AccueilLa UNERenvoyer ministres, DG et Gouverneurs, résoudra-t-il les problèmes?

Renvoyer ministres, DG et Gouverneurs, résoudra-t-il les problèmes?

Tous avaient été nommés par lui-même. Tous ont été renvoyés par lui-même aussi, sans qu’on ne connaisse, ni les critères de ses choix pour les adouber, ni les raisons de sa colère pour les renvoyer, parfois improprement et sans même les prévenir, comme pour le cas du Gouverneur de Sfax. Kais Saïed est le chef de tout l’Etat, et il a toujours tout fait tout seul, de la Constitution au Code électoral, en passant par le coup du 25 juillet 2021. Saïed avait aussi révoqué, seul en juin dernier, 57 magistrats sous l’accusation de corruption et entrave à des enquêtes.

  • 1er limogeage dans le gouvernement de Najla Bouden

Désormais ex ministre du Commerce, Fadhila Rebhi est la 2ème ministre de ce Département à être congédiée depuis octobre 2021 après le renvoi de Mohamed Boussaid, et la 1ère dans le gouvernement Bouden.

Avec le départ de cette ancienne directrice des recherches et de la concurrence économique au sein du ministère du Commerce et au sein de l’Institut National de la Consommation (INC) qu’avait été Rebhi dans une autre vie, il s’agit du premier limogeage d’un membre du gouvernement de Najla Bouden. Mais pas le 1er par Saïed qui avait, dès août 2021, limogé Ali Kooli et Fadhel Kraiem des ministères des Finances et des TICs avant la constitution du gouvernement Bouden. Pour les remplaçants, la 1ère lui fait ses décrets de finances, et le second lui a fait son « Istichara ».

Deux femmes du Cabinet Bouden avaient auparavant  sauvé leur peau, même si, comme du temps de Bourguiba et de Ben Ali, en Tunisie, on ne démissionne pas, on est toujours démis de ses fonctions. 

Aida Hamdi avait présenté, en février 2022, sa démission du poste de SE auprès du MAE en charge des TRE, et sa démission a été acceptée en mars avec effet rétroactif pour le 1er février.

Akissa Bahri, proposée au poste du ministre de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche, a occupé les fonctions de secrétaire d’État chargée des ressources hydrauliques dans le gouvernement sortant d’Elyes Fakhfakh, a été par la suite nommée conseillère auprès de la chef du gouvernement Najla Bouden en 26 octobre 2021. Le 30 mai 2022, un décret présidentiel met fin à ses fonctions. Disposant pourtant d’un actif de 40 ans de carrière et reconnue comme une des plus éminentes expertes internationales des ressources hydrauliques, on lui en aurait voulu alors d’être pure francophone, comme le rapportait alors le site « francetunisieinfo ». Une accusation qui finira par la pousser à démissionner dans le silence.

  • Pourquoi Rabhi a-t-elle été limogée ?

Les derniers limogeages n’ayant pas été expliquées et motivées, la course est vite engagée pour s’en octroyer le mérite. Et comme pour le bœuf dont le mort multiplie le nombre de couteaux, c’est Imed Daimi de l’observatoire « Raqaba » qui annonce avoir porté plainte « contre de hauts responsables du ministère du Commerce, des membres de l’OCT et un homme d’affaires » les accusant d’ « entente délictuelle pour réaliser des profits, et de conflit d’intérêts » causant la pénurie de sucre.

En novembre 2022, Daimi avait écopé de 8 mois de prison, dans l’affaire de la plainte déposée à son encontre, par l’UGTT, pour diffamation et fausses accusations. En novembre 2022 aussi, il avait écopé, déjà, d’une amende de 5 mille dinars au profit du demandeur dans cette affaire, qui est l’avocat et militant politique Mabrouk Korchid.

Le 28 février 2020 sur sa page fb, Raqaba annonçait avoir déposé plainte auprès du pôle financier contre Tunisie Autoroutes, dont le Pdg était Badreddine Lahbaiel. Après plus de 2 ans en prison, ce dernier a été laissé en liberté dans l’attente du procès, preuve peut-être que la justice a pu démêler le vrai du faux dans cette accusation.

  • Ce qui est le plus probable

L’explication la plus probable est cependant la dernière hausse de l’inflation à 10,1 % et les 0,7 % d’augmentations des prix à la consommation, en décembre 2022 (hausse prix des œufs de 38,9%, des viandes ovines de 26,3%, des huiles alimentaires de 22,8%, des viandes bovines de 19,5 et des légumes frais de 17,2%). Kais Saïed avait toujours accusé les circuits de distribution, dont le contrôle est du ressort du ministère du Commerce. Peut-être Rabhi y avait-elle échoué et devait ainsi être tenue pour responsable, en tant que bouc émissaire ou victime expiatoire du chef de tout l’Etat.

La vérité des hausses, des prix et de l’inflation, est cependant ailleurs, et le chef de tout l’Etat en a toujours été informé par Fadhila Rebhi, qu’il avait reçue en audience 8 fois depuis février, dont 2 fois au même mois d’août 2022, et la dernière le 24 novembre 2022.

La vérité des prix est surtout dans les incidences répétées de presque toutes les matières premières à l’échelle internationale, sur les produits locaux, sans compter celle de la hausse des prix des carburants sur le transport, et les coûts de production en général. De plus, en tant que ministre, celle du commerce était dirigée par la cheffe du gouvernement et aussi redevable auprès d’elle. Son limogeage avait été décidé par Saïed en sa présence silencieuse.

