prépondérant dans le glissement du dinar. Le peu de maîtrise que nous avons montré jusque-là, de nos importations et de notre balance commerciale, se répercute directement sur le glissement de la valeur de notre monnaie.
Aussi, il faut qu’à un moment nous puissions rompre le cercle vicieux de la surconsommation des produits importés, par les voies légales et illégales, et de la destruction des emplois nationaux. Nous devons faire des choix patriotiques en faveur de l’intérêt national dans sa globalité, et non pour le bénéfice de quelques lobbys. Ceci relève des prérogatives du politique et n’a rien à voir avec les choix économiques.

Les réserves en devises de la Tunisie poursuivent leur tendance baissière, inquiétante de l’avis de certains analystes. Comment analysez-vous cette tendance ?

Le meilleur remède contre cette tendance est bien connu : exporter, attirer les investisseurs directs étrangers et rendre l’activité touristique plus rentable. Toutes ces activités alimentent les réserves en devises. Or, les secteurs exportateurs ont besoin d’être beaucoup plus soutenus, repositionnés sur les bons segments de la chaîne de valeur, notamment dans le secteur industriel. Nous perdons des parts de marchés à l’export dans le secteur des TIC à mesure que les ingénieurs et les compétences expérimentées quittent le pays vers l’Europe.
Ensuite, pour attirer les investissements directs étrangers en devises, il faut d’abord qu’il y ait une reprise de l’investissement local, actuellement plombé par des taux d’intérêts difficilement supportables pour les entreprises, dans un environnement peu porteur.
Enfin, pour ce qui concerne le tourisme, il est étonnant de voir sa faible contribution dans le renflouement des caisses. Notre positionnement sur le balnéaire, le “all-inclusive” et les “basse-moyenne gammes” est peu rentable. L’écart entre la situation d’endettement de certaines entreprises hôtelières en difficulté contraste, à la fois, avec une bonne saison 2018, et la bonne santé patrimoniale de certains hôteliers à titre personnel. Les services fiscaux ont-ils vraiment fait leur travail ?
Toujours est-il que l’accroissement de nos engagements en devises auprès de l’étranger ne fait qu’aggraver la situation. Il faut alimenter les caisses et réduire le service extérieur de la dette pour avoir des réserves à un niveau suffisant. C’est une question de souveraineté nationale.

Quel commentaire vous inspire le niveau actuel de la dette publique ? Cette dette est-elle encore soutenable ?

La vraie question n’est pas si le niveau de la dette est soutenable dans l’absolu ou pas. Je préfère que l’on se concentre sur le niveau de la croissance. Est-ce que notre niveau actuel de croissance est compatible avec notre endettement actuel ? Est-ce que la valeur créée par notre économie est capable de couvrir nos engagements ? Est-ce que l’Etat et les services publics sont des accélérateurs du reste de l’économie ? La réponse est évidemment non pour toutes ces questions. Nous nous endettons en devises pour payer des dettes anciennes en devises. Jusqu’où et jusqu’à quand nos bailleurs de fonds étrangers vont continuer à nous suivre ? Nos erreurs nous ont quelque peu mis à leur merci. C’est, encore une fois, une question de souveraineté nationale.

La croissance de 2,8% enregistrée au cours du 2e trimestre 2018 ne traduit-elle pas une certaine reprise ?

La situation économique est critique. Combien d’emplois le taux de croissance réalisé a-t-il bien pu créer à son niveau actuel ? A quelle hauteur ce taux de croissance nous permet-il d’honorer nos engagements internationaux auprès des bailleurs de fonds ? Ne provient-il pas d’évènements exceptionnels dont nous ne pouvons pas garantir la pérennité (saison agricole, tourisme, etc.) ?
Nous parlerons de reprise lorsque les progrès économiques enregistrés seront soutenables dans le temps, liés à des réformes solides et des réalisations récurrentes.

Quelles sont, selon vous, les pistes (réformes, mesures…) à engager pour déclencher une véritable relance de l’économie ?

Certaines des 68 mesures du document de Carthage 2 sont intéressantes. Elles ne sont pas révolutionnaires, elles ne constituent pas une politique économique en tant que telle, mais constituent un plan d’action à court terme (6-9 mois). Mettons-les en application, à défaut de mieux.
Pour le long terme, il faudra lancer de véritables réformes de rupture avant d’être obligé de les faire, la gâchette des bailleurs de fonds sur la tempe. Tous les changements que nous pourrons entreprendre par nous-mêmes, avec un esprit réformateur et positif, dans l’administration publique et dans l’économie en général, pour libérer les énergies et améliorer l’efficacité des acteurs, ne devront pas nous être imposés de l’étranger. Ce serait une erreur historique.

