Le 10 avril 2026, les représentants du ministère des Affaires sociales se sont réunis avec la commission parlementaire de la santé pour discuter de la réforme des caisses sociales. Le ton était lucide sur les difficultés, mais prudent sur les solutions.
– Un déficit incontestable
Le constat initial est sévère. Les caisses sociales, dont la CNSS, la CNRPS et la CNAM, accumulent un déficit annuel estimé entre 2 et 3 milliards de dinars par les députés, sans contestation de la part du ministère. Ce déficit est causé par plusieurs facteurs, notamment le vieillissement de la population, le rapport actifs/retraités qui se dégrade, l’explosion du secteur informel, la fraude aux cotisations et la facture médicaments qui augmente en raison de la dépréciation du dinar. Actuellement, seulement 60 % de la population active bénéficie d’une couverture sociale.
– Trois objectifs, mais pas de choix définitif
Le ministère a fixé trois objectifs : élargir la couverture sociale, améliorer la qualité des prestations et rétablir les équilibres financiers des régimes. Cependant, aucune décision n’a encore été prise sur la manière d’atteindre ces objectifs. Trois scénarios sont à l’étude : la fusion de toutes les caisses en une structure unique, la réforme de chaque caisse séparément ou la création de passerelles entre les régimes. Ces options sont actuellement évaluées en fonction de leur faisabilité technique, leur viabilité financière et leur niveau de risque.
– La méthode : rapidité, efficacité et coût minimal
Les représentants du ministère ont défini leur approche en fonction de quatre critères : rapidité, efficacité, coût minimal et flexibilité. Cela implique une restructuration simultanée des régimes, de leurs structures de gestion et de leurs modes de financement, ainsi que la mise en place d’un cadre législatif plus complet, qui prend en compte les conventions internationales.
– Les chantiers transversaux : lutte contre la fraude, numérisation et secteur informel
Au-delà de la réforme des caisses sociales, le ministère a identifié plusieurs réformes d’accompagnement importantes. Il s’agit de renforcer les inspecteurs du travail pour lutter contre la fraude et l’évasion sociales, de relancer le recouvrement des cotisations impayées sans fragiliser les entreprises, de numériser les services et le suivi des cotisants, et de trouver des formules adaptées pour les travailleurs du secteur informel, afin de les intégrer progressivement au système avec des contributions modulables.
– La prévention comme variable d’ajustement
Pour réduire les dépenses de santé, les représentants ont insisté sur l’importance de la prévention sanitaire, qui est actuellement négligée. L’idée est simple : moins de malades chroniques mal suivis en amont signifie moins de soins coûteux à financer en aval. Le ministère a également réaffirmé que les réformes ne toucheront pas à la protection des catégories vulnérables, qui est un pilier du modèle redistributif tunisien.
– Un chantier politique et technique
En filigrane de cette intervention, un message a été adressé au Parlement : cette réforme ne peut pas être menée à bien par le seul ministère des Affaires sociales. Elle nécessite une approche globale, qui prend en compte les politiques de l’emploi, de la fiscalité et de la croissance, ainsi qu’un accord avec les partenaires sociaux. Les études sont en cours, les simulations financières sont attendues, et les arbitrages n’ont pas encore commencé.








