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samedi 24 octobre 2020
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Populiste, radicaliste, ingérence caractérisée et mauvais perdant

Choquant. C’est le seul mot qui pouvait, hier soir, désigner  l’impact de l’intervention de Kais Saïed face à un chef de gouvernement, qui devait être lui-même offusqué  d’entendre le chef de l’Etat tenir de tels propos. Un Saïed, manifestement très remonté jusqu’à oublier d’inviter son hôte à s’asseoir et d’enfiler son masque de protection.

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Choquée, aussi, a été une large part des Tunisiens de voir la présidence de la République sucrer la réplique du chef du gouvernement, ne diffusant qu’une partie de la vidéo, quelque peu suspecte de communication dictatoriale. Mais peut-être que les services de communication de Carthage ne voulaient pas montrer la réplique de Mechichi, ce qui l’aurait peut-être publiquement dégonflé.

Personnellement, cela me rappelait de pareilles scènes, orchestrées par l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali quand il cherchait  admonester, et même flageller, certains PDG (la plus célèbre avait alors ciblé un ancien DG de la Douane), ou des ministres (et là aussi l’exemple existe en 2009), sans qu’ils puissent s’expliquer et encore moins se défendre. Ben Ali était alors le CHEF, et Saïed donnait l’impression de vouloir l’imiter. D’où le populisme de pur jus de la part d’un chef d’Etat qui se prenait pour président, du gouvernement aussi.

Avec Hichem Mechichi, Kais Saïed a quelque peu dépassé les bornes. Mechichi est un chef de gouvernement, et le sermonner de la sorte et en public revenait à ébrécher encore plus l’autorité de l’Etat, qui n’est plus l’apanage de Carthage, mais du Bardo et de la Kasbah.   

 « Kais Saïed est un mauvais perdant. Il n’accepte pas que le gouvernement Mechichi se transforme en gouvernement politique, et qu’il ne soit plus son gouvernement, après que le parlement le lui a pris d’entre les mains. C’est ce qui explique ses tentatives répétées de démontrer qu’il est l’unique décideur et le seul maître à bord. Il ne comprend manifestement pas que nous ne sommes plus en 2010, et que le processus de la justice a été consommé. Sa position est hautement politique. Celle d’un président anti-régime parlementaire et contre les partis qui soutiennent Mechichi », analyse le député Iyadh Elloumi sur Shems Fm [ar].

Il n’est pas inutile ici de rappeler qu’un différend sur la composition du gouvernement émaillait déjà les relations Mechichi/Saïed, et que ce dernier s’en était déjà pris au chef du gouvernement, certes de manière moins directe, lors de la cérémonie de prestation de serment du gouvernement. Cette fois, Saïed, manifestement mauvais perdant, s’en est pris aux nominations pas encore officielles et pas toutes dans de postes de responsabilité, des conseillers économiques du chef du gouvernement qu’il tenait à prendre pour un simple premier ministre, et encore !

–        Saïed, radicaliste et chasseur de sorcières

Il y a aussi lieu de remarquer que Kais Saïed qui semblait être habité par les démons du CPR et d’El Karama, s’était subitement transformé en chasseur de sorcières de l’ancien régime. « Pour les quelques dernières nominations par vous faites, vous qui étiez dans la commission d’enquête sur la corruption de Feu Abdelfattah Amor, une partie des personnalités sont demandés en justice. Ils ont commis des crimes à l’encontre du peuple, et n’ont donc plus de place dans l’Etat, et ne peuvent y avoir aucune responsabilité. Il y a des noms, des dossiers et PV, avec les parcelles de terrains et des sommes d’argent qu’ils ont spoliés. Ils doivent être traduits en justice », a-t-il ainsi dit, devant un Mechichi qui se contentait de quelques « Eh … Heh ».

Parlant manifestement de Mongi Safra et de Taoufik Baccar, le chef de l’Etat, pourtant constitutionnaliste, oubliait qu’il n’avait pas le droit d’interférer dans les nominations, sauf pour les ministres de la Défense et des Affaires étrangères, et qu’il ne pouvait pas devancer la justice et incriminer des gens avant même la justice. Il l’avoue d’ailleurs lui-même, en disant que « je n’ai pas de jugements rendus ». Et de fait, Mongi Safra avait été blanchi par la justice dans une affaire, et il courrait, peut-être d’autres accusations, non encore officielles, et peut-être tirées du rapport de l’IVD de Sihem Ben Sedrine qui accusait tous les responsables financiers de Bourguiba et de Ben Ali. Auquel cas, Saïed devrait connaître le principe de la non-double peine et qu’on ne peut être jugé deux fois pour le même délit, s’il y en a. Saïed, qui prêchait une réconciliation judiciaire et se proposait d’en faire un projet de loi, se rebiffe et rallie les thèses radicalistes du CPR et d’El Karama. Safra, comme Baccar, n’ont jamais figuré sur la liste des parcelles de terre distribuée par Ben Ali. Et si le 1er s’était rapproché du parti d’Abir Moussi, le second avait participé au programme économique de l’UGTT.

–        Que fera donc Mechichi ?

Sur une radio privée, Iyadh Elloumi a d’ailleurs rappelé au radical dans la peau duquel se montrait subitement le chef de l’Etat, que « Kais Saïed n’a jamais été un grand militant, et n’a jamais fait de prison. Il était casseur de grèves à l’université. Il a été nommé par Sadok Chaabane à Sousse, il a participé au comité de révision de la constitution, pour Ben Ali sur-mesure, et il a mis en place un musée de la constitution et l’avait vendu au ministère de la Culture. Bref, il a été à la solde du régime. C’est un homme, qui avait été voté par Ennahdha, et n’avait apporté que 400.000 de ses voix ».

Reste donc à savoir la réaction du chef du gouvernement. Des sources, non confirmées bien sûr, assurent que ce dernier aurait prestement répondu. Auquel cas, on devrait s’attendre, par exemple, à ce que le chef du gouvernement, soutenu aujourd’hui par Ennahdha qui trouve que les nominations respectaient la Constitution [ar], publie ses nominations sur le Jort (Journal officiel).

Il est vrai que, ce faisant, il approfondirait les divergences entre les deux parties de l’Exécutif, et qu’il pourrait se retrouver dans l’inconfortable position publique d’un chef de gouvernement entre les mains du parti islamiste. Démissionner aussi, en réaction à la remontrance de Saïed, remettrait la boule à zéro et remettrait le sort de La Kasbah entre les mains d’Ennahdha et ses sbires. Se taire et continuer, comme si de rien n’était, impactera négativement son image de chef de gouvernement qui ne peut même pas nommer des conseillers, qui a déjà cédé sur un ministre qu’il avait déjà renvoyé, alors qu’il est appelé à prendre des décisions, plus douloureuses et pour tout un peuple.

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