De quels paramètres faut-il tenir compte dans le cadre de la loi de finances 2019 ?

Plus intéressant encore que la loi de finances 2019, celle complémentaire de 2018 ! J’aimerais bien savoir comment le gouvernement réussira à clôturer – comptablement parlant – ressources et emplois de cette année. Le moment politique est délicat : qui sont les lobbys qu’il va falloir ménager ? Qui sont ceux qu’il va falloir sacrifier ? Comment faire passer la pilule amère de la baisse de la compensation ? Quelle est l’étendue de cette baisse ? Quelles mesures de decashing seront imposées pour réduire le poids de l’économie informelle et remettre de la liquidité dans les comptes bancaires ? Quelles mesures fiscales pour réduire la fraude et augmenter la contribution sans plomber l’investissement national ? Comment attirer l’investissement étranger sans creuse le gap entre l’onshore et l’offshore ?
Une loi de finances n’est pas qu’un casse-tête budgétaire. C’est aussi la transposition sur une année d’une stratégie plus globale. Je ne suis pas sûr que nos dirigeants actuels aient une réelle vision de l’économie nationale au-delà des élections de 2019.

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Dans une interview accordée à Africanmanager, Achraf Ayadi, expert bancaire et financier, a assuré que la prochaine sortie de la Tunisie sur le marché financier international sera particulièrement coûteuse. “Les investisseurs internationaux ne sont pas dupes. Nous partons avec plusieurs handicaps sérieux. Le premier est lié à la situation économique telle que décrite précédemment. Le second est du aux signaux négatifs émis par le FMI en mettant en place une revue trimestrielle, en lieu et place de la semestrielle, qui est la conséquence d’un nombre considérable d’engagements non tenus en matière de réformes. Le troisième est le fait que les Etats-Unis et l’Union Européenne ne seraient pas disposés à soutenir la Tunisie au travers d’une garantie de cette dette souveraine à émettre. Et le dernier est plutôt politique : il n’y a plus d’interlocuteur stable qui peut engager l’Etat durablement. Tous ces facteurs vont avoir un impact sur le taux d’intérêt qui nous serait servi“, a dit Ayadi.

Il a par ailleurs ajouté qu’à partir d’un certain niveau de taux, il vaut mieux baisser le montant collecté. “Dans ce cas, je ne sais pas comment pourrions-nous financer le déficit commercial (nos importations) et le budget de l’Etat. Rappelons à cet effet que les encours actuels de BTA s’élèvent à environ 12 Milliards TND, empruntés par l’Etat aux banques locales à des taux allant jusqu’à 7,5% à rembourser en 2032 ! Certes, la croissance est revenue. Elle reste fragile et insuffisante pour faire face aux enjeux actuels de l’endettement“, a indiqué l’expert.

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Interrogé sur la situation économique actuelle de la Tunisie, Achraf Ayadi, expert bancaire et financier a indiqué, dans une interview accordée à Africanmanager, qu’il suffit de regarder quelques indicateurs macro-financiers à la date de l’abandon de Carthage 2 : un Euro à plus de 3 dinars, un Dollar à plus de 2,5 dinars, un TMM de 6,4% et 14 milliards de dinars de refinancement de la BCT aux banques (contre les BTA déposés en garantie). Ces chiffres sont illustratifs d’un niveau de risques monétaires très importants sur l’ensemble de l’économie.

Il a ajouté qu’avec un déficit commercial à plus de 1500 millions de TND en mai, la pression sur les réserves de change s’accentue fortement. Elle est démultipliée par le fait que les engagements de l’Etat en matière d’endettement contribuent aussi à accélérer cet effritement. En gros, nous sommes dans un contexte de fortes incertitudes. Elles pèsent aussi bien sur la mobilisation de l’épargne nationale vers l’investissement productif que sur la capacité de l’Etat à jouer un rôle positif de locomotive de l’économie.

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Achraf Ayadi, expert bancaire et financier a accordé à Africanmanager, une interview exclusive où il a parlé de la situation économique actuelle en Tunisie, notamment  sa prochaine sortie de la Tunisie sur le marché international et les cours mondiaux du pétrole qui n’ont de cesse de grimper. Interview:

Comment jugez-vous la situation économique actuelle de la Tunisie ?

