Présidentielle : Un vaste remue-ménage en cinq séquences !

Présidentielle : Un vaste remue-ménage en cinq séquences !

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Manifestement, le calendrier ponctuant l’élection présidentielle anticipée se déploie tel un métronome, ses séquences s’enchaînant comme le prévoit l’ISIE, c’est-à-dire sans anicroche, bien que le scrutin, prévu initialement le 17 novembre ait été bouleversé de fond en comble par le décès subit de feu Béji Caïd Essebsi, dont l’intérim à la magistrature suprême du pays est assuré par Mohamed Ennaceur.

Par-delà cette transition, le primat de l’élection présidentielle anticipée sur les élections législatives est synonyme d’une antériorité qui aura de « graves » implications politiques et logistiques, estime le Centre Carnegie pour la paix internationale sous la signature de sa spécialiste attitrée de la Tunisie, Sarah Yerkes. Elle explique que « étant donné que de nombreux partis qui présentent un candidat à la présidence se disputeraient également des sièges au Parlement, il était délibéré de tenir les élections présidentielles en premier ». D’autant que le paysage politique tunisien est encombré de plus de 220 partis qui n’ont besoin que de 3 % des voix pour s’offrir une députation au parlement.

Cela signifie qu’aucun vainqueur clair ne sortira des élections législatives, même les partis les plus populaires comme Ennahdha, Qalb Tounès ou Tahya Tounès n’obtiendront probablement pas plus de 25 à 30 % des voix, prévoit Carnegie. Mais avec une élection présidentielle qui se tient en premier, le parti vainqueur pourrait recevoir un gros coup de pouce, et les perdants devront livrer une lutte acharnée pour retrouver leur élan durant le bref intermède qui précède les élections législatives.

Dans cette configuration électorale, de nombreux partis entreront dans la course vers les Législatives sitôt leur candidat à la Présidentielle avait essuyé une déconvenue. En revanche, les listes indépendantes, qui représentent près de la moitié des candidats aux élections législatives, se présenteront à ce scrutin en repartant à zéro.

Les défis logistiques de l’ISIE

Sous l’effet des bouleversements qui ont secoué l’échiquier politique tunisien, l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), se retrouve acculée à organiser des élections deux mois plus tôt que prévu. Et ce n’est pas la première fois qu’elle fait face à pareil imprévu. Par le passé, elle a dû retarder les élections municipales à quatre reprises en deux ans et demi. Le report des élections de deux mois exerce une pression énorme sur l’ISIE pour préparer le matériel électoral et les bureaux de vote, ainsi que sur les observateurs internationaux et nationaux.

Mais il y a aussi l’épisode de l’amendement de la loi électorale qui est resté lettre morte. Le texte y afférent, celui de sa promulgation, n’a pas été signé par le président de la République alors en exercice, Béji Caïd Essebsi. Cela aurait en fait empêché certains candidats de briguer la magistrature suprême du pays, notamment Nabil Karoui, un magnat des médias, rappelle Carnegie qui souligne que le président n’a jamais signé la loi, donc elle n’est pas entrée en vigueur. « Nombreux sont ceux qui, dans la sphère politique, voudraient encore empêcher Karoui et d’autres outsiders politiques de se présenter. Mais comme il ne s’écoule que cinq semaines entre la déclaration des candidats à la présidence et la nouvelle date de l’élection, il y a très peu de temps pour qu’un processus juridique solide permette d’examiner les candidatures des postulants », indique le think tank américain.

Des différences insaisissables !

Ultime gageure liée à cette Présidentielle anticipée, la méfiance massive de l’opinion publique à l’égard du système et des partis politiques. Carnegie rappelle que le taux de participation électorale a chuté de façon spectaculaire à chacune des trois élections postrévolutionnaires.

En changeant l’ordre des élections et en réduisant de moitié la durée de la campagne présidentielle, il y a peu de temps pour instruire et éclairer la lanterne les électeurs sur les différences entre les candidats, et pourquoi il est si important de participer à la deuxième élection présidentielle démocratique du pays, conclut le think tank.

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