Nous évoquions, dans notre édition du 23 septembre 2025, le cas de l’une des rares entreprises publiques qui réalise un chiffre d’affaires en milliards DT, et engrange des bénéfices. Il est vrai que la SNDP (Société nationale de distribution des pétroles), vend la plus incontournable des marchandises que sont les carburants, contrôle presque les 3 quarts du marché. Mais la longue interview de Khaled Bettine contenait bien plus que cela, et évoquait des sujets plus importants.
Le Major des distributeurs de carburants a, par exemple, une dette de plus de 600 MDT auprès de l’unique raffineur de pétrole en Tunisie, la Stir. Mais par un système où l’Etat tunisien qui est le plus grand actionnaire de la Agil Energy SA n’a toujours pas pris les bénéfices reportés ou dividendes non-distribués, la SNDP s’équilibre, sans rien débourser. Question bénéfices, la SNDP en a déjà distribué au titre des exercices 2021, 2022 et 2023 et devrait le faire pour l’année 2024.
Mais le 1er des opérateurs dans la distribution des carburants pourrait faire mieux, si ce n’est la crise qui secoue toute l’économie du pays. « Seul un fort taux de croissance peut nous faire sortir de ce cercle vicieux. Si la richesse se cumule pendant plusieurs années, et que la conjoncture énergétique s’améliore, comme elle l’est depuis quelques temps regardant le prix international du baril qui est relativement à la baisse », estime Khaled Bettine. Il rappelle à ce propos, que « le budget 2025 prévoyait un baril à 77 USD. Il est actuellement à moins de 70 USD, ce qui allège de beaucoup le fardeau de la compensation pour l’Etat tunisien. Et si à cela s’ajoute un très bon taux de croissance économique qui s’accumule et réduit le déficit de la balance commerciale, c’est là qu’on pourra dire que la Tunisie sortira de la crise ».
– Il n’y aura pas cette année d’augmentation des prix, ni de pénurie de carburants
Interrogé sur la possibilité, ou la probabilité, d’une hausse des prix des carburants en 2025, il répond que « étant déjà en septembre et que les prix internationaux sont encore en baisse, je ne crois pas qu’il y ait augmentation cette année. Rien de tel n’a été budgétisé pour 2025. Peut-être l’année prochaine, mais rien n’est encore sûr ».
Ila été interrogé ensuite sur une possible diminution des prix des carburants, comme il avait été promis par d’anciens gouvernements tunisiens, en application du mécanisme de régulation des prix locaux selon les prix internationaux. « Cet instrument a été en fait abandonné, car impossible à appliquer dans une situation de déséquilibre des finances publiques, et qu’on n’a pas encore les moyens financiers pour bien approvisionner le pays en pétroler et nous constituer un stock de sécurité stratégique. Et d’ailleurs, il est bon ici de rappeler que les prix des carburants sont bloqués depuis novembre 2022, « conformément à la politique sociale de Mr. Le Président de la République ». Le blocage est une décision politique. Et je rappelle qu’en 2023, les prix locaux n’ont pas changé, malgré un prix du baril à quelque 80 USD et plus, avant de retomber ». Pour lui, « il est préférable de ne, ni augmenter, ni baisser nos prix en attendant de voir comment évolue la conjoncture internationale pour cette commodité très vulnérable à la conjoncture géopolitique ».
Et Khaled Bettine, qui est par ailleurs un ancien haut cadre de Etap (Entreprise tunisienne des activités pétrolières) d’explique en expert, que les deux dernières guerres, celle de l’Ukraine et de l’Iran, n’ont eu aucune incidence sur les prix du pétrole « car il y avait une plus grande offre sur le marché pétrolier, combiné à une stagnation économique mondiale ».
– Les 5 opérateurs disposent du stock de sécurité qui évitera les pénuries d’essence
A la question de savoir si la Tunisie dispose d’un stock de sécurité énergétique qui la mettrait à l’abrs de toute hausse soudaine des prix internationaux qui l’obligerait à des achats inattendus pour une économie en crise financière, le PDG de la SNDP annonce que « la Tunisie dispose d’un stock de sécurité de produits finis, qui oblige les cinq opérateurs de distribution des carburants, et qui couvrirait environ 45 jours de consommation locale ». Et d’ajouter que « la Tunisie a des fournisseurs internationaux, avec des contrats en béton, et qui lui font, et à la STIR (Société tunisienne des industries de raffinage) confiance, car solvable, même si elle paie quelques fois en retard ».
