Dans sa réponse à la question du député Halim Boussema, concernant la création d’un nouvel aéroport hors de la capitale, en parallèle avec la restructuration et l’extension de l’aéroport international de Tunis-Carthage, le ministre tunisien du Transport Rachid Amri a dit textuellement, que «l’Office de l’Aviation Civile et des Aéroports a lancé l’élaboration d’un dossier de projet d’extension de l’aéroport d’une capacité d’accueil de 18,5 millions de passagers par an, avec la possibilité d’augmenter cette capacité lors d’étapes ultérieures en fonction de l’évolution du trafic passagers ».
Et la réponse du ministre d’ajouter une précision des plus importantes, tant pour les relations économiques avec la France qu’avec la Turquie. Amri a en effet précisé, parlant de l’extension de Tunis-Carthage, que « cela permettra à l’Office de poursuivre l’exploitation de l’aéroport de Tunis-Carthage jusqu’en 2050 et au-delà, sachant que la durée contractuelle de l’aéroport d’Enfidha expire en 2047, ce qui nécessite d’envisager la possibilité de le récupérer après l’expiration du contrat, et de le relier à l’aéroport de Tunis-Carthage via le train rapide afin de renforcer les capacités de l’Office et des aéroports à absorber la croissance du trafic aérien et l’augmentation du nombre de passagers. Par conséquent, il a été définitivement proposé d’abandonner le projet de construction d’un nouvel aéroport pour le moment ». La presse locale a préféré traduire le mot « إستعادته », qui est portant claire de traduction et veut dire « reprise », ou récupérer, par le mot de « réactivation » !

Restera à savoir si ce ne serait qu’une simple manœuvre du ministère du Transport pour réévaluer le prix d’une concession, dont nul ne connaît officiellement le prix, et qui a toujours fait l’objet de bisbille entre Tunisiens et Turcs qui n’avaient de cesse de se plaindre.
Notons que l’aéroport d’Enfidha-Hammamet, ainsi que celui de Monastir, sont exploités, depuis décembre 2009, par une entreprise où le turc TAV et le français ADP (Aéroports de Paris) sont associés via la société TAV Tunisie. L’État tunisien reste cependant propriétaire des infrastructures, alors que la concession transfère le droit d’usage, et permet à TAV de gérer les services aéroportuaires, les zones Duty-free, et l’exploitation commerciale des deux aéroports.
– Du replâtrage, dit le député Boussema
Commentant la réponse du ministre Amri, le député Boussema a jugé « nettement insuffisante la solution préconisée par le ministère, consistant à louer deux appareils dans un premier temps, puis quatre supplémentaires entre 2027 et 2030. Une telle mesure ne saurait en aucun cas être assimilée à un plan de sauvetage sérieux pour une compagnie ».
À ses yeux, « une politique de location temporaire d’aéronefs, sans réforme radicale et simultanée de la gouvernance, du management, de la structure de la dette et du modèle opérationnel de Tunisair, ne produira qu’un résultat : le gaspillage supplémentaire des deniers publics, sans la moindre perspective de reconquête de la compétitivité perdue ».
En conclusion, le député a lancé un appel solennel aux décideurs en vue « d’une décision stratégique courageuse et visionnaire, capable de redessiner en profondeur la carte du transport aérien national pour les décennies à venir et non de rustines conjoncturelles gérées, selon ses propres termes, « au jour le jour ».
Les mesure de replâtrage dont parlait le député, c’est ce que le ministre place déjà « dans le cadre du plan de restructuration pour la période 2026-2030 », et qui consiste en un appel d’offres international pour la location à long terme (Dry Lease) sur une durée de 6 ans de deux appareils de type A320 pour l’année 2026, ainsi que la location de quatre appareils de capacité moyenne et deux grands appareils à grande capacité entre 2027 et 2030. Et on se demande, de notre côté, si jamais l’hirondelle n’a jamais fait le printemps, et si la poule aux œufs d’or pourra toujours attendre jusque-là, et si jamais le gouvernement aura, d’ici-là, de quoi lui acheter le grain de Béja !
Entretemps, le ministère qui n’a rien dit sur la source de financement, continue de parler de « feuille de route marketing pour les aéroports », de « synergies entre les différents secteurs impliqués », et de « comité de contact chargé d’organiser une série de réunions … »
Après avoir pris connaissance de la réponse officielle du ministre du Transport à sa question écrite, le député Halim Boussema n’a pas mâché ses mots, estimant que « cette réponse ne faisait que confirmer, une fois de plus, que les autorités de tutelle persistaient dans (…) dans une « politique de replâtrage », bien loin de toute réforme structurelle digne de ce nom.
Selon lui, au lieu de présenter une feuille de route stratégique susceptible de rebâtir le secteur du transport aérien tunisien sur des bases économiques modernes et compétitives, le ministre s’est contenté de justifier la décision du Conseil des ministres. Et de conclure en disant que « se limiter au ravalement de façade de Carthage, c’est condamner la Tunisie à subir son retard plutôt qu’à le combler ».
– Le no comment de TAV-Tunisie !
Contactée par Africanmanager à propos de ce qu’a déclaré sur papier le ministre du Transport, la PDG de l’opérateur aérien franco-turc, Emilie Lefebvre, nous a écrit que « nous n’avons pas de commentaires à faire à ce sujet. Nous rappelons juste que TAV Tunisie, dans le cadre de la concession qui lui a été confiée jusqu’en deux mille quarante-sept, soit pour plus de vingt années encore, poursuit l’exploitation des aéroports d’Enfidha-Hammamet et de Monastir avec la plus grande rigueur, dans le respect des standards internationaux les plus exigeants.
Ces infrastructures modernes constituent aujourd’hui des atouts majeurs pour le développement du tourisme et de l’économie nationale. À ce titre, TAV Tunisie partage avec l’ensemble des professionnels du secteur la volonté d’identifier et de lever les freins pouvant encore limiter leur pleine utilisation.
La question de la connectivité terrestre figure parmi les éléments régulièrement évoqués dans ce cadre. Nous nous félicitons de l’attention portée par les autorités compétentes à ce sujet et restons convaincus qu’une mobilisation collective permettra de valoriser pleinement les capacités aéroportuaires déjà disponibles au service de la Tunisie ».
Au fait, pourquoi cette déclaration avant plus de 20 ans d’un possible ou peut-être même improbable passage à l’acte ? Et pourquoi même ce « coup de pied à plusieurs milliards de Dinars, dans la fourmilière » de la part du ministre Amri ??? Est-ce du populisme ? Son populisme ? Son ministère a-t-il les moyens de sa politique ? Celui qui vivra, et restera, verra !