Pour répondre à cette question, il suffit de regarder quelques indicateurs macro-financiers à la date de l’abandon de Carthage 2 : un Euro à plus de 3 dinars, un Dollars à plus de 2,5 dinars, un TMM de 6,4% et 14 milliards de dinars de refinancement de la BCT aux banques (contre les BTA déposés en garantie). Ces chiffres sont illustratifs d’un niveau de risques monétaires très importants sur l’ensemble de l’économie. Avec un déficit commercial à plus de 1500 millions de TND en mai, la pression sur les réserves de change s’accentue fortement. Elle est démultipliée par le fait que les engagements de l’Etat en matière d’endettement contribuent aussi à accélérer cet effritement. En gros, nous sommes dans un contexte de fortes incertitudes. Elles pèsent aussi bien sur la mobilisation de l’épargne nationale vers l’investissement productif que sur la capacité de l’Etat à jouer un rôle positif de locomotive de l’économie. 

Voulez-vous dire que la prochaine sortie de la Tunisie sur le marché international pourrait être compromise ?

Je dirais plutôt qu’elle serait particulièrement coûteuse.  Les investisseurs internationaux ne sont pas dupes. Nous partons avec plusieurs handicaps sérieux. Le premier est lié à la situation économique telle que décrite précédemment. Le second est dû aux signaux négatifs émis par le FMI en mettant en place une revue trimestrielle, en lieu et place de la semestrielle, qui est la conséquence d’un nombre considérable d’engagements non tenus en matière de réformes. Le troisième est le fait que les Etats Unis et l’Union Européennes ne seraient pas disposées à soutenir la Tunisie au travers d’une garantie de cette dette souveraine à émettre. Et le dernier est plutôt politique : il n’y a plus d’interlocuteur stable qui peut engager l’Etat durablement. Tous ces facteurs vont avoir un impact sur le taux d’intérêt qui nous serait servi. A partir d’un certain niveau de taux, il vaut mieux baisser le montant collecté. Dans ce cas, je ne sais pas comment pourrions-nous financer le déficit commercial (nos importations) et le budget de l’Etat. Rappelons à cet effet que les encours actuels de BTA s’élèvent à environ 12 milliards de TND, empruntés par l’Etat aux banques locales à des taux allant jusqu’à 7,5% à rembourser en 2032 ! Certes, la croissance est revenue. Elle reste fragile et insuffisante pour faire face aux enjeux actuels de l’endettement.

Peut-on parler d’une reprise en 2019 ou en 2020 ?

Les conditions d’une reprise sont surtout politiques, pour débloquer les réformes et assainir le climat social. L’année 2019 serait une année électorale où aucun acteur ne prendrait des risques en l’absence d’une majorité solide. Et quelle que soit l’efficacité des politiques économiques de la nouvelle majorité, nous ne verrons pas des résultats significatifs en une année seulement. Au vu des chantiers à ouvrir, il me semble plus opportun de nous projeter sur 5 à 10 ans pour redresser la barre.

Les cours pétroliers ne cessent d’évoluer sur le marché international. À la lumière de cette situation, comment serait le budget de 2019 par rapport à celui de 2018 ?

En mai 2018, le baril de Brent est négocié à environ 80 dollars sur le marché international, soit une hausse de 50% en une année. Le prix est par ailleurs assez volatil et on peut noter des hausses régulières de 3% et plus en quelques jours. Pour autant,  les contrats à terme ne s’affolent pas, et on ne peut donc pas parler de spéculation sur le brut. La situation explosive au Moyen-Orient, l’inversion de la politique monétaire de la FED, l’Euro qui reprend du terrain devant le Dollar sur les derniers mois, la Russie qui renforce son intégration avec ses partenaires économiques des BRICS, les tensions autour de l’accord sur la dénucléarisation de l’Iran, etc. sont tous des facteurs ne plaidant pas pour un Baril à 54 Dollars. L’effet sur le budget 2018 sera désastreux. Une correction s’impose à travers une loi des finances complémentaire. D’un côté, l’Etat ne peut pas stabiliser la compensation des hydrocarbures au vu de ce prix international au risque d’aggraver les déficits. De l’autre, le consommateur finira par subir plusieurs hausses successives du taux d’inflation et du prix à la pompe. Espérons que les estimations pour le budget 2019 seraient plus sérieuses. Il s’annonce déjà comme un budget marqué par l’austérité. Les réformes avaient besoin de temps pour être déroulées. Le retard que nous avons subi nous mets aujourd’hui dos au mur.

