Une analyse exclusive, mais certes pas complète car certains grands groupes restent invisibles, des données financières de l’exercice 2025 révèle des niveaux de distribution de dividendes historiques parmi les principales banques de la place de Tunis. Si la BIAT consolide sa position de leader en volume global, c’est un actionnaire d’Attijari Bank qui capte le plus gros montant individuel. L’État tunisien, via la BNA, reste un bénéficiaire significatif. Décryptage des flux financiers qui irriguent l’économie.
La saison des assemblées générales ordinaires s’achève sur un constat sans appel : le secteur bancaire tunisien se porte bien et le fait savoir à ses actionnaires. Selon une compilation de données financières portant sur l’exercice 2025, des centaines de millions de dinars tunisiens (MDT) ont été injectés dans l’économie sous forme de dividendes, témoignant de la résilience et de la rentabilité des établissements de crédit, en dépit d’un contexte macroéconomique complexe.

– Le trio de tête de la distribution
Sans surprise, la Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT) trône au sommet du classement en termes de volume global distribué. Avec une enveloppe totale de 244,8 MDT, la BIAT injecte une masse de liquidités considérable. Cette performance repose sur un dividende par action fixé à 6,000 DT.
Juste derrière, Attijari Bank confirme sa puissance de frappe financière. L’établissement a distribué un total de 176,4 MDT, sur la base d’un dividende unitaire de 4,200 DT par action. En troisième position, Amen Bank complète ce podium. Bien que les données reposent sur une hypothèse de distribution (avec une proposition de 3,600 DT par action), le montant total estimé s’élève à 125,7 MDT, marquant une hausse significative de plus de 9% par rapport à l’exercice précédent.
D’autres établissements, comme la Banque de Tunisie (BT), la BNA, l’UIB et l’UBCI, ont également contribué à cette dynamique, avec des montants distribués oscillant entre 26 MDT et 94,5 MDT. Seule ombre au tableau : la STB a annoncé ne pas distribuer de dividende pour cet exercice.

– Concentration et captation majoritaire : l’analyse des flux
L’analyse détaillée de la structure de l’actionnariat révèle une forte concentration du capital au sein des grandes banques privées. C’est Andalou Carthage Holding, le partenaire stratégique d’Attijari Bank, qui réalise la plus grosse captation individuelle de dividendes de la place, avec un chèque de 100,9 MDT, soit près de 57% du total distribué par la banque. Cela, sans compter les effets financiers directs des conventions d’assistance. Une certaine attention est aussi à porter à la véritable, et relativement secrète car indirecte, composition de l’actionnariat d’Attijari Bank comme l’ancienne SNI ou actuelle « Al Mada », pour voir où le dividende va, même en partie !
À la BIAT, le Groupe Mabrouk confirme son rôle central et structurel en Tunisie, tant en commerce qu’en industrie, ou même en mécénat, et en BTA voire en prêts en devises. En captant près de 95 MDT, soit environ 39% de l’enveloppe globale de la banque, le groupe se positionne comme le premier bénéficiaire privé de dividendes de la BIAT. La concentration est telle qu’à la BIAT, les quatre principaux groupes d’actionnaires concentrent à eux seuls près de 72% des dividendes distribués.
Cette tendance est moins marquée à la Banque de Tunisie (BT), où la Banque Fédérative du Crédit Mutuel (35,33% du capital) capte environ 33,4 MDT.
– L’État tunisien, actionnaire de référence à la BNA
Dans ce paysage majoritairement privé, l’État tunisien conserve un rôle d’actionnaire de référence, notamment via la Banque Nationale Agricole (BNA). Sur une distribution totale de 70,4 MDT, l’État a perçu 24,8 MDT de dividendes bruts en 2025. L’Etat tunisien est aussi actionnaire majoritaire à la STB qui décide de ne pas distribuer de bénéfice, et à la BH Bank qui n’a pas encore décidé du montant des dividendes à distribuer. Les trois sont de forts soutiens au budget de l’Etat tunisien et son budget, notamment en BTA et BTC.
– Les minoritaires (<5%) : une part non négligeable
Si les grands groupes captent la majorité des flux, les petits porteurs et les actionnaires détenant moins de 5% du capital ne sont pas en reste. À la BNA, par exemple, ce segment capte collectivement la majorité des dividendes (45,6 MDT). À la BIAT, ils reçoivent plus de 69 MDT. Au total, la distribution aux actionnaires minoritaires représente plusieurs dizaines de millions de dinars injectés directement dans l’épargne et la consommation des ménages.
– Enjeux et perspectives
Cette distribution massive de dividendes en 2025 envoie un signal fort de confiance sur la santé financière du secteur bancaire tunisien. Elle pose néanmoins la question de l’équilibre entre la rémunération du capital et le renforcement des fonds propres, crucial dans un environnement économique incertain. Pour l’heure, les actionnaires, qu’ils soient grands groupes stratégiques ou petits épargnants, profitent pleinement de cette année faste, et il ne fait aucun doute que ces montants seront réinvestis pour soutenir la reprise économique de la Tunisie et la création de plus d’emplois.
– Analyse des participations étrangères et de la sortie de dividendes en devises
L’analyse de la structure de capital de plusieurs banques tunisiennes cotées (comme l’UIB, la BT, l’UBCI ou Attijari Bank) révèle une part significative, voire majoritaire, détenue par des investisseurs étrangers. Cette situation a un impact direct sur la balance des paiements :
· L’UIB (Union Internationale de Banques) : Détenue à 52,34 % par la Société Générale (France).
· La BT (Banque de Tunisie) : La Banque Fédérative du Crédit (France) est l’actionnaire de référence avec 35,33 %.
· L’UBCI (Union Bancaire pour le Commerce et l’Industrie) : Bien que le Groupe Carte soit devenu majoritaire, la BNP PARIBAS conserve une participation de 11,09 %.
· Attijari Bank : Contrôlée par Andalou Carthage Holding (57 %), filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank.
– Conséquences sur la sortie de devises
Mécanisme de rapatriement : Lorsque ces banques réalisent des bénéfices et distribuent des dividendes, la part revenant aux actionnaires étrangers (Société Générale, Crédit Mutuel, BNP Paribas, Attijariwafa Bank) doit être convertie en devises étrangères (Euros, Dirhams marocains, etc.) avant d’être rapatriée.
– Impact sur les réserves de change
Cette conversion s’effectue sur le marché des changes interbancaire tunisien et pèse sur les réserves de change de la Banque Centrale de Tunisie (BCT). Dans un contexte de pression sur le dinar et de déficit courant, ces sorties de devises constituent un enjeu de suivi important pour les autorités monétaires.
– Arbitrage nécessaire
La BCT doit arbitrer entre l’attractivité du secteur pour l’Investissement Direct Étranger (IDE) — qui nécessite la garantie de rapatriement des bénéfices — et la préservation des équilibres extérieurs du pays. L’IDE bancaire apporte du capital et de la technologie, mais génère un coût récurrent en devises via les dividendes.








