AccueilLa UNEPleins feux sur la politique de la coopération énergétique euro-tunisienne

Pleins feux sur la politique de la coopération énergétique euro-tunisienne

S’il y a un projet porteur de sérieuses perspectives de coopération entre la Tunisie et l’Europe, il ne peut ressortir qu’au secteur de l’énergie. Elmed en est sans doute l’expression emblématique, qui se conjugue avec les projets de toutes tailles qui ont dynamisé le marché tunisien du montage et de l’installation de panneaux solaires, renforçant ainsi l’économie verte du pays. Cette dynamique a profité aux PME et, dans une certaine mesure, au marché du travail tunisien. L’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) estime qu’environ 3 000 emplois liés aux énergies renouvelables existaient en Tunisie en 2023. Ce chiffre pourrait atteindre 70 000 d’ici 2035. Cependant, les projections concernant les emplois verts dépendent de l’industrialisation verte locale ; la transition ne pourra avoir un impact significatif sur le chômage en Tunisie que si ces emplois ne se limitent pas à des missions de construction et de montage à court terme, estime une analyse livrée par Le Conseil européen des relations étrangères (ECFR), qui note, par exemple, que les emplois verts pour les jeunes diplômés sont rares en Tunisie, malgré la présence de nombreux organismes de recherche et développement qui soutiennent l’écosystème de la transition, notamment le Technoparc de Borj Cedria (dans le Grand Tunis) et les services d’urbanisme et de conseil du pays.

Il n’empêche que les s Européens peuvent s’appuyer sur cette coopération dans le cadre de la transition écologique tunisienne pour contribuer au développement économique du pays, souligne le think tank européen. Grâce à cela, les Européens pourraient également réduire leur propre dépendance aux énergies fossiles importées. La réussite de cette mission contribuerait à renforcer l’interconnexion entre la Tunisie et l’Europe, en intégrant les énergies vertes à leurs liens historiques, économiques et politiques profonds. Ce serait un premier pas vers l’« espace méditerranéen commun » envisagé dans la nouvelle orientation stratégique de l’UE.

Par ailleurs, outre le lancement de projets éoliens et solaires, les interconnexions telles qu’ELMED et le développement de l’hydrogène vert sont deux domaines clés dans lesquels les Européens doivent lever les obstacles afin de tirer pleinement parti de leurs intérêts communs.

Interconnexions

Des projets d’interconnexion comme ELMED devraient contribuer à améliorer la stabilité du réseau électrique européen et son intégration avec la Méditerranée.

ELMED, dont la mise en service est prévue pour 2028, permettra des flux d’électricité bidirectionnels et des importations d’électricité de la Tunisie vers les marchés italien et européen. TERNA a travaillé en étroite collaboration avec STEG au développement du câble. La Commission européenne a apporté un financement via le mécanisme pour l’interconnexion en Europe, et des banques de développement telles que la Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ont contribué au financement du projet.

L’UE prévoit d’importer environ la moitié de ses besoins en hydrogène vert d’ici 2050. Cependant, la viabilité du développement de l’hydrogène propre en Tunisie reste incertaine, car les conditions de production locales pourraient entraîner des prix moins compétitifs que dans des pays comme l’Égypte, le Maroc et les États arabes du Golfe. De plus, les industries européennes pourraient hésiter à s’engager dans l’achat d’hydrogène tunisien : de grandes entreprises comme l’allemand ArcelorMittal, par exemple, ont renoncé à leurs ambitions de production d’acier à base d’hydrogène en raison de préoccupations liées aux coûts et à la faisabilité.

La coopération des gouvernements européens et des banques de développement avec les ministères tunisiens, l’ANME et le STEG devrait inclure une identification conjointe des besoins de la Tunisie en matière de développement d’infrastructures supplémentaires. Au-delà du transport à haute tension, le développement des réseaux d’électricité (basse et moyenne tension) et d’eau (canalisations et systèmes de pompage) devrait améliorer la fiabilité de l’approvisionnement des particuliers et des entreprises. Des infrastructures résilientes face au changement climatique contribuent à la stabilisation économique du pays grâce à des conditions de production prévisibles. La France, l’Allemagne et l’Italie devraient élaborer des mécanismes de financement adaptés afin d’améliorer la coordination du soutien aux infrastructures, par exemple via le Global Gateway.

Un cadre d’investissement plus clair

Étant donné l’impact considérable des infrastructures énergétiques sur la politique de l’eau et du territoire en Tunisie, les agences européennes de développement doivent renforcer la durabilité des ressources et la redistribution socio-économique dans leurs projets nationaux et locaux menés en collaboration avec les autorités tunisiennes. Cela permettra de prévenir des effets secondaires tels qu’une aggravation de la pénurie d’eau. Les banques de développement européennes devraient travailler avec les ministères tunisiens de l’Énergie, de l’Environnement et de l’Agriculture, ainsi qu’avec l’ANME, afin d’évaluer l’urgence avec laquelle la Tunisie a besoin des financements promis pour l’adaptation au changement climatique (notamment dans les domaines de la gestion de l’eau, de l’agriculture et du bâtiment). Cette démarche pourrait ensuite être intégrée à la transition énergétique afin de minimiser les coûts et les interventions, par exemple grâce à des technologies combinées ou à des synergies dans le cadre de financements climatiques mixtes.

Il est essentiel que les acteurs européens coordonnent et harmonisent davantage leurs stratégies politiques à l’échelle de l’UE, des États membres et des échelons infranationaux. Cela leur permettrait de surmonter les cloisonnements entre les différents États et d’améliorer la cohérence (notamment pour soutenir efficacement l’engagement de la Tunisie). Ils devraient également développer des mécanismes de coordination de projets communs entre les ambassades, les agences de développement et les banques de développement afin de mieux identifier les objectifs convergents.

Un axe prioritaire de ce processus devrait être l’élaboration d’un cadre réglementaire plus clair et une plus grande transparence pour les investissements en Tunisie. Étant donné le cloisonnement important des flux d’information et des objectifs politiques entre les institutions étatiques tunisiennes, un comité UE-Tunisie institutionnalisé, doté de groupes de travail réguliers, pourrait fournir des orientations plus précises sur les échéanciers et les obstacles. Cela contribuerait à harmoniser les objectifs politiques des États membres et à renforcer la cohérence de l’UE dans l’action internationale en matière d’énergie et de climat.

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