AccueilLa UNEQuand la révolution tourne au capharnaüm…à tous les étages !

Quand la révolution tourne au capharnaüm…à tous les étages !

Toute réflexion faite, l’An VIII de la Révolution s’est terminé pire que l’An I du même nom. Le constat est brutal, mais résume le ressenti quasi général des Tunisiens qui, au lendemain d’un certain 14 janvier 2011, se sont pris à tirer des plans sur la comète. Car en se dessillant, au fil des années, leur conviction, adossée aux faits,  s’était forgée qu’il n’y avait plus grand-chose à espérer de ce qui était réputé être une révolution au sens où elle a vocation à changer en bien leur vécu et celui de leurs enfants, les jeunes d’aujourd’hui.

Sauf à noter que c’est à l’échelle des libertés publiques et d’un tantinet de démocratie que des dividendes ont été engrangés, le reste, tout le reste, n’a été qu’une succession ininterrompue de déboires et de mécomptes, nourrissant une frustration d’autant plus dévastatrice qu’elle touche de plus en plus de citoyens qui se recrutent notamment parmi les classes moyennes, sans parler des couches démunies qui ont vu leur dénuement prendre encore plus d’ampleur. Chômage endémique, disparités régionales toujours aussi criantes, enseignement à vau-l’eau, hôpital public à bout de souffle, inflation galopante, dinar parti en vrille, avec toujours à la clé une corruption érigée en sport national. Autant de symptômes qui gangrènent presque tous les compartiments de la vie économique et sociale.

L’Etat dynamité

Un diagnostic en maints points néfaste dont la responsabilité est le fait de tous mais plus encore d’une classe politique qui a apporté, dès l’abord, la preuve irréfragable de son incompétence à tous les étages du pouvoir. Dans cette pyramide, les gouvernements qui se sont relayés dès l’aube de la Révolution se sont offert pour ainsi dire le beau rôle en dynamitant l’Etat tel qu’il fonctionnait au travers de décisions et de mesures qu’ils pensaient de salut public mais qui, en fait, dépossédaient ses rouages de leur essence première, à savoir la puissance publique, cette autorité qui fait que les lois soient appliquées, que les devoirs des uns et des autres soient accomplis et les droits soient sauvegardés. Pour y avoir failli, ces gouvernements ont créé un vide tout à fait propice à toutes les dérives et à tous les excès de différents ordres, où se sont engouffrés terroristes, contrebandiers, criminels de tout acabit, mettant sérieusement à mal la tranquillité publique, la saine ordonnance de l’économie et la cohésion sociale.

Des solutions bancales

Des gouvernements dépourvus de la moindre vision et ipso facto des mécanismes qui pourraient y suppléer si primaires soient-ils. Des gouvernements bons, à la toute rigueur, à expédier les affaires courantes, maîtres en génie de replâtrage et de solutions bancales portant en germe des crises et des problèmes encore plus néfastes. Un pouvoir exécutif aussi qui est  frappé d’une impéritie totale s’agissant de la gestion de la chose publique, incapable de prévoir, de se projeter dans l’avenir et d’arbitrer entre ce qui doit être fait et ce qui ne doit pas l’être, le tout dans une improvisation qui le dispute âprement à l’amateurisme. Il est frappant de rappeler à cet égard que ce qui était censé être un Plan de développement quinquennal n’a jamais vu le jour, non seulement parce qu’il a été élaboré dans des conditions suspectes, mais surtout parce ce qu’il n’avait pas prise sur la réalité des choses et auquel manquait cruellement le nerf de la guerre.

L’art de « trop demander »

L’une des icônes de la révolution  française, Mirabeau, s’est fendu d’une saillie qui n’a rien d’une boutade où il disait que « le meilleur moyen de faire avorter la révolution, c’est de trop demander». Un exercice où les Tunisiens ne semblent pas y aller de main morte, comme l’illustre cette explosion de revendications, avec son cortège de mouvements de protestation, de grèves, de sit-in, de manifestations, que toutes les élites politiques, y compris le gouvernement, trouvent avec une imperturbable constance « légitimes ». A telle enseigne que, à chaque fois,  ces « modes d’expression » reprennent de plus belle avec le soutien indéfectible des défenseurs des droits de l’Homme. Résultat des courses : de très nombreux secteurs de l’économie nationale sont périodiquement frappés de paralysie, pour une raison ou pour une autre. Et les gouvernements, le plus souvent, capitulent sans autre forme de procès.

La démocratie, mais encore !

Dans cet indescriptible capharnaüm postrévolutionnaire, figure naturellement en bonne place l’échiquier politique avec plus de 200 partis politiques, et le compteur ne devrait pas s’arrêter là. Mais ce n’est pas  cette outrance arithmétique qui fait problème; c’est surtout l’exercice qu’ils livrent, et pour être précis ceux qui passent pour les prépondérants d’entre eux, nommément Ennahdha et Nidaâ Tounès. Deux formations politiques sorties tout droit des urnes pour gouverner et appliquer les programmes électoraux pour lesquels elles  ont été élues, mais qui, à l’exercice, en ont  fait voir de toutes les couleurs et couleuvres à leurs électeurs et surtout à presque tous les Tunisiens, gagnés par la lassitude au point d’avoir de moins en moins de raisons d’aller voter de nouveau. Ils y sont incités par une loi électorale, un bric-à-brac sur mesure et une constitution qui a montré toutes ses limites et donné lieu à toutes les inhibitions.

Un coup dur pour la démocratie que l’on célèbre sur tous les toits mais qui est de nul effet sur le vécu des Tunisiens et sur leur devenir, au moins proche.

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