Vous êtes bien pessimiste…

A court terme, oui. Observez le nombre de jeunes médecins, ingénieurs et universitaires qui fuient le pays. Comptez le nombre de jeunes moins qualifiés qui préfèrent courir le risque de périr en mer que de vivre sans espoir de travailler, de fonder une famille et de se projeter. Il faut remettre de l’espoir, non pas avec des discours creux, mais avec du concret. Il faut prouver que les citoyens ont raison de faire encore confiance à l’Etat. Ce dernier est à égalité responsable et victime de la dégradation de la situation actuelle. Sa transformation en profondeur est une urgence absolue.

Très concrètement, comment pouvons-nous nous en sortir à votre avis ?

Pour débloquer la situation, dans sa globalité, il faut mettre en place trois piliers. Tout d’abord, un nouveau projet de société définissant ce qu’est être citoyen de ce pays, clarifiant le socle de valeurs communes entre tous et mobilisant les médias et l’école pour le marteler jour et nuit. Sans projet de société, nous ne pouvons faire aucune projection économique collective. Ensuite, il nous faut impérativement un projet économique sur 20-30 ans, avec un impact multi-dimensionnel allant des programmes d’enseignement jusqu’à la gestion des caisses de retraite. Toutefois, avant tout cela, il nous faut une refonte de la constitution, avec moins d’effritement des compétences entre pouvoirs et contre-pouvoirs, et l’assurance, à chaque élection, de disposer d’une vraie majorité légitime. C’est la seule manière d’ancrer les transformations induites par les réformes et de conduire un débat social serein. Pour ce qui est des mesures opérationnelles, j’ai déjà eu l’occasion d’en détailler quelques-unes avec Aram BELHAJ et publié chez l’un de vos confrères.
Trop de choses essentielles n’ont pas été faites depuis l’indépendance. Trop de choses ont été faites “de travers” depuis le 14 janvier 2011. Le chantier est juste colossal.

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Réaliser un taux de croissance de 3%, inclusive, permettant une répartition équitable des richesses et la création de nouveaux emplois est le principal objectif de la Tunisie en 2018, comme déjà annoncé dans le projet du budget économique relatif à cette année. Réalisable ou non ? Il nous faut au moins quelques semaines, voire quelques mois, pour en savoir plus, notamment devant le manque de visibilité qui règne depuis plusieurs années dans le pays. Certains pensent que cette année sera identique ou pire que la précédente à cause de plusieurs facteurs dont la dépréciation du dinar devant la monnaie verte et l’évolution des cours pétroliers à l’échelle internationale alors que d’autres estiment le contraire, tout en justifiant leurs position par une légère reprise des indicateurs économiques observés à la fin de l’année dernière.

Interrogé sur la question, Achraf Ayadi, expert en banque et finance résidant à Paris, a fait savoir dans une interview accordée, ce mardi 2 janvier 2018, à Africanmanager que le premier trimestre de l’année 2018 sera déterminant. “D’abord, la réaction des assujettis fiscaux aux mesures de la Loi de Finances montrera dans quelle mesure l’environnement économique est résilient à une hausse significative des taux. Ensuite, le versement ou pas de la prochaine tranche du FMI va montrer le niveau de crédibilité des finances publiques auprès de nos bailleurs de fonds. Enfin, l’accélération des réformes devrait susciter des émois chez le patronat comme chez les syndicats“, a indiqué Achraf Ayadi, avant de préciser qu’il faudra que le gouvernement soit politiquement crédible pour gérer les tensions sociales prévisibles sur fond d’élections municipales.

L’expert a par ailleurs indiqué que la grande inconnue reste la capacité de la politique monétaire et de change à s’adapter à une politique budgétaire fortement contrainte. “Comment ralentir l’inflation lorsque la hausse de la fiscalité se répercutera sur les prix de vente des biens et des services ? Quelle attitude devrait-on avoir face à des taux de change défavorables du TND face à l’Euro et au Dollar lorsque la dégradation du solde de la balance commerciale s’aggrave ? Est-ce que la création monétaire contre garantie de BTA a atteint ses limites alors même que les banques continuent massivement à demander des liquidités ?“, s’est interrogé Ayadi.

Encore une fois, nous verrons dès le premier tiers de l’année 2018 si tout ceci est vraiment tenable. Les anticipations des acteurs économiques pour le reste de l’année en dépendront fortement.“, a ajouté Ayadi.