Fin communicateur, Bettine termine ce chapitre en assurant que « aujourd’hui, notre pays bénéficie d’une stabilité, politique et sociale, inédite depuis déjà, plus de deux ans, sans pénuries, ni rareté de produits ». Le PDG de la SNDP concède cependant que la consommation des carburants augmente, « mais nous la contrôlons par l’importation », en assurant que « les ventes des cinq opérateurs assurent les liquidités nécessaires à l’importation, dans un équilibre certes fragile, en étroite coopération avec la STIR pour assurer la sécurité à tous les secteurs économiques ».
– Du pétrole et gaz de schiste à Borj El Khadhra et en grandes quantités, mais … !
On lui pose alors une question, pratiquement sur toutes les lèvres des Tunisiens : pourquoi en effet la Tunisie, quoique petit producteur de pétrole, exporte sa production en pétrole, et en importe toujours et en grandes quantités ? « Nous produisons du Brut, dont une partie est vendue à la Stir, et l’autre exportée. Nous importons du Brut, en essayant de tirer parti des variations de prix. Combiné à des quantités du pétrole de l’Etap, le pétrole de la Stir est raffiné pour les besoins locaux ».
Mais cela ne couvre point la consommation locale. Le déficit est alors comblé par l’importation, et l’avenir apporterait même une bonne nouvelle pour la Tunisie.
« La Tunisie n’est pas un pays producteur de pétrole. Notre production a même diminué au cours des dernières années et les prospecteurs ne se bousculent pas au portillon. En Tunisie, il y a cependant des signes de l’existence d’un autre type de carburant, comme le pétrole et le gaz de schiste, au Sud tunisien, à Borj El Khadhra plus précisément, et en assez grandes quantités selon certains rapports d’experts étrangers. Cela demandera d’énormes investissements, et d’abord forer des puits pilotes pour évaluer les réserves disponibles. Et tout cela n’a pas encore été fait », assure en effet le PDG de la SNDP.
– La SNDP gagne de l’argent et investit. Mais en quoi ?
Il s’agit, soit de nouveaux kiosques, et ils ne sont pas tous gérés par des privés. Ces plateformes de distribution, au nombre total de 227 et surtout celles sur l’autoroute, sont en effet gérées par la société SAGES (Société Agil de gestion et services) qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 180 MDT pour un RN de 1 MDT par an) qui est filiale à 99 % de la SNDP. Elle gère 20 kiosques, dont les kiosques Agil des grands carrefours routiers. La SNDP investit aussi, dans l’équipement des kiosques, la maintenance des dépôts de kérosène dans les différents aéroports. Mais aussi, l’investissement dans le gaz en bouteilles, l’importation des huiles de base.
– Tout est prêt pour un hiver au chaud, avec plus de bouteilles produites, ou importées
Et là, une question s’impose. Celle de savoir si la SNDP est prête pour l’hiver et la montée en puissance de la consommation du gaz en bouteilles pour le chauffage. En réponse, sereinement, Khaled Bettine assure être prêt, et augmenter même la production en bouteilles de gaz liquéfié par deux lignes à Bizerte et Gabès, pour renforcer les deux lignes de production à Radès, et aussi de remplacer la 3ème ligne détruite en 2024 par un incendie. La SNDP est dotée d’une capacité de stockage de 8.000 tonnes à Radès, et 12 mille autres à Gabès, en plus de Bizerte, et les deux autres opérateurs privés, assignés eux aussi à la réserve de sécurité. « Pour le reste, tout le secteur est fin prêt pour un hiver au chaud, avec des contrats d’importations signés, notamment avec l’Algérie, pour une moyenne annuelle de l’équivalent 20 mille tonnes en bouteilles ».
– La recharge des véhicules électriques sera un service dont le prix varierait selon les régions
La décarbonation rampante du transport nécessite aussi des investissements de la SNDP. Et déjà, sur les 227 kiosques de carburants, la SNDP en a équipé 8 en bornes de recharge électrique pour les véhicules, et devrait bientôt lancer un appel d’offres pour 30 35 autres bornes pour début 2026. Pour l’instant, la recharge de votre véhicule est gratuite dans les kiosques Agil. « Le prix de la recharge électrique n’a pas été fixé, pour cause de vide juridique régulant ce nouveau secteur. Des discussions sont en cours avec la Steg et la DG des hydro carburants au ministère de l’Industrie, des mines et de l’énergie, et la tendance est d’assimiler la recharge électrique à un service payant forfaitaire, dont le prix pourrait être différent d’un kiosque à l’autre et d’un brand à l’autre, et non en nombre de kilowatts. « Et pour rester concurrentielles, les stations-service de la SNDP, seront munie d’énergie solaire et pourquoi pas de l’hydrogène vert, et ce sera le plus gros de l’investissement pour la quinquennie 2026-2030 », conclut Khaled Bettine, PDG d’une SNDP qui change !








