Onze ans après la disparition, en Libye, des deux journalistes tunisiens Sofien Chourabi et Nadhir Ktari le mystère reste entier, malgré les efforts déployés par les autorités, les familles et les organisations des droits de l’homme pour révéler la vérité sur cette affaire énigme. Mais l’espoir reste de mise.
La disparition des deux journalistes remonte au 8 septembre 2014. Le reporter Sofien Chourabi et le cameramen Nadhir Ktari se dirigeaient vers la région d’Ajdabiya (à l’est du pays) pour réaliser un reportage pour une chaîne privée tunisienne (First TV), avant de perdre le contact avec eux.
Au fil des ans les informations sur leur sort se contredisaient. Des groupes appartenant à l’organisation terroriste Daech ont annoncé leur exécution alors que d’autres parties libyennes ont confirmé qu’ils étaient placés dans une des prisons libyennes.
Contactée par la TAP, la mère du caméraman Nadhir Ktari, Sonia Rejeb Ktari, a confié qu’à sa demande, une requête a été soumise, début juillet dernier, au ministère des Affaires étrangères pour mandater un avocat pour poursuivre les démarches et enquêtes en Libye.
La réouverture en mai dernier du consulat général de Tunisie à Benghazi devrait faciliter les recherches ainsi que les contacts avec les autorités libyennes à l’est comme à l’ouest, s’est elle félicitée.
La mère de Nadhir Ktari affirme, également, s’être rendue à la présidence du gouvernement pour rencontrer un responsable, qui a tenté de la rassurer et lui a promis de la tenir informée de toute nouvelle information relative à cette affaire.
Elle a ajouté, dans le même cadre, qu’une personnalité tunisienne ayant des relations en Libye, lui a promis de poursuivre les investigations sur le sort des deux journalistes disparus, en affirmant que ce dossier est actuellement sur la table de la présidence de la République.
La mère de Nadhir Ktari a laissé entendre qu’un léger espoir renaît en elle après ces « rassurances », critiquant la « froideur » et la « lenteur » du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) dans le traitement de cette de cette affaire.
Le président du SNJT Zied Dabbar a affirmé, pour sa part, que le Syndicat veut connaitre toute la vérité sur cette affaire et appelle les autorités tunisiennes et libyennes à poursuivre leurs efforts pour élucider ce mystère, sans plus attendre.
Il a avoué que l’affaire n’avance pas et que malgré les tentatives répétées du syndicat auprès des autorités tunisienne, aucun élément n’a pu être obtenu pour rassurer les familles.
En 2024, Le SNJT a affirmé, à l’occasion de l’anniversaire de la disparition de Chourabi et Ktari, qu’il fera recours à tous les mécanismes juridiques et diplomatiques pour découvrir la vérité.
Le Syndicat a, également, appelé le président de la République, Kaïs Saïed, à décréter le 8 septembre comme Journée nationale de la protection des journalistes, une décision approuvée depuis 2015.
Pour le président du SNJT l’affaire Chourabi et Ktari traduit l’échec des gouvernements successifs à traiter le tout premier cas de disparition forcée de journalistes dans l’histoire de la Tunisie.
Il a pointé le manque de transparence de la part des autorités tunisiennes envers les Tunisiens et les familles des deux journalistes.
Samir Ben Rejeb, avocat et membre du comité de défense dans l’affaire des deux journalistes a souligné à la TAP que le dossier est désormais entre les mains du procureur général de la Cour pénale internationale (CPI).
L’avocat avait déjà annoncé en mai 2018 l’internationalisation de l’affaire, précisant qu’une plainte avait été déposée auprès du procureur de la Cour de La Haye.
Dans le même contexte, la députée Fatma Mseddi a adressé en juillet 2025 une question écrite à la présidence du gouvernement au sujet de la disparition des deux journalistes, sans obtenir de réponse jusqu’à ce jour.
Dans sa requête, Mseddi pointait, notamment, l’absence de position officielle claire de l’État tunisien sur le sort des deux journalistes Chourabi et Ktari, le manque de coopération de la partie libyenne, la non implication des familles dans le suivi des investigations et la pénurie des informations sur cette affaire.
Mseddi a déclaré à l’agence TAP avoir reçu des informations indiquant que la Présidence de la République s’était saisie du dossier et qu’un contact a été établi avec les familles des deux journalistes. Elle a également noté que les relations actuelles avec la Libye sont actives, ce qui pourrait, selon elle, encourager la relance de ce dossier et faire la lumière sur le sort des journalistes.
L’agence TAP n’a pas pu obtenir de mise à jour officielle de la part du ministère des Affaires étrangères concernant les derniers développements.
Les dernières démarches annoncées de l’État remonte à 2019 : (26-28 février) 2019, quand une équipe technique tunisienne fut envoyée à Benghazi pour relever des échantillons ADN sur deux corps présentés comme ceux des journalistes . Les échantillons n’ont pas relevé de correspondance avec les profils des familles, selon des sources officielles d’alors. En mars 2021, lors de sa visite en Libye, le président Kaïs Saïed a affirmé avoir soulevé le dossier, que les recherches se poursuivaient et que le procureur général libyen en assurait le suivi.
Onze ans après la disparition des journalistes Chourabi et Ktari en Libye, le mystère reste entier et l’espoir persiste
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