Dans un statut récemment publié sur sa page facebook, il a résumé toutes les difficultés sur le chemin du chef du gouvernement et de tous les citoyens, estimant que :

* L’EUR en route vers 3 TND
* L’USD en route vers 2.5 TND
* Le baril de brut en route vers 70 USD contre une hypothèse de 54 USD dans la loi de finances 2018
* L’inflation (officielle) proche de 7% hors produits administrés
* Les réserves de devises à 92 jours d’importations
* Tous les déficits sont en aggravation
* Volume global de refinancement de la liquidité bancaire > 10 milliards de TND malgré le plafonnement mis en place par la BCT

C’est bientôt la fin de l’année et chacun y va de son petit bilan et de ses projections pour 2018. Ce vendredi 29 décembre, c’est ceux de Achraf Ayadi, expert en banque et finance résidant à Paris, qu’il a publiés sur sa page Facebook, qui ont retenu notre attention. Et pour cause : il résume toutes les difficultés sur le chemin du chef du gouvernement, de tous les citoyens, pour ne pas dire toutes les tuiles qui vont nous tomber sur la tête en 2018. Bon courage à tous !

* L’EUR en route vers 3 TND
* L’USD en route vers 2.5 TND
* Le baril de brut en route vers 70 USD contre une hypothèse de 54 USD dans la LDF2018
* L’inflation (officielle) proche de 7% hors produits administrés
* Les réserves de devises à 92 jours d’importations
* Tous les déficits sont en aggravation
* Volume global de refinancement de la liquidité bancaire > 10 milliards de TND malgré le plafonnement mis en place par la BCT
*…

#No_Comment

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Achraf Ayadi, expert financier résident en France a accordé à Africanmanager une interview exclusive où il a évoqué plusieurs points. il a parlé de la situation économique actuelle du pays, l’économie informelle, la dette extérieure, le chômage, la détérioration du pouvoir d’achat et de plusieurs autres questions . Il a aussi évoqué le problè du déficit budgétaire qui ne cesse de plomber l’activité économique mais aussi la baisse de la notation de la Tunisie par Fitch Ratings et le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI) sur la Tunisie. Interview:

Comment vous  voyez la situation économique actuelle du pays?

Compliquée. La dégradation du pouvoir d’achat, l’explosion de l’économie informelle, l’incapacité de l’administration à assurer un service de qualité aux citoyens et aux investisseurs, la déliquescence des hôpitaux publics, de l’école publique, la détresse de la jeunesse,… L’économie est un tout qui ne se résume pas à quelques indicateurs macroéconomiques. C’est parfois à se demander si la Tunisie fait encore rêver, y compris ses propres enfants. C’est dommage car nous avons l’un des potentiels économiques les plus élevés d’Afrique et du mondearabe.

La Tunisie pourra-t-elle facilement maîtriser le déficit budgétaire qui ne cesse de se creuser au fil des années?

Le déficit budgétaire et la dette extérieure sont des maladies incurables pour un pays incapable d’augmenter les recettes sans plomber l’activité économique, ou de baisser les emplois sans causer de crise sociale. En la matière, nos gouvernants successifs n’ont fait que fuir leurs responsabilités et faire de la politique sur le dos de l’argent public. Fuir l’austérité est une chose, fuir ses responsabilités face aux déséquilibres macroéconomiques en est une autre. Notre économie n’est pas pilotée car, tout simplement, il n’y a pas d’autres projets économiques pour nos gouvernants que d’arriver avec le moins de dégâts possibles aux prochaines élections. Pas de cap, pas de stratégie, pas de vision et fort probablement pas les bons profils aux affaires pour faire face aux challenges immenses auxquels la Tunisie fait face.

Fitch Ratings a abaissé la note de la dette, quel effet sur la Tunisie? Et si notre pays sort sur le marché international, quel sera la réponse, selon vous? Est-il toujours simple pour la Tunisie de mobiliser des ressources de l’étranger?

La notation attribuée par les agences internationales à la Tunisie a valeur d’indice de crédibilité pour les bailleurs de fonds internationaux. Plus cette notation est favorable, plus la Tunisie serait capable de lever des montants significatifs à un coût soutenable. Le taux d’intérêt à servir aux investisseurs dans la dette tunisienne irait crescendo avec chaque dégradation de cette note. Il est certain que l’exercice budgétaire 2017 sera affecté par cette dégradation.

Les déséquilibres macroéconomiques actuels sont intenables à moyen terme : un accroissement non maîtrisé des dépenses publiques, une croissance économique faible, des déficits jumeaux chroniques, et une part significative de l’économie qui échappe à la contribution fiscale. Une augmentation des taux d’intérêts sur les levées de fonds en devises aggraverait la situation du service de la dette et pourrait, potentiellement, hypothéquer les possibilités futures de croissance.

