Rencontré en marge des « Journées de l’entreprise », l’économiste Radhi Meddeb a accordé à Africanmanager une interview exclusive dans laquelle, il a alerté contre la détérioration du déficit commercial de la Tunisie, qui a pour conséquence d’accélérer la dégradation de l’endettement du pays, ainsi que sa notation souveraine. Interview :
Plusieurs experts et institutions financières notamment la Banque centrale de Tunisie (BCT) ont alerté contre le dérapage du déficit commercial de la Tunisie, Qu’est-ce vous en pensez ?
Le déficit commercial est structurel en Tunisie et a toujours existé, mais ce qui est inquiétant aujourd’hui, c’est son dérapage profond qui a atteint, aujourd’hui, des niveaux que nous n’avions jamais connus auparavant.
Le déficit commercial risque, aujourd’hui, si les choses devaient continuer sur le même rythme, d’avancer à la fin de l’année avec un total de 14 milliards de dinars, soit 18% du PIB, ce qui est absolument insupportable.
Quels sont, selon vous, les raisons de ce dérapage ?
C’est pour la simple raison qu’on importe beaucoup trop et on exporte beaucoup peu. Et nous exportons peu parce que nous produisons moins du fait que ne nous travaillons plus.
Nous importons beaucoup trop et l’évolution des prix jusque-là sur le marché international ne nous a pas aidés. De même, l’évolution du dinar par rapport aux monnaies d’importation qui sont le dollar et l’euro ne nous ont pas aidés, non plus.
Quels sont les conséquences prévisibles de l’approfondissement du déficit commercial ?
Les conséquences sont simples ! Il va falloir toujours emprunter pour couvrir nos besoins sachant que le déficit commercial peut être corrigé en partie par les mouvements de capitaux liés à la balance de paiements. Néanmoins, ces mouvements de capitaux globaux même s’ils sont positifs (rentrées touristiques, les revenus des travailleurs tunisiens à l’étranger), le déficit courant reste, quand même, extrêmement important que ne nous pourrons couvrir qu’à travers l’endettement extérieur qui, malheureusement, va servir les biens de consommation que d’équipement, ce qui va dégrader de plus la situation du dinar par rapport au monnaie d’importation.
Cela aura aussi pour effet de dégrader davantage l’endettement de la Tunisie, sa notation souveraine et laisser, par conséquent, à nos enfants le soin de rembourser à long terme ce que nous avons consommé sur le court terme, et cela n’est ni simple ni durable.
Qu’est-ce que vous proposez comme solutions à ce problème ?
Il faut se remettre au travail et faire preuve de responsabilité en termes d’exploitation. On ne peut pas continuer à dilapider une ressource rare et chère qui est la devise pour des importations qui ne correspondent pas à nos besoins.
Il va falloir plus de libéralisation du dinar de manière à ce que les importateurs soient responsables de la devise dont ils doivent disposer pour financer leurs exportations.
On ne peut pas continuer à importer impunément pendant que la devise est en quantité limitée sur le marché.
Est-il possible, aujourd’hui, de parler d’une reprise ?
Nous sommes encore dans une période d’attentisme. Nous espérons que le processus de transition politique en cours se terminera et que nous aurons un nouveau gouvernement en place pour espérer voir les choses démarrer.
Il y a plusieurs éléments dans la reprise dont principalement un effet psychologique puisque l’investissement et la prise du risque sont psychologiques, d’où l’exigence d’un environnement favorable.
Nous espérons qu’avec la stabilisation des institutions, la mise en place d’un gouvernement, la libéralisation des énergies et la reprise des investissements locaux et étrangers, la vision sera plus claire.
Toutes les études montrent qu’aujourd’hui, le potentiel de croissance en Tunisie est limité mais il y a quand même le plafond de verre qui se situe à 4,9% par an. Ce plafond de verre (NDR : frein invisible) nous l’atteignons bien que nous soyons, aujourd’hui, loin puisque nous faisons seulement 50% de ce plafond avec un rythme de 2% par an. Et même si on l’atteignait, il reste insuffisant puisqu’il ne permettrait pas de créer plus de 70 mille emplois par an étant donné que la demande additionnelle en termes d’emploi est de 80 mille postes par an.
Non seulement, nous n’aurons pas pu répondre à la demande additionnelle d’emplois, mais aussi nous n’aurons aucune chance pour s’attaquer au stock de chômeurs que nous avons aujourd’hui.
Les modalités pour relever ce plafond de verre sont simples mais il sera difficile de mettre en œuvre. D’immenses chantiers tous azimuts sont en attente, tels que la réforme du secteur bancaire, de la fiscalité, du code de l’investissement, du système de sécurité sociale et de prévoyance, des entreprises publiques et de l’administration. Khadija Taboubi








