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Quatre experts internationaux jugent la capacité de Najla Bouden de se tirer d’affaire

Dans la foulée de la proclamation de l’état d’exception, le président de la République. Kais Saied, a nommé  une cheffe du gouvernement en la personne de  Najla Bouden,  ancienne professeure de géologie, n’ayant que peu ou pas d’expertise en matière de politique et aucune affiliation politique. Un choix  qui a fait sourciller les experts qui soupçonnent Saied de vouloir simplement distraire la communauté internationale en nommant la première femme  à la tête du gouvernement  en Tunisie, estime l’Initiative Afrique du Nord du Conseil atlantique  qui a posé  à une brochette d’experts une série de questions sur la capacité du gouvernement en place à relever les défis.

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Les négociations avec le FMI

La nomination de la nouvelle cheffe du gouvernement était attendue et constitue une bonne nouvelle, a souligné Annabelle Houdret, chercheuse senior à l’Organisation de la Commission d’étude euro-méditerranéenne (EuroMeSCo) en Espagne. La reprise des négociations avec le FMI nécessitera des engagements fermes en matière de réformes afin de restaurer la confiance des investisseurs  internationaux et des institutions financières. De telles réformes ne peuvent toutefois pas être mises en œuvre sans le soutien populaire, qui dépend de l’atténuation des effets négatifs potentiels sur la pauvreté, la marginalisation et la confiance politique. Il est donc urgent de restaurer la confiance dans le système politique et ses acteurs.

La Tunisie a besoin de toute urgence d’une vision commune et d’un nouveau contrat social. Le retour  du parlement élu comme base de développement d’un tel contrat social serait une première étape fondamentalement importante pour restaurer la confiance dans le système politique et, par là même, dans l’économie tunisienne, y compris dans ses négociations avec le FMI.

Le dialogue socio-économique

L’amélioration des conditions économiques et sociales en Tunisie nécessite bien plus qu’un nouveau gouvernement ou une nouvelle législature, estime Elie Abouaoun, directeur des programmes pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’Institut américain pour la paix. S’il est vrai que le système politique de l’après-2011 a fait plus de mal que de bien à l’économie et, par conséquent, a conduit à une nouvelle détérioration des conditions sociales, il n’en reste pas moins que les problèmes de la Tunisie proviennent de l’échec du modèle économique mis en place il y a soixante ans, aggravé par la méfiance de la population envers les institutions de l’État.

La priorité de Najla  Bouden doit être d’instaurer  un dialogue socio-économique national impliquant tous les segments de la société, tels que les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les secteurs professionnels et la société civile. Ce dialogue doit également être inclusif sur le plan géographique afin de ne pas aggraver le fossé entre les zones côtières plus développées et les régions intérieures marginalisées du pays. Un dialogue permettrait au nouveau gouvernement de commencer par rétablir la confiance du public et d’obtenir l’adhésion aux réformes douloureuses qui sont indispensables à tout plan de redressement.

Les dangers qui guettent la démocratie

Ces dernières années, les Tunisiens ordinaires ont souffert d’une élite dirigeante librement élue mais incapable d’utiliser la démocratie pour améliorer leurs conditions de  vie. Malheureusement, la réponse du président « outsider » Kais Saied à cette crise a été de renvoyer le parlement, de s’accorder des pouvoirs incontrôlés et de diaboliser ses détracteurs, souligne Amy Hawthorne, directrice adjointe de la recherche au Project on Middle East Democracy (POMED). Après avoir piétiné la constitution de 2014, Saied veut imposer son propre système, probablement avec une présidence surpuissante, une législature soumise et un pluralisme timoré. Le fait que, jusqu’à présent, Saied bénéficie d’un soutien populaire et s’est abstenu de toute répression généralisée, ne doit pas occulter cet assaut manifeste contre la démocratie, ajoute-t-elle.

Avec ses idées ésotériques, son dédain pour les autres acteurs, ses promesses économiques et de lutte contre la corruption  dans doute irréalistes, et sans structure politique derrière lui, la tentative de Saied pourrait s’effondrer. Mais la démocratie serait toujours en grande difficulté. De nombreux Tunisiens se sont détournés de la politique, les partis sont discrédités, la société civile est fragmentée et le ministère de l’Intérieur, n’a pas été réformé. Alors que Saied a rétabli le régime unipersonnel et gravement érodé les normes démocratiques, la communauté internationale est restée largement silencieuse. Tout cela pourrait ouvrir la voie à un autocrate plus expérimenté et impitoyable pour remplacer Saied et réussir à ressusciter l’État policier, avertit la chercheuse.

La crise économique

Bien que le Président Saied reconnaisse la nécessité de stabiliser l’économie et de s’attaquer au taux de chômage élevé exacerbé par la pandémie, il n’est pas bien placé pour relever les défis économiques de la Tunisie, fait remarquer Sarah Yerkes, chargée de recherche à la Fondation Carnegie pour la paix internationale. Et bien qu’il se soit engagé à lutter contre la corruption endémique qui continue à gangrener le pays une décennie après la révolution, jusqu’à présent, l’approche de Saied pour lutter contre la corruption a largement consisté à accuser ses adversaires politiques de corruption et à arrêter ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Il ne semble pas avoir de plan clair sur la façon de gérer l’économie et ses tendances autoritaires ne font pas grand-chose pour apporter la stabilité dont la Tunisie a besoin pour encourager la croissance du secteur privé. De plus, la nomination de Bouden au poste de Premier ministre – un géologue sans formation économique et avec peu d’expérience gouvernementale – ne suggère pas que Saied s’entoure du type d’expertise qui l’aiderait à trouver un moyen de sortir de la crise économique actuelle.

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