Que proposez-vous pour sortir de cette situation ?

Pour moi, il y a deux urgences absolues : recrédibiliser l’Etat et rendre l’espoir à la jeunesse. Ce ne sont certes pas des choses faciles à faire, mais celui qui s’attend à ce que la tâche soit aisée ne devrait pas accepter de gouverner. Premièrement, redécrédibiliser l’Etat nécessiterait de porter plusieurs coups de taille à des cas avérés de corruption et de les utiliser pour donner l’exemple. Depuis les hauts fonctionnaires véreux qui ont pillé l’argent public, aux oligarques du stockage et de la distribution des produits frais qui font flamber les prix, en passant par quelques têtes de pont de la contrebande frontalière. L’État devrait également démontrer sa capacité à réformer et à se transformer. Il y a des entreprises publiques dans le secteur financier, dans celui des transports et de l’énergie qui attendent des décisions pas évidentes lorsqu’on n’a pas le courage politique de décider. Il y a un moment où les finances publiques ne peuvent plus se contenter de constater les pertes puis d’emprunter pour les éponger. Pour ce qui est de la jeunesse, l’autre urgence absolue, l’accélération du départ massif des plus qualifiés et dynamiques d’entre eux sous d’autres cieux, devrait nous interpeller fortement. Notre pays doit continuer à nous faire rêver et à nous dire que nous avons un avenir sur son sol auprès des nôtres. Il nous faut repositionner les programmes de formations pour donner plus de place à l’anglais et aux soft skills. Rapprocher les universités des entreprises est un impératif. Si on veut que le chômage devienne l’exception, il faut que la formation par alternance devienne la norme. Notre pays doit continuellement remobiliser ses compétences à l’étranger et leur proposer une voie de retour aux sources. Ils sont l’investissement de la société dans son propre avenir. Avec ce qu’ils ont appris, avec leurs réseaux, ce qu’ils peuvent apporter au quotidien ressemblerait, à mon sens, à un forum d’investissement permanent qui coûterait zéro au contribuable. Ne pas être capable de donner un nouvel espoir pour la jeunesse, c’est condamner la croissance économique et l’innovation de demain, et peut-être, l’incapacité de payer les retraites de ceux qui sont aujourd’hui en activité.

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Achraf Ayadi, expert bancaire et financier résident à Paris, a accordé à Africanmanager une interview exclusive dans laquelle il a évoqué l’affaire de Panama Papers et la gigantesque fuite de documents fiscaux qui établit l’implication de plusieurs responsables tunisiens dans la fraude fiscale.

Dans cette interview, Achraf Ayadi a surtout indiqué que cette commission n’a aucun pouvoir et aura du mal à condamner politiquement des personnages influents qui comptent des obligés sous la coupole du Bardo. L’expert a ainsi appelé à mener une vraie réforme fiscale et remettre à plat le système, les barèmes, les textes, etc…Interview :

L’ouverture d’une enquête sur “Panama Papers” changera-t-elle la donne en Tunisie?

Fondamentalement, “non”. Cependant, l’instrumentalisation politique se saisira de chaque nom de Tunisien qui apparaîtrait dans les documents publiés. Qu’il s’agisse d’une simple demande d’information, ou d’une fraude fiscale dont les preuves sont pleinement constituées, il y aura des personnages-clefs de la vie politique dont la crédibilité sera fortement écorchée.

Économiquement parlant, c’est un non-événement en Tunisie, contrairement à d’autres pays où l’esprit de citoyenneté  et les lois démocratiques seront intransigeants avec le «devoir d’exemplarité». Des exemples comme l’Islande ou le Royaume-Uni devraient nous interpeller sur l’importance du sens éthique et de la culture de la «redevabilité», chez nos électeurs comme chez les dirigeants qu’ils ont eux-mêmes élus.

La commission parlementaire qui se penchera sur ce dossier, pourrait-elle vraiment révéler la réalité sur l’implication des Tunisiens dans l’évasion fiscale ?

C’est bien plus une œuvre de communication qu’une action concrète de «détricotage» du système de la fraude offshore. Cette commission n’a aucun pouvoir, elle ne peut pas obliger les journalistes à partager toute leur documentation, elle ne peut se constituer partie civile contre les Tunisiens fraudeurs, et elle aura du mal à condamner politiquement des personnages influents qui comptent des obligés sous la coupole du Bardo.