  • A Sfax, ce sont ses coups de gueule qui l’auront perdu

Deuxième limogeage, mais pas l’unique de sa corporation (Anis Oueslati et Faouzi Mrad l’avaient précédé depuis 2019), celle du désormais ancien Gouverneur de Sfax Fakher Fakhfakh. Comme s’il avait le choix, l’ancien Pdg d’Imex Olive Oil, a précisé qu’il avait « accepté avec plaisir la décision de le révoquer », qu’il avait « la conscience tranquille de tout ce qu’il avait présenté au profit de la région », sans oublier ce petit coup de griffe où il affirme avoir « ouvert des dossiers volumineux et dangereux qui inquiétaient » ce qu’il qualifiait de « mafia ».

Fakhfakh avait pris en main la « Wilaya » dite « Capitale du Sud » et centre économique de la Tunisie, sur fond d’une crise environnementale, pour manque de déchèterie légale où déverser. Et c’est notamment sa gestion médiatique de la crise, qui a certainement mis le feu aux poudres, comme lorsqu’il demandait de « fermer Facebook à Sfax ». Ou comme, le 16 novembre 2022, il commentait l’incendie des déchets dans la ville en disant que « il s’agit d’un peu de fumée que nous devons supporter et remercions Dieu parce que cela aurait pu être pire. Aidez-nous par votre silence ».

Fakhfakh aura ainsi tenu moins d’une année au poste, dans une région où le record historique le plus court était tenu par Hamadi Amara (13 jours), et le plus long par Lamine Abed (1998 è 2002) et Mohamed Ben Salem (2007 à 2011), et la moyenne est d’une année.

Autrement, fermer, rouvrir une décharge publique, est toujours une mesure très difficile à prendre où les intervenants sont aussi le ministère de l’Environnement et son agence. En créer une nouvelle, est un coût qui ne peut être supporté par le seul gouvernorat, et donc une question financière avant tout et une décision politique aussi. Renvoyer un gouverneur résoudra-t-il le problème des ordures et leurs odeurs nauséabondes à Sfax ? Pas sûr !

  • Les Médocs ont « tué », 3 DG de l’ère Saïed, et restent problématiques

Le même raisonnement est valable pour la Pharmacie centrale (PCT), qui a vu Béchir Yermani congédié. L’ancien Pdg de la Cnam qui était l’un des principaux débiteurs de la PCT et connaissait très bien ses problèmes financiers, remplaçait l’ancien Khalil Ammous, un expert-comptable qui savait auditer un bilan et y déceler les défauts ou trafics, qui remplaçait Aymen Mekki, ancien expert notamment auprès de l’Onudi et de la Banque Mondiale. Etaient-ils tous incapables ? Pas sûr !

Tous trois nommés sur fond de polémiques sur les difficultés financières de la Pharmacie centrale et sur la disponibilité des médicaments dont la PCT a la responsabilité de la gestion des stocks. Et tous trois ont manifestement failli à la solution, car cette dernière était et est toujours liée à la capacité de l’Etat de lui donner l’argent nécessaire pour acheter localement et importer les médicaments nécessaires aux Tunisiens. Les renvoyer avait-il résolu ce problème de la disponibilité des Médocs en Tunisie ? Non, bien sûr, et cela depuis 2019 et bien avant même !

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2 Commentaires

  1. Dans cet article de monsieur Boumiza, il y a du vrai et du faux, ne vous étonnez pas monsieur Boumiza que le Chef de l’Etat peut limoger les responsables qui échouent dans leur mission et cela date depuis longtemps. Dans ce gouvernement, il y en a d’autres ministres incompétents et des ministres techniciens limogés ou mis dans le frigo par incompétences dans la gestion de leur département. L’exemple de monsieur Rachid Sfar, ancien ministre de la santé de la période Borguiba n’était pas médecin et pourtant il a bien géré son ministère et d’autres exemples,…
    Certes, il y a défaillance dans la gouvernance surtout au niveau de la Cheffe du Gouvernement qui travaille dans l’ombre, ce qui lui manque c’est la synergie et le sivi de sa feuille de route si elle en a, elle devrait gouverner par un plan d’action, chaque ministre devrait présenter les actions à entreprendre et celles entreprises en mentionnant les problèmes empêchant freinant la réalisation de leurs actions dans le but de trouver immédiatement les solutions. Des réunions périodiques avec ses ministres et des comptes rendus de réunion avec les décisions prises, un suivi rigoureux suivra. S’il y a limogeage, c’est la Cheffe du gouvernement qui prendra la décision et non le Chef de l’Etat. Le journaliste aurait du analyser la gestion du gouvernement au lieu de s’attaquer au Chef de l’Etat et critiquer sa gestion de limogeage. Toujours est-il, on est très fort dans la critique mais pas de propositions concrètes et cela met en doute la crédibilité du journalisme tunisien.

  2. ce n’est pas uniquement leurs fautes c’est aussi la faute qui les a nommés , il aurait du choisir des hommes et des femmes compétents qui peuvent diriger des ministères et apporter leurs savoir faire pour developper le pays et réduire son endettement et lutter efficacement contre la corruption la spéculation la contre bande et mettre le pays et sa population au travail et chacun dans son domaine il crée les conditions de réussite pour sortir le pays de sa crise la plus grave de son histoire

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