De plus, le déroulement du vote sur la loi des nouveaux statuts de la BCT a démontré à quel point nos députés manquent d’outils techniques pour analyser et comprendre des questions aussi complexes, à la frontière de plusieurs législations fiscales et bancaires. Nous vivons un simulacre de démocratie où la fraude fiscale et l’argent occulte financent les campagnes électorales et mettent les élus sous coupe réglée.

Dans quelle mesure peut-on faire confiance aux enquêtes ouvertes par l’Etat, sachant que plusieurs enquêtes ont été ouvertes dans plusieurs affaires, mais qu’aucun résultat n’a été atteint ?

C’est une bonne question pour Maître Chawki Tabib (ndlr : Président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption) ! Dans un pays où la moitié de l’économie échappe à tout contrôle, où la fraude fiscale est un sport national et où le niveau de la corruption politico-médiatique a atteint des sommets, nous n’avons aucune affaire d’envergure qui soit allée jusqu’au bout. Des décisions de justice pour confiscation de biens mal acquis ne sont pas exécutées pour des raisons obscures. Des parties prenantes, y compris les représentants de l’Etat, qui refusent de se présenter à un tribunal dans l’affaire d’une banque de la place. Et j’en passe. Si nous sommes incapables de rendre justice sur notre territoire national, comment pouvons-nous le faire lorsque tous les ingrédients du crime sont à des milliers de kilomètres de nos frontières ?

Que proposez-vous pour que l’on puisse combattre efficacement la fraude fiscale ?

Il est indispensable de mener une vraie réforme fiscale et remettre à plat le système, les barèmes, les textes etc. Un Gouvernement digne de ce nom doit mettre la légitimité des urnes qui l’a porté, au service de tous les citoyens pour installer une vraie justice contributive. Trembler devant les corporatismes professionnels et ne pas réformer, c’est humilier l’Etat et dénigrer l’exercice démocratique. C’est le sentiment d’injustice et l’impunité bureaucratique qui incitent les individus comme les entreprises à la fraude. Panama Papers n’est au final que le doigt du sage qui nous montre la lune. Balayons devant notre porte, d’abord !

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Achraf Ayadi

Achraf Ayadi, expert bancaire et financier, résident à Paris, a accordé à Africanmanager une interview exclusive dans laquelle il a constaté qu’aucun gouvernement n’a réussi à tenir ses prévisions de croissance.

S’agissant de la chute du dinar, il a indiqué que la remontée par rapport aux principales devises n’est pas, à elle seule, un signe de reprise, appelant, cependant, à s’engager dans des réformes urgentes à mettre en œuvre et un modèle économique à reconstruire. Interview :

Comment percevez-vous l’état des lieux de la situation économique du pays?

Les chiffres des 7 premiers mois de 2014 parlent d’eux-mêmes : revue à la baisse de la croissance économique annuelle à 2,8%, soit un niveau insuffisant pour absorber le chômage, la baisse des exportations en volume (-5,2%) et en valeur (-1,8%), augmentation des importations en volume (+2,6%) et en valeur (+3,8%), déficit commercial hors de contrôle à 7.687 MDT, contraction de la production industrielle, contraction des IDE, etc. Il y a aussi des spécificités à souligner. Le dernier communiqué du Conseil d’administration de la BCT annonce des injections de liquidités massives de 5.489 MDT au mois de juillet. Dans le même temps, l’INS annonce un taux d’inflation de 6% en glissement annuel pour le même mois.

Comment pouvons-nous cumuler tensions sur les liquidités dans les banques, et une inflation de cet ordre ? La BCT est-elle en train de mener une politique de « Quantitative Easing » qui ne dit pas son nom ? Toutes les banques centrales du monde qui opèrent des injections de liquidités pareilles précisent un seuil d’inflation ciblé au dessus duquel elles arrêtent les frais ! Notre seuil d’alerte est-il encore loin ? Non. Les conditions institutionnelles et économiques pour pratiquer une telle politique en Tunisie ne sont pas réunies. D’autant plus que notre inflation n’est pas uniquement d’origine monétaire, elle est aussi importée !

Rappelons que dans le bulletin de l’INS, les prix de certains produits alimentaires ont crû de 7% à presque 12%. On y ajoutera d’autres hausses dans les mêmes ordres dans l’énergie et l’eau. ! La seule explication possible est que de larges espaces de l’économie tunisienne sont liquides et complètement en dehors des statistiques. L’économie informelle, la friabilité des frontières et l’exportation sauvage des produits alimentaires vers des pays limitrophes induisent des déséquilibres entre offre et demande qui se traduisent dans les prix. Aussi, la fraude fiscale alimente le secteur immobilier et une partie des investissements dans certaines introductions en bourse aux estimations financières surévaluées.

Vous ne vous attendez pas à une reprise après les élections d’octobre ?

Notre situation est pour le moins instable. Depuis 2011, aucun gouvernement n’a réussi à tenir ses prévisions de croissance au moment de voter les lois des finances successives et leurs complémentaires. Même nos efforts propres en investissements publics ne portent pas leurs fruits. L’Etat, constatant la faiblesse de l’investissement industriel et le ralentissement du rythme de créations d’emplois, aurait dû se substituer momentanément au secteur privé pour relancer l’économie. D’un côté, l’administration a failli dans l’exécution de projets identifiés et budgétés. De l’autre, le déficit budgétaire sert essentiellement à payer la compensation et nos dettes extérieures. Le constat est là : la stratégie du Go-and-STOP s’est muée en croissance molle puis en quasi-austérité sous la tutelle du FMI. Il y a certainement des facteurs non économiques derrière cette instabilité. La phase de transition démocratique a emprunté un chemin sinueux et semé d’embûches. Le fait d’avoir voté une constitution satisfaisante et d’avoir changé le gouvernement politique par un gouvernement de technocrates a provoqué un « frémissement » des indicateurs mais n’a rien changé de structurel. Enfin, nous devons tenir compte des prévisions pour le moins pessimistes de la plupart des analystes internationaux pour l’année 2015. La croissance européenne ne décolle pas, celle des émergents restes tributaires de facteurs endogènes et exogènes multiples et des tensions géopolitique entre l’occident et la Russie. Une nouvelle forme de « guerre froide » n’épargnera ni le prix du baril de pétrole ni le commerce international. En Tunisie, ce type de phénomène n’est pas sans conséquences sur notre caisse générale de compensation et sur notre déficit commercial.

La chute du Dinar par rapport à l’euro et au dollar, quels effets sur la Tunisie et quand pourra-t-on parler d’une reprise?

La remontée du Dinar par rapport aux principales devises n’est pas, à elle seule, un signe de reprise. Nous avons des réformes urgentes à mettre en œuvre et un modèle économique à reconstruire. D’une part, Il faudrait remettre les secteurs exportateurs et offshore sur pied. Rappelons les chutes des IDE dans ces secteurs stratégiques pour alimenter notre balance des paiements en Euro. D’autre part, l’endettement massif en Dollars doit être réduit au maximum. Il faut financer nos déficits par une vraie croissance économique endogène. Ce qui est dangereux, pour nous, aujourd’hui, c’est le fait d’emprunter en Dollars pour payer des salaires de fonctionnaires en Dinars ! Emprunter en devises devrait être utilisé pour acquérir les biens d’équipements utiles aux secteurs productifs, et, dans une moindre mesure, pour acheter les denrées alimentaires et l’énergie que nous ne pouvons produire nous-mêmes. Par ailleurs, vu sa contribution dans la croissance, le secteur agricole n’est pas moins important que le secteur touristique pour soutenir le Dinar. L’autosuffisance alimentaire nous permettrait de faire de larges économies de devises.

Bref, pour espérer une reprise, il faut remettre la Tunisie au travail, dans le calme, et vite… accroître nos exportations, baisser nos emprunts en devises, moderniser l’appareil productif, réindustrialiser le pays de l’intérieur, cesser de payer les gens à ne rien faire et rendre le pays attractif pour de « vrais » touristes !

La crise en Libye, quels effets sur la Tunisie notamment sur les prix de l’immobilier?

Je me suis déjà exprimé à la télévision sur ce sujet. Notre devoir humanitaire nous impose de ne pas refouler les familles libyennes. Les relations de long terme entre nos pays dépassent la conjoncture tendue actuelle. Nous sommes deux peuples condamnés à travailler ensemble d’autant plus que nos pays présentent plusieurs caractéristiques complémentaires. Une fois remise sur pied, les entreprises tunisiennes et la main d’œuvre tunisienne seront les premières à profiter d’une stabilisation de la situation politique en Libye. Entre-temps, ils arrivent avec des devises dont nous avons besoin, font tourner l’économie (formelle et informelle !) et redynamisent les secteurs privés de la santé et du tourisme dans une conjoncture où la Tunisie est perçue comme une destination « à risque » par la plupart des chancelleries occidentales. Le prix à payer est là : hausse des prix de l’immobilier, concurrence avec la sur la consommation des produits compensés et tensions avec la population.

Khadija Taboubi

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